INFLUENCE DES RÈGLES SUR LES MALADIES AIGUËS
nuisible aux enfants que les nourrices allaitent : nous en avons cité plusieurs exemples; quelques-unes doivent seulement éviter de donner le sein aux enfants pendant la période menstruelle; d'autres n'ont même pas besoin de prendre cette précaution. M. Halle a rapporté , dans le journal de Vandermonde, l'histoire d'une femme qui, ayant voulu nourrir un enfant , quoiqu'elle n'eût pas signes de lait, réussit, par la succion, à en faire venir ; mais au bout d'un mois elle s'aperçut, à son grand étonnement , qu'elle était réglée; quinze jours après le sang reparut. Ce phénomène persista pendant six mois, l'enfant ne se développait qu'incomplètement. Son médecin lui conseilla de le sevrer (1). Cette observation est un nouvel exemple de règles bi-mensuelles ; mais il a cela de particulier, qu'il se montre pendant l'allaitement.
Influence des règles sur les maladies aiguës.
Jusqu'alors nous n'avons émis que des généralités; voyons si l'examen de quelques-unes des maladies qu'on a le plus souvent l'occasion d'observer, nous fournira des indications plus précises. Les menstrues peuvent devenir le signe de la guérison des affections cérébrales. Lenis apoplexia j inqiiit Boerhavius , solvitur cum mensiruo. (Anim. 1017).
L'action des règles est fort peu appréciable dans le cours des maladies de poitrine. Plusieurs fois on a noté l'apparition d'un flux menstruel abondant pendant la pneumonie , sans que celle-ci ait été modiflée en bien. ( Andral , Louis, Rayer , Fouquier , Chomel , Bouillaud ). Aussi tous les praticiens sont-ils d'accord sur le traile-
{i) Recueil. -périodique d'olmervatioiis de médecine, de chiruryiu el di- fi/uirmacie . T. II , p. 24.3.
ment qui doit être employé en pareille circonstance. Loin de supprimer l'écoulement périodique , la saignée fait souvent venir immédiatement le sang; c'est ce qui met hors de doute l'observation du docteur Salone , que nous rapporterons bientôt.
En oarlant de Taménorrhée 'secondaire . nous avons
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fait voir que des maladies graves pouvaient être le résultat de cette suppression des menstrues, nous nous bornerons à citer un fait qui montre , dans tout son jour, l'influence puissante que peuvent avoir les règles sur la production des maladies.
Obs. GLXIV. - Le 21 aotit 1837 , la nommée Chénard , âgée de 21 ans , domestique , blonde, d'une bonne constitution , se présenta à la visite de M. Jadioux. Cette fille, réglée pour la première fois à 17 ans, n'avait éprouvé jusque dans ces derniers temps aucun dérangement dans ses menstrues ; leur durée était de 8 jours , leur quantité considérable.
Le 20 juillet de la même année, Ch. .. ayant fait une course très-rapide pour se rendre dans une maison où elle avait affaire , arriva couverte de sueur ; elle se dirigea ensuite vers le 'Jardin-des-Plantes , où elle s'assit sur un banc de pierre ; elle avait alors ses règles , elles s'arrêtèrent aussitôt. Cette jeune fille fut prise immédiatement d'un mal de gorge très-violent , et d'un frisson général. Elle revint chez elle très-mal à son aise , elle se sentait gênée de la respiration ; son indisposition faisant des progrès , elle se rendit à l'Hôtel-Dieu , où elle fut traitée pour une fluxion de poitrine. Les règles se montrèrent à son entrée, mais moins fortes et accompagnées d'un écoulement blanc trèsabondant. Du service où elle se trouvait , elle passa dans celui de M. Jadioux.
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Lorsque nous l'examinâmes , elle avait des palpitations de cœur très-violenles , une gêne considérable de la respiration , un mouvement fébrile très-prononcé; on lui pratiqua trois saignées, en môme temps on lui fit une application de sangsues , et on lui mit des ventouses sur le côté gauche : elle prit de la digitale, des frictions furent faites sur la région précordiale avec le médicament. Les palpitations et les autres symptômes se calmèrent , mais de nouveaux accidents , de nature typhoïde , se manifestèrent ; on vit se dessiner sur le ventre des taches lenticulaires ; un epistaxis fort intense eut lieu.
En auscultant la poitrine . nous découvrîmes que la respiration se faisait mal à droite , on y entendait des râles muqueux très-forts. La malade était dans une sorte de prostration, le ventre météorisé, mais il n'y avait pas de dévoiement. Les battements du cœur étaient obscurs, tumultueux , la peau chaude , le pouls fébrile ; il y avait de la soif; la malade avait craché un peu de sang à diverses reprises.
Le ol octobre l'état était fort grave , le côté 'droit complètement mat , la respiration bronchique. La nature du mal, si long-temps insidieuse, s'était enfin révélée; il existait une pneumonie droite. La faiblesse faisait tousies jours des progrès ; une hémorrhagie pulmonaire fort inquiétante eut lieu par les voies aériennes. ^Quelques jours après on n'entendait plus que des râles muqueux à la base des poumons. On prescrivit une potion stibiée, un vésicatoire sur le côté, des sinapismes aux cuisses , le vin de Bagnols, et des frictions avec la teinture de succin. Le 2 novembre on aperçut sur les côtés de la langue de petites pellicules blanchâtres, indices d'une terminaison funeste; le neuf la malade s'éteignit.
