TES
Not« X , page 59.
Il n'est point de fait plus curieux relativement à Texercice pratique du droit de la civilisation opposé au] droit de la barbarie, que celui que cite M. Léonce de Lavergne dans son remarquable essai sur Téconomie rurale de l'Angleterre et de rÉcosse (in-8«, 1854). On avait fait d'inutiles efforts pour triompher, dans ce dernier pays, des habitudes farouches et antisociales des Highlands qui empêchaient tout progrès. A bout de moyens, on prit le parti de déposséder violemment les populations, de les arracher par la force à leurs sauvages retraites. Celte tentative eut lieu au commencement du siècle; en 1808, lord Selkirk, secondé par quelques anciens chefs de clan devenus des membres de l'aristocratie régulière, obligèrent un grand nombre de leurs vassaux à émigrerpour le Canada. La marquise de Stafford, héritière de plusieurs de ces chefs, avait construit pour les siens, sur le rivage de la mer, des maisons commodes, pourvues de tout et entourées de jardins. Un jour, il leur fallut descendre de la montagne et venir habiter le cottage; quelques-uns acceptèrent l'échange, mais beaucoup d'autres préférèrent déserter le pays. De 1810 à 1820, environ trois mille familles furent ainsi contraintes de quitter la contrée habitée par leurs pères : a quand elles résistaient, les agents de la marquise démolissaient leurs misérables habitations, et, sur quelques points, pour aller plus vite, on y mit le feu. » (P. 374.) Il ne manqua pas de gens pour attaquer, au nom du droit, cette manière de procéder, mais le résultat a été une transformation complète du pays ; dans les hautes terres, de nombreux troupeaux de moutons, dans les basses, d'admirables cultures couvrent le sol, et les fils de ceux qui maudissaient la réforme, enrichis et heureux, la bénissent aujourd'hui.
Note XI, page 69.
Le foDd des choses est tellement le même qu'il se produit parfois des incidents qui ont la plus singulière conformité ; c'est ainsi qu'on voit, sous la Fronde, Guy-Joly Taccolyte du cardinal de Retz, et, en 1792, le girondin Grangeneuve, avoir également Tidée , dans leur dévouement absolu à la cause qu'ils professent , d'un guet-apens où ils pourront périr, assurés que leur mort, attribuée par le peuple à la cour^ amènera un soulèvement général par le quel sera déterminé le triomphe de cette cause.
Note XII, page 74«
Les travaux de la société d* Économie sociale^ fondée par M. Leplay, à la suite de sa grande publication, ont le môme but, c'est-à-dire qu'ils consistent en des enquêtes d'une trèshaute valeur sur la vie ouvrièrtî. Toutefois , l'utilité de ces monographies^ comme on les appelle, nous paraît limitée au point de vue de la science ; il ne faut pas les confondre avec les monographies des sciences naturelles où les faits, dans une même espèce, sont identiques; ici ils présentent toujours des données accidentelles, des éléments variables que la statistique a justement pour objet de compenser par ses moyennes.
Note ZIII , page 82.
Nous devons signaler à ce sujet la création, à Paris, d'une Société de statistique due aux soins de M. A. Legoyt, l'habile et zélé chef de la division de statistique au ministère de l'agriculture, du commerce et des travaux publics. Cette société, formée à l'instar des sociétés étrangères analogues, publie un bulletin mensuel , arrivé aujourd'hui à sa cinquième année,
où sont recueillis des documents d'un haut intérêt auxquels nous avons même fait parfois emprunt.
Note XIV, page 84.
Le long parlement en Angleterre, au dix-septième siècle, procéda absolument comme la Convention nationale un siècle et demi plus tard, s'emparant de tous les pouvoirs, violant toutes les garanties et déclarant que lorsque la révolution serait accomplie il rendrait le tout au peuple. [Hume, /^M^ de la maison des Stuarts, t. II. )
Note XV, page 87.
< J'ambitionne de voir la France jouir de toute la liberté possible, je dis possible, parce que r anarchie ramène tovjours un pouvoir absolu, (Napoléon. Séance d'ouverture des chambres en 1815.)
