‹ De la menstruation en pathologie oculaireChapitre 4 sur 32 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Parmi les troubles divers plus ou moins graves produits par la menstruation dans l'organisme féminin, ilen est quisont particulièrement intéressants à étudier et par leur siège, — carils relient deux organes bien éloignés — et par les formes variées qu'ils peuvent revêtir, et aussi par la gravité qui assombrit parfois leur pronostic. Nous avons nommé les troubles menstruels dont l'œil est le théâtre. Pendant plus de deux ans que nous avons fréquenté la Clinique des Quinze-Vingts,il nous a été donné d’en observer plusieurs exemples. Nous avons à ce propos recherché dans la littérature médicale ce qui avait été écrit sur ce point et nous avons été ainsi amené à faire de cette étude le sujet de notre thèse inaugurale.

Le sujet n'est certes pas nouveau. Le Père de la médecine lui-même a écrit que « les brouillards dans la vue se dissipent par l'apparition d'abondantes menstrues ». « Lors donc, ajoute l'illustre médecin de Cos, que les règles sont pituiteuses, qu’elles font des filaments... la femme est sujette à des fluxions de tête qui coulent et séjournent dans tout le corps et y causent des humeurs : le dessus des paupières est plombé.»

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Et ailleurs : « Avec la perte blanche on rend des matieres comme de l'urine d'âne, le dessous des yeux se gonfle, les yeux sont humides, ternes et sans éclat : la vue se trouble.» Et aussi: « Lorsqu'il y a de longues pertes on doit s'informer s’il s'y joint des maux de tête, des douleurs dans leslombes et le bas-ventre,... s’il y a obscurcissement de la vue.»

D’après Guillemeau,« Hippocrate nous a laissé que les femmes mariées et les vierges bien réglées de leurs mois ne sont point entachées de ce mal (héméralopie) ; d'autant que les mois coulans aux vierges et les femmes ayant la compagnie des hommes, leur sang et esprits en. sont purifiez etesclaircis, comme au contraire il demeure plus cras, espais et visqueux lorsqu'elles ne sont réglées et qu’elles n'ont la compagnie des hommes, qui fait que l'esprit visuel se rend plus cras et espais, et par conséquent la veuë est rendue plus faible et débile.»

11 ne nous semble pas douteux, d’après ce qui précède, quele Père dela médecine ait lui-même observé des troubles visuels causés par des troubles menstruels ou utérins.

Plus tard Celse observa que « l’imbécillité des yeux, par laquelle on void assez de jour et de nuict ou ne void goutte, ne vient point aux femmes bien réglées de leurs mois».

Guillemeau (1643) les cite tous deux, mais ne nous donne rien de personnel sur ce point.

Nous trouvons dans l'ouvrage de Pechlinus (1691) une observation qui nous intéresse vivement : Cecitas mens- {rua a sanguine 1n caput regurgitante. Pour en avoir une autre, il nous faut arriver jusqu’à Vander- Wiel en 1758.

Maïlhot, dans le Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacie d'avril 1763,rapporte un cas de perte de la vue à la suite de suppression brusque des règles.

Bécherel le jeune, dans le même journal(janvier 1775), nous donne lobservation d'un cas de cécité à la suite de Suppression brusque des règles suivie de guérison par leur réapparition.

Et nous trouvons dans les manuscrits de Boerhaaye un cas de suppression des règles avec amaurose unilatérale et phénomènes hystériques. |

Brierre de Boismont (1842) rapporte aussi plusieurs cas de troubles oculaires causés par un état défectueux de la menstruation.

Huichinson, dans une leçon faite à Moorfield, le 20 août 1876, traite de l'influence du système sexuel sur les maladies de l'œil et dit : « Il est infiniment probable que certaines formes d’amblyopié et certaines altérations de nutrition de l'œil sont en rapport avec des troubles de la menstruation ou avec sa suspension.»

En juin 1890, notre maître M. Trousseau acommuniqué à la Société d'Ophthalmologie une superbe observation d'iritis cataméniale,.

Enfin, en février 1892,le professeur Schauta (de Vienne), traitant dans sa leçon inaugurale des relations qui existent entre l’appareil génital de la femme et différentes maladies, a parlé des troubles oculaires de cause utérine et menstruelle.

Les matériaux et les observations ne manquent pas dans la littérature médicale. Nous n'avons donc pas la prétention de faire du neuf ; nous apportons simplement une pierre à l'édifice, c’est-à-dire quelques observations personnelles.

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