A LA DEUXIÈME SECTION
voir seront exposés à répondre : « Je ne sais pas, » à beaucoup de questions qu'on leur fera; mais si, au lieu de cette réserve d'une science réfléchie et consciencieuse, celui qui, par aveuglement de sonpropre savoir ou par un autre motif, a la prétention de répondre à tout, il compromet bien souvent la véritable science; etaujourd'hui le public incapable qu'il est d'apprécier le degré de certitude où chaque science est parvenue, a-t-il tort après avoir été si fréquemment induit en erreur par des réponses qu'il a reçues d'un savoir imparfait ou téméraire, quand on entend cette phrase sortir de sa bouche : « La théorie dit oui et la pratique dit non, » ce qui signifie : la science se trompe, mais non pas la pratique ? Le public, dis-je, a-t-il tort? Je ne le pense point.
120. Mais si prendre la partie pour le tout arrive souvent dans la science, est-ce à dire que hors de son domaine, dans la société cette erreur n'est pas commise? Loin de là; elle l'est fréquemment, non-seulement par le public ignorant, mais par le monde lettré même, et si je ne le pensais pas, ces lignes que j'écris n'auraient pas raison de l'être.
121. La définition du fait dans les sciences, vraie aussi dans toutes les branches du savoir humain,
conduit à conclure que les faits tels que je les ai définis sont, en toutes choses, les éléments des connaissances humaines sans distinction; conclusion parfaitement conforme aux paroles du grammairien, quand il définit le substantif abstrait , une propriété, une qualité, un attribut commun à des êtres concrets divers (76), et qu'il comprend dans sa définition les qualités morales du domaine de l'humanité. Des définitions émanées d'une méthode qui, ayant eu la chimie pour point de départ, s'est étendue aux sciences naturelles, venant enfin à s'accorder avec celles de la grammaire et de l'histoire morale de l'homme, montrent par cet accord môme comment une expression générale, la définition du mot fait, embrasse à la fois les abstractions des corps inorganiques et les abstractions des corps vivants, y compris celles de l'ordre moral qui sont l'apanage exclusif d;un être libre en possession de la conscience de ses actes.
122. Mais si l'histoire de l'homme présente plus de choses abstraites que l'histoire d'aucun autre être, toutes ces choses abstraites sont ramenées au concret de la manière la plus intime, soit à l'individu isolé, soit à l'individu associé ; et à cet égard, dans l'application de la méthode naturelle à la classification des