Note XVI, page 100.
Filangieri, auteur d'un ouvrage sur la législation qui a joui d'un renom mérité, dans l'autre siècle [la Scienza délia legislazione^ Naples, 1784), comprend dans son traité jusqu'à un Cours complet d'éducation.
Note XVII , page 108.
£n 1775 encore, Washington ne pouvait pas se croire entièrement affranchi de tous liens avec la mère patrie. Il manifestait hautement sa répugnance pour une séparation, et appelait les soldats ennemis troupes ministérielles; il ne voulait pas, disait-il lui-même, les appeler troupes du roi. Ce fut à la nouvelle que TAngleterre, repoussant la pétition qui avait été adressée au roi, se préparait à une guerre d'ex-
termination, que Washington renonça à toutes pensées d'accommodement. (Corn, de Witt, Étude sur la démocratie américaine,)
Note XVm, page 112.
Tout le. monde est d'accord quand il s'agit de juger la République directoriale, triste période qui ne rappelle que ruine et corruption. Tout se perdait dans les mains inhabiles de ce gouvernement. Par bonheur, apparut alors un homme qui a pu dire sans exagération, selon M. de Barante [Mélanges de politique et d' histoire) ^ que « la mission de sauver la France lui fut donnée.... L'opinion universelle le conjurait de chasser un gouvernement repoussé par tous les partis, d'établir l'ordre, de ramener la victoire, de faire cesser un régime d'oppression et d'exclusion. Ce ne fut point l'attentat d'un général ambitieux qui détruisit la République ; elle tomba en ruines entre les mains de ceux qui l'avaient fondée, constituée et gouvernée. » Tel est sur cette Révolution mémorable le jugement d'un homme d'un beau talent et d'un noble caractère, et dont le témoignage ne saurait être suspect. On peut l'opposer aux déclamations superficielles de notre école révolutionnaire.
Note XIX, page 113.
Nous répondons ainsi à ce passage où Chateaubriand reproduit une opinion souvent émise avant lui et dont on voit le peu de fondement. « Si, dit-il {Études politiques^ préface), l'on sépare la vérité morale des actions humaines, il n'est plus de règle pour juger les actions. Si l'on retranche la vérité morale de la vérité politique, celle-ci reste sans base. » Nous disons, nous relie a sa base propre qu'il faut savoir reconnaître et établir.
Note XX, page 113.
JefTerson, le fondateur du parti démocratique aux PÏiats- Unis, expose, dans ses écrits, celte théorie : qu'une génération n'a pas le droit d*en engager une autre. Or, s'il est vrai, comme rétablit Buffon, que tous les dix-neuf ans il se forme une majorité nouvelle parvenue à Page de raison et qui se substitue à la précédente dans tous les actes de la vie publique, il en résulterait que toute loi, toute constitution est nulle à l'expiration de ce laps de temps, que tout est à refaire ou tout au moins à confirmer. (Corn. deWitt, Etude sur la démocratie américaine,) On voit par ceci quel eût été Tavis de Jefferson dans la question du grand conflit américain. Assurément il eût pensé comme le Sud , ce qui ne veut pas dire qu'il n'eût pas agi comme le Nord.
Note XXI, page 119.
