‹ De la menstruation, considérée dans ses rapports physiologiques et pathologiquesChapitre 96 sur 120 · INFLUENCE DES RÈGLES SIJU LES MALADIES CHRONIQUES. Û5Ô · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES RÈGLES SIJU LES MALADIES CHRONIQUES. Û5Ô

Les préceptes que nous venons de donner pour la saignée, nous paraissent devoir s'appliquer aux autres médicaments, lorsque l'usage en est jugé nécessaire; c'est d'ailleurs un des aphorismes d'Hippocrale : In morbis valdè acutis ^ si mater ia turget , die eodem purgandum ; morari enim in talibus malum (1).

Ainsi , dans les empoisonnements où l'on ne peut supprimer l'action toxique de la substance ingérée, qu'en l'expulsant du tube digestif, il ne faudrait pas s'arrêter devant la considération du danger de déranger l'hémorrhagie menstruelle. Ou vient de voir que , dans l'emphysème , l'emploi de l'émélique avait été couronné de succès.

StoU dit que, quand il est besoin de faire vomir, ni la petite-vérole , ni la rougeole , ni les règles , ni la grossesse , ni les lochies , ne doivent empêcher de prescrire l'émétique (2).

Certes , il y a plus d'un exemple de menstrues arrêtées par les vomitifs , et de pertes occasionées par l'usage intempestif des purgatifs; mais presque toujours ces résultats fâcheux ont eu lieu dans des maladies légères, où l'indication n'était pas nettement sentie. Il en est , dans ce cas , comme de l'emploi de l'émétique à haute dose dans certaines pneumonies , le succès en est quelquefois miraculeux , tandis que , dans les mômes affections moins graves, ou franchement inflammatoires, il peut occasioner les accidents les plus formidables.

Influence des règles sur les maladies chroniques.

1^'influence de l'apparition des menstrues sur la mar-

(1) Hippocnile, sect. IV. Aphor. 10.

(2) Sloil ,T. I , p. «35.

che et la terminaison des maladies chroniques, a été peu étudiée. Dans plusieurs cas où nous l'avons observée , elle nous a paru favorable ; dans d'autres circonstances , nous avons vu l'approche des règles réveiller les douleurs dans l'oigane malade : une dame avait depuis de longues années une tumeur dans le ventre ; à chaque époque celleci devenait plus volumineuse , et la malade y éprouvait de plus vives douleurs. Une autre dame était atteinte d'une gastrite chronique qui s'exaspérait alors, et s'accompagnait de vomissements répétés.

Les maladies chroniques latentes sont quelquefois décélées par l'arrivée du ilux menstruel. Ainsi nous avons observé une femme qui eut , au moment où ses règles allaient venir, une vive frayeur; de suite elle éprouva des étouffements , des battements de cœur, et la maladie qu'on croyait depuis long- temps guérie, ne cessa de faire des progrès.

L'arrivée des menstrues dans les affections nerveuses , est souvent un indice favorable.

Obs. CLXV. — Une dame de 33 ans devient aliénée , pour la seconde fois, à la suite d'un violent chagrin; ses règles se suppriment, et pendant trois ans son délire ne présente pas de changement. Elle court, rit, chante, ne veut rien faire ; sa conversation est nulle , elle passe continuellement d'un sujet à l'autre ; elle a des accès de nymphomanie. Vers la fin de la troisième année , elle devient triste ; la raison est presque revenue , mais elle ne répond que par monosyllabes , et cherche toujours la solitude. C'est alors que nous renouvelons les tentatives faites au début de l'aliénation pour rappeler les menstrues : elles sont couronnées de succès , et l'évacuation périodique i eparaît . d'abord plus faible , et ensuite plus

I^FLllEr1CE DF.S RÈGLES SUR LES MALADIES CHRONIQUES. kG\

abondante ; elle ne tarde pas à se régulariser ; dès-lors le retour de l'intelligence est complet, et depuis huit ans il n'y a eu aucun désordre de la pensée.

L'action des règles sur la folie a été bien étudiée, [.es mois s'annoncent, en général, par un accroissement dans les symptômes , une grande agitation. On a remarqué à la Salpêtrière des femmes qui, à chaque époque menstruelle, étaient tentées de se tuer, faisaient des tentatives , et n'y pensaient plus dès que les règles étaient passées. Nous avons connu une dame qui, tous les mois, depuis trente ans , était exaltée , dérangée d'esprit , et dont la raison se rétablissait immédiatement après la période.

M. Gendrin a rapporté l'observation d'une jeune fille dont le père , la mère et l'oncle , s'étaient suicidés; étant un jour à 1 époque de ses règles , elle se jeta par une fenêtre du quatrième étage (1).

Bordeu , à qui l'on doit de très-bonnes recherches sur les maladies chroniques , a vu certaines maladies abdominales chroniques se terminer favorablement par un flux menstruel (2).

Parmi les faits nombreux qu'il a rapportés d'issues heureuses de maladies chroniques par l'arrivée des règles, il en est sans doute plusieurs qui attestent la prédilection que ce grand praticien avait pour les eaux minérales ; mais ces laits n'en sont pas moins acquis à la science.

Ce retour des règles , indice du rétablissement de la sauté, a été observé par Bordeu dans des maladies qu'il a appelées phlhisie pulmonaire. Portai avait fait la même

[Ij Gendrin , ouv. cité, T. II. p. 19.

(2) Bordeu, Recherchée sur («i maladiet chroniques , p. 857.

