CHAPITRE IX
Influence des règles sur les maladies.
Influence des rbgles sur la marche et la terminaison des maladies. —L'époque de l'aiTivée des règles n'est poii.'t indifférente ; au débxitelleaggrate les accidents ; vers le milieu elle soulage, guérit. — Importance des âges. — Influence des règles ditns rallaitement. — Influence des règles sur les muladies aiguës, — De leur action dans les maladies cérébrales, thoraciques, éruptives , inflanima foires, typhoïdes, abdominales, spéciales. — L'iiiOuence des règlps sur les ma. ladies est utile , nulle , déravorable.— Rè'gles de conduite pour le traitement. — Pratique de Dehaëu , Vanswiélen. — Iiilliience des règles sur les maladies chroniques. — Observations. — Faits de Burdeu. — Inilueuce des règles sur les maladies chirurgicales.
Considérations générales.
LoBSQUE nous avons cherché à apprécier l'influence des règles sur la production des maladies , les preuves se sont présentées à nous de toutes parts ; à chaque instant nous pouvions saisir le rapport de l'effet à la cause. Leur retard , leur dérangement , leur diminution , leur suppression , étaient le point de départ d'une multitude d'accidents.
Si les lésions de la menstruation sont la source de maladies nombreuses , il devient intéressant de déterminer l'influence que le retour du flux périodique peut avoir sur leur marche et leur terminaison.
Malheureusemeiit les faits sont ici bien plus rares , et le médecin en est souvent réduit aux généralités. Quoi qu'il en soit, nous allons essayer d'aborder ce sujet, en nous aidant de l'expérience de nos confrères et de celle que nous pouvons avoir acquise.
Nous avons vu que la méîrorrhagie , dans le cours d'une afifeclion aiguë, peut agir comme phénomène critique, et amener une terminaison heureuse. Cette circonstance n'est pas commuée , mais elle semble déjà indiquer que la menstruation peut modifier d'une manière avantageuse la marche d'une maladie.
L'époque à laquelle se montre le flux menstruel n'est point iodififérente. Au début d'une affection elle est presque saas aucune utilité , et souvent même elle aggrave les symptômes.
Obs. CLXII. —M"'' X.... éprouve une violente céphalalgie , du dégoût , des nausées ; les membres sont brisés , elle a une soif vive, la fièvre est considérable. Le médecin la voit , la trouve dans un état d'accablement profond. H diagnostique une fièvre bilieuse grave. Le soir les règles apparaissent , mais elles n'apportent aucune modification dans la position , tes symptômes continuent , et l'intensité du mal ne cesse qu'au 15; jour.
Franck avait déjà remarqué que chez les femmes qui ressentaient les premiers symptômes de l'épidémie bilieuse , qu'il a si bien décrite , l'approche de l'éruption des règles amenait une exaspération.
Dans le cours des maladies aiguës, nous a dit M. Andral, nous avons vu plusieurs fois les règles devancer , au début , leurs époques ordinaires , sans soulagement aucun pour le patient; l'affection n'en poursuivait pas moins son cours.
INFLUENCE DES RÈGLES SUR LES MALADIES. kU^
C'est ce qu'on observe presque toujours , non-seulement dans la première période des maladies aiguës fébriles , qu'on désigne sous le nom de prodromes , mais encore lorsque l'évacuation périodique arrive au milieu de leur cours , et que l'éruption ne se fait pas ; quelquefois cependant, l'anticipation des règles est avantageuse, et peut être regardée comme critique ; mais cette disposition est rare , et pour qu'il en soit ainsi , il ne faut pas que le sang coule en petite quantité, il doit surtout apporter un soulagement sensible.
Quand, au contraire, une maladie aiguë marche avec la plus grande intensité vers le summum de son période , si les règles surviennent , les symptômes se dissipent souvent tout à coup , et la convalescence s'établit ; mais lorsqu'elles manquent , il y a fréquemment alors une exaspération dans les symptômes , une sorte de perturbation.
Suivant de Eergen, si le commencement de la crise tombe à l'époque de la menstruation , et qu'il survienne du frisson avec une petite toux , cela annonce un écoulement abondant des règles, ou si elles ne coulent qu'en petite quantité, et qu'elles se suppriment bientôt , c'est le commencemeiit prochain d'une nouvelle maladie aiguë
Lorsque la période des menstrues, dit Leroy (1), tombe dans le cours d'une maladie aiguë, il est utile et de bon augure qu'elles paraissent au temps et à la quantité ordinaire.
L'influence des âges n'a point été assez prise en considération. 11 doit y avoir beaucoup de différence entre l'action du flux menstruel chez la jeune personne dont l'économie n'est j.oint encore habituée à cette fonction , et
(1) T aiidré-Bcauv;;is , Simeioliqut , 3» édition , p. 395.
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celle qu'il exerce sur la femme réglée depuis plusieurs années. Il y a, sous ce rapport, la plus grande analogie entre le jeune enfant et l'adulte. Les médicaments agissent avec rapidité chez l'un , ils sont souvent réfraclaires chez l'autre. Voyez, par exemple , l'énergie de la peau chez le premier, comme elle absorbe promplement les substances avec lesquelles elle est mise en contact, tandis que chez le second , il faut l'écorcher pour qu'elle sente , ou du moins, pour qu'elle reçoive l'action du médicament. L'arrivée du flux périodique chez la jeune fdle qui n'est point encore mensiruée, ou qui ne l'est que depuis peu de temps, doit nécessairement avoir yne influence sûr le cours d'une maladie aiguë , et la conduite à tenir en pareille circonstance , ne sera plus la même, car l'appel du sang est, dans ce cas, une condition évidemment favorable.
L'influence des règles sur les maladies peut se manifester dans l'allaitement.
Obs. CLXIIL — Un enfant nouveau né fut confié à une nourrice qui offrait toutes les conditions requises pour remplir ses fonctions : l'enfant alla d'abord fort bien, mais bientôt il fut pris d'une éruption érysipélateuse qui couvrit les cuisses , les fesses et le ventre , et qui entraîna un mouvement fébrile. Celte éruption dura 15 jours, cessa ensuite, et reparut un mois environ après la première attaque. Pendant près d'une année les accidents se renouvelèrent chaque mois , sans qu'on en soupçonnât la cause. M. le docteur de Saint-André reconnut que c'était constamment aux époques menstruelles de la nourrice que l'enfant éprouvait ces accidents ; il ordonna qu'il fût sevré, et réruplion ne reparut plus (1).
Le rétablissement des règles n'est pas constamment
(1) Journal général de médecine , décembre 1819.