Citons à ce sujet les réflexions judicieuses d'un écrivain, d'un penseur distingué : M. Léo loubert, rendant compte de l'importante œuvre historique de l'empereur Napoléon III, [Revue contemporaine^ avril 1865), disait que « c'est une coutume, de notre temps, de parler sans cesse du progrès de l'humanité ou plus simplement du progrès; mais l'histoire ne connaît point cet être collectif l'humanité ; elle nous offre des races humaines fort inégales dans leur aptitude à la civilisation; quelques-unes restent indéfiniment plongées
dans la barbarie Bien loin, ajoute l'auteur, que l'idée
du progrès soit naturelle à ces races, elle leur est parfaitement inintelligible. C'est une idée qui est née dans notre race et qui, comme toutes les idées, n'est que la généralisation d'un fait. Ce fait, le voici : la civilisation créée par les Hellènes, il y a environ trois mille. ans, s'est perpétuée jusqu'à nos jours, sans aucune interruption, quoique avec quelques
intervalles de ralentissement et d'obscurité, s'accroissantsans cesse, s'étendant des Hellènes aux peuples Italiques, des peuples Italiques aux Celtes et aux Germains, atteignant enfin les Slaves qu'elle n'a pas encore complètement conquis, et formant ce milieu intellectuel et moral, commun aux peuples de l'Europe ou d'origine européenne, et qu'on peut appeler la civilisation occidentale. Cette civilisation, sauf un petit nombre d'exceptions faciles à expliquer, ne s'est propagée jusqu'ici que parmi les peuples de race indo-germanique. Peut-elle s'étendre à d'autres races? c'est un problème que l'avenir résoudra. Quoi qu'il en soit, c'est dans cette civilisation et dans celle-là seulement que le progrès existe; sans prétendre qu'il soit indéfini, on peut croire qu'il n'est pas encore près de son terme. »
Hôte ZXn, p. 120.
Jusqu'à M. Louis Blanc qui dit à ce sujet : « Non-seulement il est faux que la Terreur ait sauvé la France, mais on peut affirmer qu'elle éreinta la Révolution. » {Bût. de la Rér^utùm^ t. XII.)
Note XXm, page 136.
Kant soumet à la critique, dans son célèbre écrit, Kriiik der mnen VemMtmft {\ 781), l'ensemble de la conoaissauce humaine, et la partage en deux catégories, l'une à laquelle se rattachent les objets de la pensée qui nous arrivent par rexpérience, c'est l'objectif; l'autre qui se rapporte au sf^et pemsani^ c'est le subjectif. La raison applique le subjectif à Tobjectif. et elle croit voir comme existant ce qui n'existe réellement qu'en elle, d'où il suit que nos idées abstraites n'ont de certitude que par la foi qui les accepte. Nous voici delà sorte sur les confins de ridéalisme; nous y tombons pleinement
avec Ficbte qui établit qu'il n'y a absolument pas autre cbose que les idées que nous avons des objets, et pousse Tabsurde jusqu'à nier en quelque sorte TÊtre. Schelling présente les mêmes idées dans un sens moins absolu; enfin Hegel, généralisant ces principes, fonde une philosophie qui mène à ce résultat : que tout part du néant pour aboutir à Thomme, et qu'au-dessus de Thorome et au delà de la vie terrestre il n'est rien. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'Hegel se disait religieux, aussi bien que Kant ; mais pour arriver à cette conclusion, il faut pénétrer au travers d'une obscure phraséologie. M. Cousin, cette puissante intelligence, a écrit quelque part qu'il avait eu de la peine à comprendre Hegel lui expliquant son système dans un long entretien. Il n'est pas bien sûr, au reste, qu'il se soit toujours parfaitement compris lui-même. En réalité, on est souvent dans les nuages quand on parcourt les écrits qui se rattachent à cette philosophie hégélienne maintenant dépassée et dédaignée, et il arrive parfois que tels passages qu'on croit comprendre dans la langue originale ne sont véritablement compris que lorsqu'ils sont traduits dans la langue du bon sens net et précis, c'est-à-dire en français ; on les comprend en effet alors, mais pour en apercevoir l'inanité.
Note XXIV, page 136.
Hegel, aussi bien que Kant, est surtout frappé de ces antinomies que présentent les choses de ce monde. Un univers incréé confond l'imagination, et, d'autre part, on ne comprend pas qu'il ait pu être créé. L'étendue infinie est tout aussi incompréhensible que l'étendue finie. La nature de Dieu, autre abîme pourTintelligence! Est-il esprit, comment a-t-il pu faire la matière? Est-il matière, comment a-t-il fait l'esprit? Puis encore l'antinomie du libre arbitre et de
l'action providentielle et bien d'autres; la contradiction est partout; elle est dans la nature des choses et dans la nature de l'esprit. Soit. C'est une vérité d'observation de laquelle il faut induire simplement ceci, que nous sommes plongés icibas dans un inexplicable mystère; mais, fonder sur Videntilé des contradictions^ comme parle Hegel, un système philosophique, est absurde.
