‹ De la méthode a posteriori expérimentale et de la généralité de ses applicationsChapitre 48 sur 103 · Que l'on réfléchisse maintenant aux procès · texte numérisé non relu

Que l'on réfléchisse maintenant aux procès

APPLIQUÉES AU CONCRET, m

civils (1), qui ne sont en définitive que des applications d'expressions abstraites, les articles de loi, à des intérêts essentiellement liés à des êtres concrets, et l'on s'expliquera le rôle des avocats représentant les parties, le rôle du ministère public et le rôle des magistrats prononçant au nom de la justice.

Le talent de chaque avocat consiste à montrer comment tels articles delaloi s'appliquent ou ne s'appliquent pas à la partie qu'il défend, en s'appuyant de raisons déduites de circonstances personnelles à l'individualité de son client.

Le ministère public, après avoir entendu les plaidoyers, les raisons alléguées pour et contre, émet une opinion impartiale relativement aux parties qui sont en cause.

Enfin, le devoir des juges est l'examen approfondi du pour et du contre à l'égard des parties intéressées, et l'application de la loi en montrant comment elle intervient dans chacune des parties du jugement.

(1) Je ne parle pas des procès criminels, où il s'agit de constater si des prévenus ont commis le crime dont on les accuse, puis s'ils l'ont commis avec préméditation ou discernement. (Voir Lettres de M. Chevreul à M. Villemain : lettre sur le Jury, page 144

100. Dès lors se présente fréquemment la même difficulté que dans la méthode naturelle, quand il s'agit de l'application <¥ attributs caractéristiques abstraits à des êtres qui ont beaucoup d'attributs parmi lesquels il pourra s en trouver d'absolument discordants à l'égard des attributs caractéristiques, choisis en premier lieu; mais reconnaissons que, dans l'application de la loi, il n'existe pas d'éléments inconnus comme il en existe dans l'application de la méthode naturelle; la difficulté pour des juges est l'appréciation des circonstances personnelles de chacune des parties , relativement aux articles de la loi.

On peut donc conclure que tous les éléments du jugement à prononcer sont à la disposition des magistrats, tandis que, dans les applications des caractères de la méthode naturelle à la classification des espèces, il peut y avoir des éléments qu'il faudrait connaître pour que la classification des espèces fût exacte.

132. Certes, si quelque chose peut motiver les difficultés d'appliquer la loi avec équité en prononçant entre des intérêts opposés, c'est sans doute ce soin du législateur, fort de la volonté de faire valoir chacune des circonstances relatives aux parties

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susceptibles d'éclairer l'esprit des juges, d'abord en lui faisant entendre tout ce que l'avocat peut dire en faveur de son client et contre sa partie adverse, puis l'opinion d'un magistrat impartial donnant ses conclusions.

133. Les deux exemples que je viens de citer, pris dans la science et dans l'application des lois, suffisent pour montrer d'abord la différence existant entre des généralités, des abstractions d'une part et d'une autre part des êtres concrets considérés chacun comme un ensemble d'abstractions ou d'attributs, et ensuite la difficulté de prononcer sur les rapports des premiers avec les seconds, conformément à la vérité pour ce qui est du ressort de la science et conformément à la justice pour ce qui est du ressort de la loi.

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