‹ De la méthode a posteriori expérimentale, et de la généralité de sesChapitre 10 sur 117 · Comment la science zoologique moderne a-t · texte numérisé non relu

Comment la science zoologique moderne a-t

elle résumé ce grand fait de robservation, Textrême différence existant entre l'homme et les animaux? Elle a dit : V homme est perfectible^ tandis que ranimai ne Vest pas y du moins dans l'espèce d'une manière qui puisse lui être comparable.

3. A quoi l'homme doit-il la perfectibilité ? Immédisiment aux deux facultés de son intelligence appelées /'analyse et la synthèse; par la première, il réduit un objet complexe en ses parties, en ses éléments; par la seconde, il réunit des parties séparées en un ensemble, en un tout.

Tel est le sens le plus général des mots analyse et synthèse.

4. La forme grammaticale de la pensée atteste l'antique intervention de ces deux facultés de l'esprit dans la formation des langues que les hommes ont parlé.

Des sciences les plus générales, dans leur expression abstraite, comme les mathématiques pures, ont adopté les mots analyse et synthèse;

Et la chimie, si étroitement liée à la connaissance de la matière, a été définie quelquefois la science de l'analyse et de la synthèse (9).

Ces citations, choisies avec réflexion, montrent

2i ANALYSE ET SYNTHÈSE EN GÉNÉRAL,

la grande importance des deux facultés de l'esprit humain, dont je parle, eu égard à la fois à Tancienneté et à l'extrême différence de deux sciences, les mathématiques exclusivement consacrées à l'étude de la grandeur^ et la chimie cherchant à connaître toutes les propriétés^ tous les attributs de la matière,

5. Mais s'il est vrai que l'homme doit à ces deux facultés la perfectibilité par laquelle il se distingue si éminemment des animaux, est-ce une raison de considérer ces mêmes facultés comme des qualités supérieures de l'entendement qui le placeraient î\ côté d'un être doué d'une intelligence que nous considérons comme tout à fait supérieure? Je ne le pense pas, d'après les considérations que je vais développer.

6. 'L'homme ne peut connaître quoi que ce soit sans une étude préalable, et pour peu que l'objet ait quelque complexité, il se trouve forcé de l'étudier dans chacune de ses parties successivement ; c'est donc en recourant à l'analyse qu'il arrive à un premier but.

Je dis premier but, parce que la connaissance déduite de l'analyse peut être erronée et qu'un con-

trôle est nécessaire si Ton veut la certitude d'avoir échappé à Terreur; or à quel contrôle recourra-t-on? Naturellement à la synthèse, afin de voir si les parties étudiées séparément, représentent bien, après leur réunion, le tout, qui préalablement avait été soumis à l'analyse.

Si le produit de la synthèse confirme le résultat de l'analyse, le but définitif sera atteint.

Il est des cas où la synthèse a précédé V analyse. On peut citer comme exemple la composition de Teau en chimie. Cawendish, dans l'été de 1781, la détermina en brûlant les gaz oxygène et hydrogène; en 1784, Lavoisier et Meusnier confirmèrent la conclusion de Cawendish en décomposant l'eau par le fer porté au rouge.

7. N'est-il pas vrai que l'homme demandant â la synthèse le contrôle de l'analyse et à celle-ci le contrôle de la synthèse, est forcé par là même d'avouer sa propre faiblesse, lorsque cherchant la vérité, il est animé du désir de savoir s'il n'a pas t)ris l'erreur pour elte. Cette disposition est conforme à la pensée qui l'occupe, lorsque cessant de tenir les yeux abaissés sur les animaux, il les élèv^ vers des êtres places au-dessus de lui, sans les porter pourtant jusqu'à un être suprême doué de la

2i ANALYSE ET SYNTHÈSE EN GÉNÉRAL.

puissance créatrice, sa contemplation s'arrêtant à une intelligence supérieure à la sienne, qu'il conçoit n'avoir besoin que du simple regard, si cette expression m'est permise, pour pénétrer l'essence de l'objet qu'elle veut connaître, affranchie qu'elle est par sa supériorité même de recourir à l'analyse et à la synthèse.

Maintenant que l'homme, abaissant son regard, le porte autour de lui pour contempler ses propres œuvres, et bientôt il reconnaît son impuissance à créer quoi que ce soit; sa science se borne à opérer de simples transformations de la matière; les machines les plus étonnantes conçues par son génie, ne sont en définitive que des arrangements, bien ingénieux sans doute ! de solides, de liquides et de gaz, de sorte que les effets, quelqu'en soit le merveilleux, sont le simple résultat des propriétés de la matière brute à l'essence de laquelle il lui est interdit d'apporter le moindre changement; que l'homme compare ses œuvres à celles qu'il n'a pas faites; qu'il voie les plantes indispensables au règne animal variées comme les besoins qu'elles doivent satisfaire, et qu'après s'être reconnu le souverain des animaux par son intelligence et le maître de quelques-uns devenus ses domestiques par droit de conquête, il fixe sa pensée sur ces êtres utiles vivant

comme lui, mais tout à fait ses inférieurs, dénués qu*ils sont de la perfectibilité dont il est doué, et certainement les réflexions suggérées par cette comparaison, loin de le conduire à l'exaltation de sa propre nature, le confirmeront dans l'opinion de l'imperfection de son intelligence qu'il avait déduite déjà de la nécessité oti il se trouve de recourir à l'analyse et à la synthèse pour connaître tout objet du monde extérieur. Qu'un poëte, auteur d'une œuvre digne de l'admiration des hommes oublieux de ce qu'il doit au passé, et plein du souvenir de ses efforts, répète avec Corneille ;

Je ne dois qu'à moi seul toute ma renommée.

Je le conçois sans peine; mais le philosophe réfléchissant au progrès des sciences, à la diversité des génies auxquels une seule d'entre elles doit ce qu'elle est, supputant aussi ses efforts et ses veilles, n'atteindra jamais à l'orgueil du poëte; et s'il embrasse d'un regard l'ensemble des animaux, obéissant à leurs instincts, instincts qui depuis des siècles président à leur existence, sa faible intelligence succombe devant une prévision dont la sublimité lui échappe I

8. Est-il un sujet plus grave pour la pensée humaine que la contemplation de Tinstinct de la brute ! Quel spectacle en effet que ces nombreuses espèces d'animaux obéissant aveuglément à des instincts qui, restés les mêmes depuis un temps immémorial ont maintenu chacune d'elles dans sa forme originelle et jusqu'à nous en ont perpétué la durée ! En les étudiant au point de vue de la science la plus minutieuse comme de la plus pénétrante, on arrive à conclure que la coordination de toutes les parties correspondant à l'histoire de l'instinct du moindre des insectes est ce qu'il y a de plus merveilleux, de plus étonnant dans la philosophie la plus sublime, puisqu'elle dépasse en prévoyance toutes les limites concevables par la science humaine !

Si cette contemplation de la nature des animaux ne conduit pas à reconnaître une intelligence supérieure douée de la science infinie et de la prévoyance de ses actes, je reste confondu. Avec ma longue habitude d'interroger la nature conformément à la méthode A posteriori ex/îeVimen^r^/e à laquelle , ce livre est consacré ! puis-je conclure le néant de celte intelligence suprême? Puis-je conclure, contrairement à la logique rigoureuse qu'elle prescrit à toutes les sciences du ressort de l'expérience, que l'instinct de

la brute, plus étonnant à mon sens que Tintelligence humaine, estun effetdes forces aveugles qui régissent la matière brute? Non; en vérité, non, ma raison s'y refuse !

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