Note XXV, page 137.
A diverses époques, Texagération des systèmes philosophiques a produit des systèmes mixtes formés de fragments divers empruntés aux uns et aux autres. Uéclectisme, c'est le nom qu'on donne à cette philosophie, pour ainsi dire composite, devait être légué au dix-neuvième siècle par le dix-huitième. On voit du reste comment, bien que partant de ce point de vue, juste au fond, qu'il y a du vrai dans tous les systèmes, et rendant un service très-réel aux époques où la confusion des doctrines a livré les esprits à de funestes tendances sceptiques^ elle ne saurait néanmoins être appelée à clore le débai. Sa marche est nécessairement vague et incertaine. Elle procède, pourrait-on dire, comme celui qui, pour arriver à un but déterminé, prendrait des routes qui se croisent. La division se maintient dans la science, chacun empruntant plus ou moins à son gré aux doctrines diverses, et comme on a affaire à tous les systèmes, on adopte aussi leur procédé dialectique. On proclame l'avantage de la méthode d'observation; mais c'est l'autre qu'on met la plupart du temps en pratique. Ce n'est donc point là entrer dans la voie nouvelle.
Note XXVI, page 141.
Quelquefois on appelle philosophie d'une science l'ensemble des principes géf&éraux, des vérités fondamentales qui en res-
sortent; c'est une acception particulière qui pourra également s'appliquer aux sciences physiques.
Note XXVU, page 144.
On agite beaucoup aujourd'hui dans les académies la question de la génération spontanée; elle est encore indécise; mais supposons qu'on parvienne à faire sortir quelque part la yie de l'eau fangeuse d'un marais, de la matière organique à l'état de putréfaction, sans en aperceyoir le germe générateur, qu'importe? l'univers entier n'en est pas moins fondé sur la génération régulière des êtres. Voilà le grand phénomène que cette découverte ne saurait anéantir. Comment arriver de Vatomc vital à V être pensant? N'est-il pas évident qu'il faut se jeter dans des suppositions cent fois plus monstrueuses que l'admission d'une cause première d'où proviennent les êtres créés? Le monde est donc d'une profonde sagesse quand il avoue cette cause, et jamais aucune théorie, aucun système ne vaudra cet aveu.
Note XXVm, page 147.
M. J. Simondit (le Devoir^ p. 81), que, comroeLocke l'avait pressenti^ l'idée de Dieu est innée en nous, et ajoute : € Il est si vrai que rien ne pourrait nous donner l'idée de Dieu, excepté Dieu, qu'on a conclu directement l'existence de Dieu de l'idée que nous en avons, et cette preuve est invincible. » Descartes a dit aussi qu'il ne se pouvait que l'âme humaine eût inventé l'idée de Dieu. Un autre éminent penseur de notre époque, le P. Gratry, s'attache également à prouver l'existence de Dieu par l'idée de Dieu même [De la connaissance de Dieu^ 2 vol. in-S**, 4853) ; mais ce n'est pas comme base d'argumentation que nous envisageons, quant ànous, cette
idée universelle de Texisteaçe de Qieu; nous la plaçons audessus et en dehors de toute argumentation.
Note XXIX, page IW.
Le dualisme humain ressort d^un examen expérimental au point de vue purement physiologique. Ainsi, considérant Tôtre vivant comme une substance issue d'un certain arrangement moléculaire, nous voyons que cette substance est dotée de Tinstinct; cette propriété lui est inhérente, et ce qu'il faut bien remarquer, c'est que l'acte instinctif d'après lequel le végétal fait incliner sa racine vers le sol humide oii sa sève trouvera Taliment qui lui est nécessaire est tout aussi puissant que celui qui fait que l'enfant, dès qu'il cesse d'être à l'état de fœtus, cherche le sein où il doit puiser la vie. Les deux êtres se ressemblent parfaitement jusqu'ici; mais, au bout de peu de temps, se manifestent chez ce dernier des actes qui n'ont aucune analogie avec l'acte instinctif et vont môme à la traverse. L'instinct du végétal reste indéfiniment le même; celui de l'enfant s'est transformé et est entièrement différent. On est donc invinciblement amené à reconnaître qu'il y a en lui un autre moteur.
