CHAPITRE X.MII
des niœurs mr les lois et des lois sur les mmirs. Nul sujet n'a donné lieu à de plus nombreuses dissertations, et pourtant il est loin d'être épuisé, par cette raison qu'on ne s'est guère placé en le traitant au véritable point de vue, c'est-à-dire sur le terrain de l'observation. U en est résulté qu'il n'y a plus eu là qu'un texte fournissant des remarques ingénieuses, une sorte de travail où se manifeste bien plus le talent du littérateur que la science du légiste. L'Académie française mit la question au concours il y a environ trente ans. Loin de nous la pensée de vouloir déprécier un travail estimable à divers égards qui a été honoré d'un aussi illustre suffrage*. On y trouve d'intéressants développements; mais son savant auteur restant dans la voie ouverte avant lui, 2q[)rès avoir, dans sa préface, dit que ses principes sont fondés sur l'histoire, se borne à citer çà et là des faits détachés, empruntés aux temps et aux lieux divers. Mais, ne nous lassons pas de le redire, c'est du rapprochement de faits analogues, nombreux et constants, que peut résulter ici la démonstration; c'est de cette sorte seulement que l'on montrera comment tour à tour les mœurs forcent les lois et les lois réagissent sur les mœurs; comment la législation reste
\ . De ^influence des mœurs sur ^e$ fois et des hùi sffr les mœurs, par M. Matter, in-8», 1843.
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parfois impuissante devant des coutumes invétérées, par exemple, en matière de duel (XLVIII), comment au contraire, tournant en quelque façon la difriculté, elle sait exercer une action lente et indirecte, qui avec le temps est devenue efficace, contre des tendances nuisibles à la qiorale publique. En définitive, Taction réciproque existe, cela est indubitable; mais c'est Fobservation qui met à même d'en déterminer avec exactitude la mesure.
C'est par cet examen comparatif des lois et des mœurs fondé sur les faits que vous pouvez seulement avérer les changements survenus dans l'état moral d'une époque à une autre. Procédant différemment, vous roulerez toujours dans le cercle de vagues déclamations. Chateaubriand a recueilli quelque part des témoignages qui prouvent que, de siècle en siècle, en remontant jusqu'à l'âge d'or, on a toujours attribué au précédent une grande supériorité morale sur l'état présent, d'où il résulterait que la société vaut de moins en moins, a mesure qu'elle avance, ou bien aussi qu'elle ne vaut ni plus ni moins aux différents ftges. Ni l'une ni l'autre de ces conclusions ne serait juste, selon toute apparence. II y à certainement des dissemblances morales à établir entre les époques. Peut-on dire qu'il n'y ait sous ce rapport aucune distinction à faire entre la Rome de Cincin-