‹ De la méthode d'observation: dans son application aux sciences morales et politiquesChapitre 101 sur 181 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

chose de mieux que la somme de bien-être auquel il est arrivé par de pénibles efforts , et l'ennui, Tincurable ennui le saisit au sein des prospérités qu'il avait rêvées. C'est cet état de l'âme qui se révèle constamment à l'observation et dont les écrits de philosophie chrétienne, surtout le beau livre de X Imitation de Jésus-Christ, ont souvent présenté la vive et fidèle peinture.

VI. — L'homme travaille donc, et l'objet de son travail, c'est une œuvre étrange qu'on appelle la civilisation, œuvre imparfaite comme lui, où le mal se mêle au bien en des proportions diverses. Qu'il cherche dans cette élaboration sociale à laquelle il prend part, une certaine somme de bien-être personnel, cela doit être ; que fréquemment ce désir dépasse de raisonnables limites et dégénère en une disposition à sacrifier tout à soi, il faut reconnaître qu'il en est ainsi ; mais quand le moraliste à l'humeur satirique et morose exagérant la remarque, voit là le seul mobile des actions humaines, il est dans le faux. L'humanité se montre à l'observateur impartial sous d'autres aspects. Il distingue en elle ce que nous appellerons le sens vital auquel s'oppose sans cesse le sens moral; le premier répond à l'instinct de conservation et mono à l'individualisme; au second se rattache la

sociabilité qui se résume dans le dévouement à ses semblables. La morale de Tintérèl est due à une fâcheuse prédominance du sens vital; mais la société tout entière repose sur le sacrifice. La vie de la famille n'en est-elle pas une constante pratique ? Elle ne se soutient que parce qu'elle est un concours de forces qui s^entr' aident avec une réciproque abnégation. Ce besoin de se dévouer, lien sympathique sur lequel se fonde la grande confraternité humaine, se décèle à chaque pas qu'on fait dans l'existence sociale. Il se manifeste à son berceau par l'hospitalité, cette vertu des âges primitifs; il se développe et grandit avec elle. Il est l'origine de ces sublimes élans qui jettent dans un hôpital la sœur de charité pour y soigner des plaies hideuses, et parmi les déserts le missionnaire désireux de faire un meilleur sort à quelque peuplade sauvage. Laissons une sèche analyse prétendre qu'après tout on satisfait son penchant dans de tels actes, qu'on est encore personnel en les accomplissant. Soit, nous voulons bien que ce soit pour son bonheur qu'un généreux citoyen se précipite au sein des flammes, afin d'arracher au risque de sa propre vie un enfant, un vieillard infirme qu'elles vont dévorer* Il est clair que cette assertion, qui n'est au fond qu'une subtilité, ne contredit en rien la thèse (}ue nous soutenons. << Poul-èti'e, dit à ce sujej un

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