Puis cette agrégation de molécules vitaks grapdit et se développe, et successivement, par les sécrétions diverses qu'amène le fonctionnement des organes, il arrive qu'au bout d'un certain temps il ne reste plus une seule des anciennes. Comment et à quelle époque s'eg introduit la pensée dans ce travail de transformation moléculaire?
Il est tel cas pathologique enfin où l'entendement a toute sa vigueur, et c'est le cerveau qui lui seul est atteint. Votre voonté pensante n'est en rien altérée ; c'est lui qui est malade, et non pas vous en quelque sorte. Il est comme cet instrument défectueux qui se brise dans vos mains si vous voulex
absolument le faire louctionner. Dans la vieillesse même, uae sorte de lutte eotn* le principe pensant et son organe se manifeste de la manière la plus évidente. Vous sentez parfaitement que le principe a gagné avec les ans, bien que Vorgane ait perdu. Votre jugement a plus de force et de solidité avec un appareil cérébral affaibli dans sei» ressorts, jusqu'à ce qu'enfin la décrépitude corporelle amène un état de choses où il ne peut véritablement plus vous servir à rien.
Mais nous rentrons ainsi, après tout, dans un mode d'argumentation qui n'a pas une grande utilité à nos yeux, puisqu'il ne peut, en réalité, que fournir un nouvel aliment à la discussion à laquelle il faudrait sagement mettre un terme.
Note ZXX, page 149.
Nous avons nous-méme fourni contre la philosophie qui veut tout voir dans la sensation transformée un argument que nous rappelons ici pour mémoire. Si, disions-nous (voir VFssai surVaveugle-né, couronné par TAcadémie française), l'entendement n'est, de même que tout le reste, qu'un produit de la sensation, comment se fait-il qu'il soit identiquement le môme en des êtres chez lesquels la sensation fonctionne d'une manière si inégale? Voici un aveugle-né à qui manque tout uo ordre de sensations ; voici un sourd-muet à qui en a été refusé un autre ; Tentendement est néanmoins parfaitement semblable chez tous deux à celui des individus qui voient et qui entendent; des facultés qui le constituent pas une ne leur fait défaut, et parfois même elles ont pris chez ces êtres si défectueux sous le rapport des sens une plus grande énergie. Voici encore une pauvre jeune fille qui est à la fois aveugle^ sourde-muette et sans odorat^ et à Taquelle il ne reste que les impressions du toucher (voir notre Mémoire sur Laure Bridgman, des Etats-Unis, lu à TÀcadémie des sciences morales et
356 DE LA MÉTHODE d'OBSERYATION.
politiques en mai 1845), et qui, par une ingénieuse et patiente éducation, arrive à toutes les opérations d'un entendement complet et normal. Rien peut-il mieux montrer que la sensation ne saurait se confondre avec la pensée, qu'elle est simplement Tobjet auquel s'attache la pensée ?
Note XXXI, page 150.
Auteur de divers ouvrages où il se montre fougueux adversaire du christianisme. (Das Wesen des christenthnmp^ Leipzig, 1843, etc.)
Note XXXII, page 152.