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remarque. Ces observations , si consolantes pour Ihumanité, que les premiers travaux de la science avaient rejetées comme erronées , et que des recherches plus approfondies doivent faire admettre , montrent que nos prédécesseurs ne se sont pas trompés, en citant des cas de guérison de cette redoutable maladie.

Obs. CLXVI. — Une dame, à la suite de ses couches, vit ses lochies s'arrêter ; elle fut prise de douleurs dans la poitrine, de toux, de sueurs et d'amaigrissement. On prescrivit le lait, les adoucissants; la maladie fit des progrès, une enflure se déclara. Bordeu prescrivit les eaux Bonnes, une amélioration eut lieu, les règles se montrèrent, et la guérison fut complète.

Obs. CLXYU. — Une dame , d'un tempérament fort chaud , avaient des flueurs blanches qui coulaient depuis six mois sans relâche ; en merae temps il existait une suppression entière du flux menstruel ; à ces symptômes se joignaient la fièvre, la maigreur , la faiblesse , et un grand dérangement dans les fonctions de l'estomac. Dès les premiers jours de traitement par les eaux de Barèges en boissons, en bains, en demi-bains, les flueurs blanches furent beaucoup plus abondantes qu'elles ne Tétaient auparavant, ce qui donna lieu d'attendre une fièvre critique, laquelle parut efiectivement avec une légère sueur; celte sueur fut d'une courte durée , et l'estomac ne tarda pas à recouvrer ses fonctions. Enfin les règles coulèrent vers le âO* jour ; la malade se retira bien guérie (Obs. 89).

Obs. CLXYIII. —Une jeune fille , âgée de 15 ans, chez laquelle les règles n'avaient pas encore paru , était depuis trois mois atteinte d'un dégoût extrême qui avait beaucoup terni l'éclat de son teint , et qui la maigrissait à vue d'œil. La boisson des eaux chaudes détermina , vers le 8"

INFLLRNCE DES RÈGLES SUR LES MALAfilES CHIRUUGIC ALKS. 465

jour , l'écoulement des règles , qui fut , peu à près , suivi du recouvrement entier de la santé (Obs. 26).

Si dans le cours d'une maladie chronique, on s'apercevait de quelque amélioration , si le foie , et surtout l'ulérus étaient attaqués , il conviendrait de chercher à rappeler les règles , parce qu'elles pourraient alors être fort avantageuses.

Obs. CLXIX. — Pinel a rapporté l'histoire d'une jeune dame qui , après s'être échauffée par une longue promenade , commit l'imprudence de boire froid ; les règles furent supprimées à l'époque suivante ; les symptômes fébriles, qui s'étaient montrés la première fois , se renouvelèrent ; la malade se livrait à un babil intarissable , à des gestes insolites. Le rétablissement de la menstruation ayant eu lieu , la guérison de la folie ne tarda pas à arriver. Est- il possible ici d'accuser quelque cause morale? D'ailleurs , si la maladie du cerveau avait déterminé la suppression des règles, celles-ci ne seraient revenues qu'après la guérison de la maladie mentale; on voit au contraire que leur retour a précédé celui de la raison (1).

Influence des règles sur les maladies chirurgicales.

L'action des règles sur les maladies chirurgicales n'a pas été signalée d'une manière bien précise. Nul doute cependant qu'elle ne s'exerce dans ce genre de maladies, comme dans celles qui sont du ressort de la pathologie interne ; nous avons vu l'apparition des règles coïncider avec la déviation de l'épine dorsale , et la même influence se reproduire au temps critique. Nous ne reviendrons

(!) Nouveau journal de médecine , T. XII , p. HO,

U6U DK LA MENSTRUATION.

pas sur ces deux observations qui ont déjà fixé notre attention ; mais nous allons rapporter un cas fort curieux , dans lequel la liaison du phénomène menstruel et de la maladie est incontestable.

Obs. CLXX. — Virginie Shévat , couturière , âgée de 32 ans, d'une bonne constitution, d'un tempérament sanguin et nerveux , fut réglée , pour la première fois , à l'âge de 17 ans. Sept ans après, elle mit au monde un enfant ; les suites des couches furent heureuses. 11 y a deux ans, la malade commença à éprouver des douleurs de tête , surtout au front et à l'occiput. Ces douleurs étaient intermittentes. Pendant neuf mois elles prirent peu d'intensité ; mais au bout de ce temps, les menstrues, qui jusqu'alors étaient toujours venues régulièrement , ne reparurent plus, quoiqu'elles eussent coulé la dernière fois aussi abondamment que de coutume. A dater de ce moment les douleurs de têle prirent un nouvel accroissement , et il y a huit mois, la vision commença à s'afFaibhr dans les deux yeux : tous les objets ne paraissaient plus à la malade que ciuverls d'un nua^e épais; elle ne put continuer son état, parce qu'elle ne distinguait plus les caractères d'imprimerie , l'écriture , et les objets relatifs à sa professio \

Shévat était encore en état de se conduire ; un grand nombre de médicamen s lui furent prescrits, mais sans résultat avantageux.

Le 11 mars 1833 elle fut admise àl'Hôtel-Dieu, dans le service de M. Dupuytren. Ses yeux étaient sans inflammation , les humeurs parfaitement transparentes , les pupilles largement dilatées , immobiles même à l'approche d'une vive lumière. Il y avait des douleurs frontaLs assez vives, irrégulières, j.'état général était excellent; on pratiqua

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