‹ De la mentulagre; ou, Mal françaisChapitre 4 sur 7 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

LA MENTULAGRE

OU

ÉPIGRAPHE DE GEORGES GaDIUS A JOSEPH GrUNBECK

Tandis quïin mal nouveau sévit sur l’humanité, que la douleur et le poison s’emparent de tout le corps, que nul médecin ne sait promettre une guérison certaine, ni chasser le contage d’un mal inconnu ; vous, qui avez éprouvé les fureurs de cette maladie, vous nous en indiquez les remèdes, après nous avoir appris la source du mal. Réparateur de la nature, c’est vous qui nous donnez ce que jadis Hippocrate a donné aux Grecs, ce que Musa a donné aux Romains. Quiconque aura été blessé par ces traits empoisonnés devra, s’il veut obtenir sa guérison, avoir recours à votre art, et une fois guéri, qu’il vous décerne des honneurs aussi grands que ceux que toute la Grèce rendit jadis à Hippocrate.

ALOYSIUS MARLIANUS (»)'

à V auteur Joseph Grunbeck, salut. /

Je ne puis manquer de reconnaissance envers vous, quand tout le monde vous en doit. La nature notre mère, et souvent notre marâtre, — non contente de tant de maux auxquels elle a condamné l'Europe, — avait déchaîné sur presque toute cette contrée une maladie inconnue et étrangère. Si l’humanité vous doit de l'affection, elle vous doit encore plus de reconnaissance ; car, prenant en pitié nos misères, grâce à votre expérience, vous avez découvert l’origine de ce mal, vous en avez fait connaître les causes, et, après avoir été utile à vous-même, vous l’avez été aux autres. Beaucoup apprécieront votre œuvre; beaucoup en profiteront. Aussi je souhaite qu’elle vive pour le salut de l’humanité. Si mes éloges ne sont point à la hauteur de votre travail, je l’admire cependant et je le loue, parce que je comprends qu’il ne puisse pas être loué seulement par ceux qui souffrent. Si les hommes me prêtent quelque attention, quelque méchants qu’ils paraissent, ils m’accorderont néanmoins tous leurs suffrages. Adieu !

(i) Aloysius Murlianus était de Milan. Il est auteur de Silva de For tuna, 1503.

CHRISTIANUS UMHAÜSER (*)

Au lecteur.

Salut, lecteur, ami dévoué des arts libéraux. Une maladie terrible et très meurtrière, inconnue de notre siècle, s’était déchaînée sur notre misérable humanité, et, à notre connaissance, nul jusqu’alors n’avait été assez habile pour apporter un remède actif et efficace contre cette' affection que l’auteur, avec beaucoup de raison et de sens, appelle Mentulagre (2). Mais prenant en pitié les plaintes de la plupart des hommes, relativement à cette grave maladie du corps, Joseph Grünbeck, secrétaire de l’Empereur, homme d’une brillante élocution et d'un grand savoir, s’est acquis des titres nombreux

(1) Christianus Umhauser était un érudit qui vivait à la fin du xvc et au commencement du xvi° siècle. 11 est auteur d’un opuscule qui a pour titre : DzCemoria artificiosa ex Quintïliano et Petro Ravennate excerpta. S. 1. a. et typ. n.

(2) Mentulagrci est un mot hybride, formé du mot latin menluta , membre viril, et du mot grec àypa qui signifie proie, butin. Ce dernier était ajouté au nom de certains organes pour en indiquer la maladie. C’est ainsi qu’on a dit mentagre pour maladie du menton, pellagre pour maladie de la peau, podagre, chiraçre, maladie goutteuse des pieds et des mains. A côté de mentulagre, on trouve aussi quelquefois pudendagre. Torelja emploie ce dernier nom dans le livre Tractai us... contra pudeudagram... 1497. On trouve mentule dans Rabelais, pour désigner le membre viril.

à la reconnaissance de tout le genre humain, car après avoir ètè infecté de cette maladie malpropre et contagieuse, il a publié un savant opuscule dans lequel il a décrit, dans ses moments de loisir et avec une remarquable élégance, l’origine de ce mal, sa nature, le régime à suivre et les remèdes salutaires les plus appropriés. Ce livre (et je parle en toute sincérité) est clair, élégant, agréable, travaillé avec un goût exquis ; il procurera surtout à ceux qui souffrent un soulagement et un secours très avantageux, s’ils obéissent aux très savantes prescriptions de l’auteur. Salut.

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