‹ De la menstruation, considérée dans ses rapports physiologiques et pathologiquesChapitre 9 sur 120 · CONSIDÉRATIONS SUR LA PUBERTÉ. S · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS SUR LA PUBERTÉ. S

résultats nouveaux .'peuvent encore être constatés. Ainsi, par exemple , nous pouvons rechercher d'une manière beaucoup plus exacte qu'on ne l'a fait jusqu'à présent, l'époque de la première menstruation dans les campagnes , les villes et la capitale. Dans cette dernière catégorie ellemême, il est nécessaire de faire des divisions pour les filles des dernières classes du peuple , pour celles qui sont nées dans des conditions plus heureuses , pour les demoiselles enfin que la fortune a placées au sommet de l'échelle sociale. Ces travaux doivent aussi porter sur des quantités assez considérables pour donner lieu à des conclusions significatives. Toutes ces questions ne sont pas les seules à nous occuper. Il faut encore prendre en considération l'influence de la température , des mœurs , des constitutions et du genre de vie. Ces différents points suffisamment discutés et établis , nous pourrons alors fixer d'une manière presque invariable le chiffre de l'âge moyen de la première menstruation dans les trois classes que nous avons indiquées.

Plusieurs médecins recommandables ont très-bien compris que les chiffres devaient ici former les éléments de la réponse; mais les nombres sur lesquels ils ont opéré sont trop faibles, et ne comprennent d'ailleurs qu'une certaine classe de la population. Bien convaincu que la statistique devait être , dans ce cas , la base de nos travaux , nous avons interrogé les nombres avec soin, et les résultats obtenus nous paraissent avoir fourni des indications exactes et positives.

1,200 femmes observées dans les classes riches , moyennes et pauvres , forment la base de nos recherches , commencées il y a plus de dix ans, et auxquelles la proposition de l'Académie a seulement imprimé une direction plus active.

Pour procéder avec ordre dans cette partie de la question , nous allons examiner, dans les localités où elles ont

été menslruées pour la première fois, en commençant par les campagnes et finissant par la cîipitale , 830 de ces femmes que nous avons nous-mêmes interrogées (1 ).

i-= SECTION,

Menstruation dans tes cani]>agn«8.

â 76 fennnes forment le chiffre de cette section, et se siibdi'visent ainsi : 214 appartenant aux provinces du noixi; 57 à celles du centre, et 6 seulement aux parties du midi (2). Cette diminution dans la proportion des femmes à mesure que l'on s'éloigne de la capitale , montre que les pauvres , en général , émigrent peu à de grandes distances; toiitcs ces femmes étaient au moins menstruées depuis un an avant leur arrivée à Paris , et l'immense majorité l'était depuis plusieurs années. Toutes celles qui ne remplissaient pas ces conditions ont été retranchées de notre cadre.

La plupart de ces femmes se rendent dans la capitale pour se placer en qualité de domestiques; mais, au bout 4' un certain temps , un grand nombre d'entre elles deviennent couturières , lingères , blanchisseuses , etc.

(1) De ces 830 observatioïis , les unes ont été recueillies par tious dans le service des hôpitaux de t>aris, et sous les yeux de MM. Dupujtren , Kapelev, Fouquie»-, Béiard, Honoré, Lisfranc, Rayer, Magendie, Andral, Serres, Cliomel, Clément, Jadioux, Petit, Legroux ; les autres dans notre clientelle particulière et dans les établissements que nous avons dirigés ; 370 nous ont été fournies par M. Ménière : total 1,200.

(2) Pour la division des provinces, nous avons adopté la classification de Balbi. Provinces du Nord : Flandre, Artois, Picardie, Normandie, Bretagne, Maine et Perche , Orléanais, Ile-de-FranCe , Champagne , Lorraine et Alsace; Provinces du milieu: Anjou, Tourraine, Poitou, Aunis, Saintonge et Angoumois, Limousin, Marche, Auvergne, Lyonnais, Bourbonnais, Berry, Nivernais, Bourgogne , Franche-Comté ; Provinces du Sud : Guyenne et Gascogne , Navarre et Béarn, Comté de Foix, Roussillon, Languedoc, Provence, Dauphiné.

