CHAPITRE I
demandées à l'observation, tous l'ont délaissée pour reprendre le cbemin plus court et plus facile de l'hypothèse et des systènnes *. »
L'école écossaise touchait donc, peut-on dire, à la solution du problème. Elle n'y est point arrivée pourtant, parce qu'elle ne s'est point placée, comme nous le verrons ci-après, sur le véritable terrain de l'observation , parce qu'elle n'a pas appliqué d'une manière assez générale et assez complète la méthode dont elle proclamait l'excellence.
Ainsi a-t-on toujours procédé, recommandant la méthode nouvelle et revenant à l'ancienne dans la pratique, tant il est difficile de sortir du courant des idées reçues.
Écoutez, par exemple, un écrivain dont les travaux peuvent être encore consultés , Lerminier : il vous dira * que « les sciences physiques ont dû leurs rapides progrès à la méthode d'observation qui inspecte, compare, généralise, cherchant partout les rapports , les différences et les analogies. Comment la même méthode appliquée aux phénomènes du monde moral et juridique ne serait-elle pas effective et féconde? » Vous supposeriez, d'après ceci, que les questions sont abordées par l'auteur d'un point de vue
i . JouiTroy, préface des Œuvres de Beid, 2. Philosophie du Droit, p. 436.
entièrement nouveau et traitées de manière à faire toujours sortir la solution de l'examen comparatif des faits. Il n'en est rien, et dans leur forme générale ses écrits ne se distinguent en aucune façon de ceux qui les ont précédés.
Et Damiron, l'habile interprète de la philosophie éclectique ! personne assurément n'a mieux parlé de la méthode d'observation, n'en a mieux fait ressortir les avantages. « Quand, dit-il S les principes ne sont pas une affaire d'évidence, comme dans les sciences mathématiques , quand il est nécessaire de les chercher et de les découvrir par l'expérience, il est une manière bien sûre d'y procéder : c'est de constater les faits, de les comparer avec soin, de les généraliser avec prudence. Certes, alors, les principes ne peuvent manquer d exactitude et de vérité. . . » Et plus loin, après avoir montré que la méthode d'observation est parfaitement applicable à la psychologie, il ajoute : « Si la philosophie parvient un jour à se servir de l'expérimentation et de l'observation, ainsi que le font pour leur part les sciences physiques et naturelles, nul doute Quelle rî arrive aussi à des théories exactes. Elle ne deviendra pas mathématique, parce que ce n'est pas dans sa nature, parce que l'objet dont elle
\ . Essai sur l'Histoire de la Philosophie en France au dix-neuviéme siècle, 3<' édit. 1834, t. U, p. 229.