L'autopsiê , qui eut lieu le 11 , fit voir une hépatisation rouge de tout le poumon droit ; d'espace en espace on y découvrait des points en suppuration. Le poumon gauche présentait déjà quelques portions engouées ; il n'y avait aucune trace de résolution. On voyait une ulcération de la grandeur d'une lentille dans l'intestin grêle ; le péricarde et le cœur étaient sains. Il y avait quelques granulations tuberculeuses sur la plèvre droite , et un petit engorgement tuberculeux au sommet du poumon droit.
L'observation que l'on vient de lire est une preuve de plus en faveur de l'influence des règles sur les maladies. Ch... était bien constituée, parfaitement réglée, jamais elle n'a été malade , mais elle commet une imprudence dans un moment où les femmes ne s'exposent point impunément ; aussitôt les règles sont arrêtées , et des accidents graves, mais trompeurs, font suffisamment connaître l'atteinte portée à l'économie. Enfin la maladie se localise , et îe poumon qui avait déjà une prédisposition, supporte tout l'efifort morbide. Il est bien évident que dans le cas dont il s'agit , le dérangement de la menstruation a été le |)oint de départ des désordres fonctionnels qu'a présentés cette jeune fille , et que la mort ne saurait être attribuée à une autre cause. La terminaison funeste fut annoncée plusieurs jours à l'avance par la sécrétion pseudo-membraneuse qui, presque toujours chez les adultes, dans les alîections graves , est un présage de fort mauvais augure.
Dans les fièvres typhoïdes , l'éruption des menstrues ne paraît point avoir d'influence , du moins dans le plus grand nombre de cas. Nous avons observé beaucoup de ces affections, sans avoir rien constaté de particulier. Dans Fouvrage de M. Chomel, rédigé par notre confrère M. Genest . nous n'avons trouvé que deux faits où il soit
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question des règles. Dans l'un (Obs. XXVIII), les menstrues furent diminuées , elles vinrent beaucoup moins abondantes que d'habitude ; l'entrée à l'hôpital eut lieu au bout de onze jours de maladie ; dans l'autre (Obs. XXXIII) , les menstrues furent arrêtées subitement , il survint de la céphalalgie; la malade fut reçue le 15' jour de la fièvre ; le séjour à l'hôpital fut de trois mois. Dans ces deux faits , les règles ont été modifiées, arrêtées au début ; mais leur influence sur la maladie a été nulle ou peu sensible , puisque ces deux observateurs consciencieux n'en ont point parlé (1).
Il est probable que dans cette singulière affection , le sang des règles est le plus ordinairement supprimé , ou dévié de sa route ordinaire , pour suppléer aux pertes et aux désordres de l'économie.
D'après quelques auteurs, il paraîtrait que , dans les fièvres adynamiques au début , l'arrivée des règles augmenterait la faiblesse , et aggraverait le danger. On lit cependant dans les auteurs, quelques faits qui indiquent que les menstrues ne sont pas sans influence sur la terminaison de ces maladies. La femme de Thase XP , dont i! est question dans le troisième livre des épidémies d'Hyppocrate , eut bien évidemment un cas de fièvre rémittente ataxique , dans laquelle les règles abondantes furent l'un des moyens de solution de la maladie.
L'apparition du sang menstruel semble avoir de bons effets sur les affections de bas-ventre; elle est surtout utile lorsque les organes de la génération sont le point de départ de la lésion ( Andral , Rayer ). Dans les maladies
(1) Leçons de clinique médicale^ faites à l'Hôlel-Dieu de Paris, par M. le professeur Chomel , recueillies par MM. les docteurs Gentst , Reguiii cl Seslier. iSSJx àl841.8T0i.in-8*, Tom.I", pafi;. 85/« et 87».
aiguës et sub-aiguës de la matrice , le retour des règles coïncide avec une amélioration marquée dans la santé des femmes. Lorque les affections chroniques de cet organe passent à l'état aigu ou sob-aigu , le flux menstruel est d'un heureux présage.
Dans certaines maladies qu'il est impossible de rattacher à la lésion d'un organe, et qui sont liées à la pléthore, à un changement dans le cours du sang, à uae altération quelconque de ce liquide , l'évacuation périodique est quelquefois avantageuse.
D'après les considérations dans lesquelles nous venons , d'entrer , on voit que les menstrues , sous le rapport de leur influence dans le cours des maladies, présentent plusieurs considérations importantes, et qu'on peut les classer sous trois chefs principaux : elles sont avantageuses , nulles ou défavorables.
Dans le premier cas , elles modifient les symptômes, impriment une direction heureuse à la marche de la maladie , et déterminent une convalescence plus ou moins rapide.
Dans le second , elles sont sans aucune action sur la nature du mal , leur apparition ne change en rien les symptômes, l'affection reste ce qu'elle était, et n'en poursuit pas moins son cours.
Dans le troisième, elles sont défavorables et même dangereuses , parce qu'elles laissent le médecin dans le doute et l'incertitude. Convaincu de l'action puissante de C8 flux , et fortifié dans cette conviction par des faits bien observés, il hésite, s arrête, attend , et lorsqu'il veut agir, le moment favorable est passé, le mal est incurable.
On ne saurait assez le répéter , tout est individualité dans notre art. Ce que vous avez fait avec succès dans un