Si nous cherchons maintenant l'âge moyen auquel ces 276 femmes ont été réglées , nous trouvons qu'il est de 44, 858, oude 44 ans et environ 40 mois. Déjà l'on voit que ce chiffre est plus élevé que celui qui est attribué à l'époque de la menstruation dans notre pays, puisque ce dernier est généralement fixé à 44 ans.

On dit, il est vrai,^ que les filles de la campagne sont plus tardivement menstruées que les femmes des villes, mais on n'indique nulle part l'époque précise de leur menstruation. Nous verrons d'ailleurs que le terme de ] 4 ans est seulement l'âge commun, et que, lorsqu'il arrive à pouvoir être considéré comme l'expression de l'âge moyen , il ne s'applique qu'à une classe fort limitée du sexe féminin.

Les différences qui existent entre la menstruation des femmes des départements du nord et du milieu sont si peu sensibles , que nous n'avons pas cru devoir les séparer.; Voici l'ordre dans lequel ce phénomène a eu lieu.

Jge de la première apparition.

1 ans

et demi 1

15 ans

Total

L'âge commun se rapproche jusqu'à un certain point

de l'âge moyen, puisqu'il est de 15 ans pour 54 femmes; mais ce chiffre n'a pas la précision rigoureuse de l'âge moyen ; lli ans est ensuite l'époque de la menstruation pour /l2 femmes, c'est-a-dire pour un peu moins du sixième ; au-dessus et au-dessous de ces deux chiffres , les nombres qui expriment le plus de menstruations sont les suivants.

1" Ordre. 13 ans 20 femmes

2* Ordre.

Ainsi plusieurs remarques à faire pour la menstruation chez les femmes de campagne : 1° l'élévation de l'âge moyen et de l'âge commun ; 2° la forte proportion de filles réglées après les deux périodes générales de 14 et de 15 ans, puisque le chiffre en est porté à 98 ou à un peu moins du tiers de la somme totale.

A quoi attribuer ces résultats qui diffèrent assez fortement de ceux que nous offriront les villes ? A la manière de vivre , aux mœurs , aux habitudes , aux usages , à l'influence des agens extérieurs. Baignée continuellement par l'air, soumise à des travaux ordinairement pénibles, mais <tui font réellement l'office de gymnastique , la fille de campagne prend un accroissement remarquable, et, jusqu'à un certain point, sa constitution se rapproche de celle de l'homme.

Le développement plus hâtif et plus considérable du système musculaire , la nourriture grossière , mais saine , la fatigue déterminée par les travaux , le sommeil paisible qui succède à l'exercice de la journée , sont autant de circons-

MENSTRUATrON DANS LES VILLES. 7

tances qui nous paraissent expliquer ce retard des menstrues. On dirait que la nature fait un appel â toutes ses forces pour achever la femme , et qu'elle ne permet à la fonction menstruelle de s'établir que lorsque le corps a atteint toute sa puissance.

Sans cette belle organisation dont sont douées tant de femmes de campagne, que deviendraient, en effet, les nations appauvries , épuisées par les mille causes d'affaiblissement et de destruction que renferment leurs villes et surtout leurs capitales? elles seraient bientôt dépeuplées , désertes. 11 y a longtemps qu'on a fait la remarque que Rome eût péri au bout de quelques générations, si les étrangers n'eussent continuellement comblé les vides. On peut à juste titre considérer les campagnes comme de grandes artères qui versent à chaque instant dans les villes le plus pur de leur sang.

Un autre remarque que nous suggère l'apparition des menstrues chez les femmes de la campagne , c'est qu'il y en a très-peu de réglées avant 11 ans , tandis que nous avons rencontré dans les hautes classes un certain nombre de jeunes personnes qui étaient réglées à 7, 8, 9 et 10 ans.

Si l'on jette un coup-d'œil sur les limites d'âge entre lesquelles se trouve comprise la première apparition dans la série que nous étudions , on trouve qu'elle est renfermée entre 7 ans et demi et 22 ans, ce qui donne un intervalle de 16 années.

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