CHAPITRE III
CAUSE D'OPINIONS FRÉQUEMMENT REPRODUITES DANS LA CONVERSATION, DONNÉE PAR I/ÉTUDE DU CONCRET ET DE L'ABSTRAIT, TELLE QU'ELLE EST FAITE DANS CET OUVRAGE.
134. Maintenant, conformément à l'esprit qui m'a dicté cet ouvrage, je vais examiner l'origine d'opinions fréquemment reproduites dans la conversation, dont l'intime liaison avec la manière dont j'ai présenté l'étude du concret et de l'abstrait est incontestable comme on va le voir :
Des personnes appartenant au public lettré et sa-
vant môme expriment quelquefois leur étonnemenl de certains jugements émanés de personnes qui se sont adonnées exclusivement aux mathématiques pures; elles vont même jusqu'à prétendre que l'étude de ces sciences rend l'esprit faux, allégation contre laquelle je proteste avec force, tout en reconnaissant cependant la cause à laquelle on doit l'attribuer.
En fait de propriétés de la matière, la grandeur n'est-elle pas celle, ou une de celles, qui frappe avant toute autre? Or, les mathématiques se proposant de la connaître, soit qu'elles la considèrent à l'état de continuité ou à celui de discontinuité, n'offrent-elles pas l'étude la plus générale, la plus étendue et la plus variée au point de vue de V abstrait? Dès lors, est-il étonnant que parmi ceux qui s'y livrent d'une manière absolue, on en trouve qui, forts de l'opinion à laquelle ils doivent la foi d'une certitude qu'aucune autre science ne peut donner, les mathématiques leur semblent si élevées au-dessus du reste des connaissances humaines qu'ils dédaignent l'étude de ces dernières et particulièrement de celles qui concernent le concret, et que dans cette disposition d'esprit, ils parlent avec assurance d'objets qu'ils n'ont jamais étudiés , surtout devant des personnes qu'ils savent étrangères aux mathéma-