REPRODUITES DANS LA CONVERSATION
gements portés par les camarades d'une école, d'une institution, en tant qu'il s'agit des qualités morales tenant au caractère, des qualités intellectuelles qui se révèlent à l'extérieur par la mémoire, la facilité d'élocution, la réponse rapide aux questions d'un examen, la facilité d'apprendre; mais pour juger des facultés de l'esprit qui n'apparaissent que par des découvertes quelconques, en un mot, lorsqu'il s'agit de l'invention dans la science et même encore de ces qualités spéciales brillant dans des circonstances graves, inattendues, sur le champ de bataille, par exemple, alors que de grandes qualités se montrent, n'arrive-t-il pas que les plus étonnés sont souvent les camarades qui ne les avaient jamais prévues?
140. Enfin une trop grande variété d'études données à de jeunes esprits dans un temps insuffisant à l'assimilation des notions enseignées n'étouffe-t-elle pas plus d'une vocation, plus d'une disposition à l'originalité, qui, sans être supérieure, se fût pourtant assez développée pour se faire remarquer dans des conditions plus favorables à la manifestation de sa nature spéciale.
APPLICATIONS FINALES A L'ENSEIGNEMENT CONSIDÉRÉ AU POINT DE VUE LE PLUS GÉNÉRAL.
141. Pour peu qu'on ait prêté quelque attention aux idées que j'ai exposées dans les deux parties précédentes de l'ouvrage et compris l'influence qu'elles peuvent exercer sur le mode de la transmission de la science du maître à l'élève, n'aurait-on pas lieu de s'étonner que je m'abstinsse de formuler les conséquences qu'elles auront sans doute tôt ou tard dans l'enseignement?
Si la société est intéressée à l'instruction des indi-
vidus qui la composent, n'est-ce pas un devoir pour toute personne participant à la donner, soit indirectement comme administrateur et inspecteur, soit directement comme professeur, de limiter l'enseignement élémentaire et tout enseignement dont le but est un examen de capacité, à ce qui possède le caractère du vrai au jugement de personnes susceptibles d'apprécier les objets dont ces enseignements se composent.
Il faut laisser à un enseignement tout à fait supérieur la liberté de traiter, non des sujets quelconques, mais des connaissances spéculatives qui prêtent à des discussions utiles en s'adressant à des esprits suffisamment préparés pour en bien comprendre les avantages et les inconvénients.
C'est, pénétré de la pensée de l'avantage du vrai en toutes choses, que je me suis appliqué à le chercher comme étudiant, investigateur, et professeur, sans qu'aucun motif étranger à ce but de mes efforts tel que désir de faire triompher une hypothèse quelconque à l'exclusion d'une autre, esprit de parti, ambition, intérêt personnel m'en ait détourné : c'est fort de ma conscience de n'avoir jamais perdu la vue de ce but, ni cessé de marcher dans la voie la plus directe pour l'atteindre, que je vais sans crainte et sans hésitation consacrer cette troisième
partie aux applications finales à renseignement des vues exposées dans les deux premières parties de l'ouvrage.
En disant sans crainte et sans hésitation, c'est avec la pensée de présenter dans le chapitre suivant un exposé rapide des faits d'ordres divers qui, à mon sens, montrent avec le plus de clarté l'esprit d'après lequel des recherches fort différentes par les objets qu'elles concernent ont été entreprises, et comment, fruits d'une méthode unique, la méthode à posteriout expérimentale, l'ouvrage que je soumets aujourd'hui au public est l'expression de leur coordination.
Le chapitre dont je parle est une œuvre de conscience destinée à montrer comment cette méthode, émanée de mes travaux chimiques, a été le guide de mes études psychologiques sur une classe particulière de mouvements musculaires, de mes expériences sur les corps qui affectent les organes du toucher, du goût et de l'odorat, de mes recherches sur la vision des couleurs, enfin comment leur résultante m'a conduit à envisager Yespèce dans les êtres vivants, et l'histoire des connaissances chimiques.
Mais ce chapitre ne s'adresse point aux lecteurs qui sont peu familiarisés avec les détails des sciences naturelles ; aussi les priai-je de ne pas le lire et de passer au chapitre II intitulé de la distinction de deux ordres
d'enseignements; en les y engageant, qu'ils ne me prêtent pas la pensée de tenir peu à leur suffrage ; car rien ne me flatterait plus que l'approbation donnée à la généralisation de la méthode à posteriori expérimentale par des hommes qui, n'ayant pas consacré leur temps à l'étude des sciences naturelles, ont médité sur des sujets pris en dehors des sciences chimiques.