ORIGINE D'OPINIONS
vant môme expriment quelquefois leur étonnemenl de certains jugements émanés de personnes qui se sont adonnées exclusivement aux mathématiques pures; elles vont même jusqu'à prétendre que Tétude de ces sciences rend l'esprit faux, allégation contre laquelle je proteste avec force, tout en reconnaissant cependant la cause à laquelle on doit l'attribuer.
En fait de propriétés de la matière, la grandeur n'est-elle pas celle, ou une de celles, qui frappe avant toute autre? Or, les mathématiques se proposant de la connaître, soit qu'elles la considèrent à l'état de continuité ou à celui de discontinuité, n'offrent-elles pas l'étude la plus générale, la plus étendue et la plus variée au point de vue de rabstraitî Dès lors, est-il étonnant que parmi ceux qui s'y livrent d'une manière absolue, on en trouve qui, forts de l'opinion à laquelle ils doivent la foi d'une certitude qu'aucune autre science ne peut donner, les mathématiques leur semblent si élevées au-dessus du reste des connaissances humaines qu'ils dédaignent l'étude de ces dernières et particulièrement de celles qui concernent le concret^ et que dans cette disposition d'esprit, ils parlent avec assurance d'objets qu'ils n'ont jiamais étudiés , surtout devant des personnes qu'ils savent étrangères aux mathéma-
tiques, oubliant alors les paroles du poëte que pour savoir une chose^ il faut l'avoir apprise,
La conséquence n'est-elle pas que bien des propositions aventurées, excentriques^ si cette expression m'est permise, peuvent être avancées dans la conversation relativement à la connaissance du concret ^ où déjà la réflexion, l'étude même ne préservent pas des fautes, des mécomptes auxquels nous expose le manque de connaître tous les attributs d'un être concret quelconque, et nous expose ainsi fréquemment à commettre l'erreur de prendre la partie pour le tout*
135. Dans une foule de circonstances variées de la vie ordinaire se manifeste une opinion commune généralement vraie, mais quelquefois erronée lorsqu'il s'agit encore de sujets où Vabstrait et le concret ont des parts plus ou moins différentes dans les jugements qu'on en porte.
J'ai dit plus haut qu'il est des cas où le public a raison de donner tort à la théorie et raison à la pratique ^ proposition signifiant aussi que l'erreur peut être de son côté (119, 120).
Il a raison quand il s'agit d'appliquer au concret
une pratique au nom d'une prétendue théorie^ pure
hypothèse y dépourvue qu'elle a été d'un contrôle