Auguste Comte, amené à s'attaquer à Arago dans la préface du sixième volume de son cours de philosophie (1842), disait : « Toute personne bien informée sait maintenant que les dispositions irrationnelles et oppressives adoptées depuis dix ans à C École polytechnique émanent partout de la désastreuse influence exercée par M. Arago. » Sou éditeur, Bachelier, lui ayant demandé la suppression de cette note. Comte s'y refusa. Alors le premier rendit juge du différend Arago luimême, qui voulut que la note fût publiée, ajoutant : « On sai^ que la mauvaise humeur du philosophe date de Tépoque où M. Sturmfut nommé professeur d'analyse; or, avoir conseillé, dans le cercle restreint de mon influence, de préférer un illustre géomètre au concurrent chez lequel ^e ne voyais de titres mathématiques d'aucune sorte, ni grands ni petits^ est un acte de Ina vie dont je ne saurais me repentir. »
Note XXXni, page 159.
La prélenlion de nos panthéistes actuels est d'établir que la physiologie, dans l'état avancé où elle est parvenue, a dit le
IfOT£S. 357
dernier mot sur le grand problème de la pensée, et qu'elle se passe fort bien de Pâme pour l'expliquer. Mais il n'en est rien. La vérité est que le matérialisme et le spiritualisme se partagent tout au moins, même en France, les physiologistes. Depuis Bérard [Doctrine du rapport du phyrique et du moral^ pour servir de fondement à la physiologie intellectuelle, 1823, in-8®) jusqu'à M. Lélut (Physiologie de la pensée)^ la littéra* ture médicale a produit nombre d'écrits remarquables ouvertement spiritualistes, et où l'organe cérébral, loin d'être considéré comme la cause efficiente, l'agent producteur de la pensée, en est simplement présenté comme l'instrument, puisqu'il faut bien qu'il y en ait un pour qu'elle puisse se produire au dehors.
Note ZZZIV, page 107.
Hobbes,dan8 son Leviathariy fait reposer la société politique sur un prétendu contrat entre le peuple et le souverain, d'après lequel le premier aurait renoncé à sa liberté naturelle. qui ne produisait que du mal, et remis au souverain toute sa puissance pour en user et en abuser. C'est la doctrine à jamais flétrie d'un odieux despotisme. Locke admet le contrat, mais avec la stipulation d'obligations réciproques dont l'inobservation invalide le contrat. Rousseau repousse l'une et l'autre théorie, et invente un autre contrat par lequel tous s'engagent envers tous. Le traité n'existe Ot ses yeux que par cette convention libre des associés.
Le vice de ces théories, c'est de s'appuyer sur une fiction. On ne trouve en quelque contrée que ce soit nulle trace de ces contrats, qui n'existent que dans l'imagination de leurs auteurs. L'essence des contrats est dans le consentement libre des parties intéressées;. comment verrait-on là rien de pareil? Une constitution elle-même n'a dans le fait aucun caractère
358 ' DE LA MÉTHODE d'OBSERYATION.
contractuel. Ce n'est donc point là le fondement de la société politique non plus que de la société civile.
Note XXXV, page 183.
Voyons par exemple comment Kant^ le prince du ptiilosophisme germanique, arrive à la formule du principe de la moralité. Cette formule, c'est Vimpératif^ autrement dit la contrainte exercée par la raison sur la volonté. L'impératif y nous dit un exact abréviateur de ce système (M. Janet, Histoire de la philosophie morale et politique^ t. II], est une sorte de moyenne entre laloi d'une volonté pure et celle d'une inclination irrésistible ; réunissez ces deux lois dans un être doué de raison, la résultante sera Y impératif ;m9\s il faut se garder de confondre en fait d'impératif V hypothétique^ qui conseille une action pour arriver à un certain but, avec le catégorique^ qui nous présente une action comme bonne en soi et nous la recommande directement à ce titre. L'impératif catégorique est donc celui auquel on doit aspirer et qui aura raison, quand on le tient, des plus grands excès de la passion!... N'y a-t-il pas lieu de s'étonner qu'on puisse imaginer de faire sortir le devoir de cette vaine analyse?
Note XXXVI, page 196.
