‹ De la méthode a posteriori expérimentale, et de la généralité de sesChapitre 11 sur 117 · DÉFINITION DU MOT FAIT · texte numérisé non relu

DÉFINITION DU MOT FAIT

9. Si, comme je l'ai dit, l'homme doit toutes ses connaissances à l'analyse et à la synthèse, si ces facultés président à toutes ses recherches intellectuelles (3. 4.), évidemment on ne peut définir la chimie la science de Vanalyse et de la synthèse (4), cependant il est rare qu'une proposition avancée dans une science par des hommes sérieux, l'ait été sans raison ; or, en y réfléchissant, on la découvre

bientôt, c'est qu'en chimie seulement les actes de

Tesprit qui se rapportent à rexécution manuelle de ranalyse et de la synthèse ont pour résultat des choses concrètes qui tombent sous les sens, des corps matériels qui se pèsent dans des balances. Ce fait spécial à la chimie, explique la définition de cette science que je viens de rappeler (4), définition que je n'ai jamais acceptée, parce qu'elle n'a pas trait à un caractère qui lui soit essentiel, à im caractère qu'elle ne partagerait avec aucune autre. V objet qu'elle se propose étant de distinguer la matière en types appelés espèces chimiques caractérisées, chacune par un ensemble défini de propriétés physiques^ chimiques et organoleptiques^ c'est la définition que depuis longtemps je préfère, puisque aucune science ne peut remplacer la chimie pour donner à l'homme la notion approfondie de la nature spéciale de chaque corps.

10. Aucune des connaissances humaines, usant des mots analyse et synthèse^ ne les emploie avec plus de précision et de clarté, que la chimie, conséquence naturelle de l'accord existant entre tous les chimistes pour appeler simple^ le corps dont jusqu'ici on n'a pu séparer plusieurs sortes de matières, et composé^ celui qui se trouve dans le cas contraire. Un corps simple ne peut donc prendre part

à une action chimique qu*en vertu de la synthèse, tandis qu'un corps composé peut ôtre décomposé en vertu de l'analyse, et s'unir avec un autre corps en vertu de la synthèse; enfin, il y a analyse et synthèse dans le cas où un corps en expulse un autre d'une combinaison pour en prendre la place.

11. La définition du corps simple dans la science moderne, en accord parfait avec la méthode a POSTERIORI expérimentale ^ est conditionnelle à nos moyens actuels d'analyse, elle n'a donc pas ce caractère d'absolu de la science ancienne posant en principe la nature élémentaire ou simple , du /i?w, de l'air, de l'eau et de la terre. Et certes quelque réflexion à laquelle donne lieu le nombre de 64 corps admis aujourd'hui comme simples, il y a bien plus d'avantage à l'accepter comme fait découlant de la méthode a posteriori expérimentale, que de le rejeter hypothétiquement parce qu'il ne paraîtrait pas vraisemblable d'après des probalités a priori,

12. Allons plus loin, sans cesser d'être d'accord avec tous les chimistes dans l'application des mots analyse et synthèse, aux difl'ércntes actions chimiques qu'ils observent entre les corps simples et les corps

composés, et relativement à Texpression des quantités réagissantes exprimées enaiomes, en volumes ou en équivalents, voyons comment la définition du mot fait (4, introduc.) est véritablement sortie des réflexions auxquellesje me suis livré sur la nature des corps simples et des corps composés, telle que les chimistes les envisagent.

Que connaissons-nous dans les corps? rien autre chose que des propriétés, des qualités, des rapports, en un mot des attributs.

Qu'exprime donc le nom d'un corps? implicitement toutes ses propriétés, toutes ses qualités, tous les rapports qu'il a avec quoi que ce soit, en un mot tous les attributs qu'il possède.

L'histoire d'une espèce chimique simple comprend toutes ses propriétés et toutes celles des composés qu'elle forme en s'unissant avec d'autres corps.

Il en est de même de l'histoire d'une espèce chimique complexe, mais celle-ci comprend en outre l'histoire des phénomènes qu'elle présente en se décomposant.

Les choses amenées à ce point de vue la définition du mot fait en est la conséquence naturelle.

Car s'il est vrai que nous ne connaissions les corps que par leurs propriétés, leurs qualités, leurs r«^p-

ports y leurs attributs j et si, d'un autre côté, \mfait est ce qui existe, ce qui a été, ce qui sera, en d'autres termes ce que nous connaissons, il devient évident que ce qui nous présente l'idée de la certitude, comme les propriétés, les qualités^ les attributs^ les rapports, sont des faits.

Enfin chaque propriété, chaque qualité, chaque attribut, coexistant avec d'autres, et pour être bien connus, chacun ayant été étudié séparément des autres, chaque propriété, chaque qualité, chaque attribut est une abstraction.

13. Je rappelle la définition du fait que j'ai fort souvent citée depuis la première fois où elle a été développée dans mes lettres à M. Villemain (1); mais pour qu'on ne me prête pas l'intention d'avoir formulé un système de propositions générales avec une prétention longtemps préméditée, de faire, ce qu'on appelle une philosophie, prétention contre laquelle je proteste, car je ne suis parvenu que peu à peu à des généralités, en ne perdant aucune occasion de résumer les pensées que m'ont offertes successivement des recherches expérimentales dont la

(1) Lettres à Af. Villemain, Paris, 1856.

chimie a été le point de départ et n'a jamais cessé de m'occuper.

Tel est le motif pour que j'insiste sur cette science plus que sur toute autre, afin que le lecteur, désireux de suivre l'ordre général de mes idées depuis leur origine, puisse le faire et se rendre compte à lui-même de l'influence que le caractère propre à la chimie peut avoir exercé sur moi, lorsque d'autres sciences m'ont apparu sous un aspect différent de celui ou elles avaient été antérieurement envisagées (introduction, 12.)

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