C'est ce doute qui a donné lieu à l'hypothèse admise par Bailly, par Frédéric Schlegel et autres savants, de l'existence d'un peuple primitif qui remonterait aune époque antérieure à tous les documents de l'histoire et aurait été l'éducateur du genre humain. Mais en tenant pour vraie l'existence purement conjecturale de ce peuple primitif, comment s'était-il approprié lui-même les connaissances dont il a été la source pour les autres nations, voilà la question qui se présente. Il
KÔTES. 359
est bien clair qu'on n*a fait que recaler la difficulté qui subsiste toujours.
Note ZZXVll, page 199.
Nous lisons dans Tintroduction du savant et intéressant ouvrage de M. Barthélémy Saint-Hilaire, intitulé : Bouddha et sa religion (1862, un vol. in-i8), les lignes suivantes : « En publiant ce livre sur le Bouddhisme, je n'ai eu qu'une intention, c'est de rechercher par une comparaison frappante la grandeur et la vérité bienfaisante de nos croyances spiritualistes. Nourris dans le sein di' une philosophie et d'une reli* gion admirables^ nous cherchons peu à savoir ce qu'elles valent, et nous ignorons les immenses services qu^elles nous rendent. Nous en jouissons tout en étant trop souvent indifférents ou même ingrats envers elles. » L'auteur démontre dans cet ouvrage que cette prétendue réforme de l'antique religion du monde hindoustanien repose sur un matérialisme pur. C'est la croyance au néant. Voilà sans doute la doctrine des sages; mais dans la pratique religieuse se trouvent en réalité de nombreuses traces de la foi universelle des hommes; le même fait se manifeste en Chine.
Note ZXXVm, page 200.
On voit de nos jours nombre d'esprits, même irréligieux, admettre toutefois des faits extra-naturels que la science repousse, attestant ainsi ce besoin de croire à Timmatériel qui parait inhérent à l'existence même de Thomme. On sait à quel ordre de faits nous faisons ici allusion.
Note XXXIX, page 204.
Ne pourrait-on pas dire que l'auteur, dont nous ne contestons an ^tifpluf» tii le ^flvôif ni le tâlem, s'e^t encore conformé
au principe hégélien dans cet écrit récent qui a fait tant de bruit ( Vie de Jésus), lorsque après avoir présenté le fondateur du christianisme comme un adroit charlatan s'emparant de la doctrine d'une secte connue et tirant parti des grâces de sa personne et de la supériorité de son esprit, il nous dit autre part:
« Jésus créa Tobjet et posa le point de départ de la foi future de rhumanité, » (P. 2.]
Il a posé la pierre étemelle « fondement de la vraie religion,
« Si la religion est la chose essentielle de Thumanité, par là il a mérité le rang divin qu^on lui a décerné. » [P. 90. )
« Le christianisme pur se présente au bout de dix-huit siècles avec le caractère d'une religion universelle et étemelle,
n La religion de Jésus est à quelques égards définitive. » (P. 444.)
Note XL , page 210.
La vue fondamentale qui préside à V Esprit des Lois s'éloignait tellement des idées reçues à l'époque où parut ce grand écrit, que ce fut plus la forme que le fond qui excita Tadmiration. En réalité, Montesquieu ne fut pas du tout compris de son siècle, et il ne l'est qu'à demi du nôtre. Il avait évidemment dans la pensée un vaste corps de doctrines tiré, comme dit heureusement M. Nisard {Hist, de la littérature française, t. IV) de Texpérience comparée des sociétés humaines; on ne peut pas dire qu'il Tait entièrement réalisé. Son travail, qui a quelque incohérence, semblerait, selon la remarque ingénieuse de l'écrivain que nous venons de citer, en supposer un second qui en aurait été le complément, dans le genre du Contrat social de Rousseau, mais en offrant tout le contre-pied. M. Nisard ajoute : c S'il arrivait jamais que les principes de la science sociale se perdissent dans quelque ca-
tastrophe universelle, nos enfants pourraient les rapprendre dans ce livre immortel, « legs le plus précieux que le dixhuitième siècle ait fait à la France ^ le plus grand service que la France ait rendu à la société moderne. » ( P. 366. )
Note XU, page 212.
C'est bien ainsi, à la vérité, que l'entendait le droit romain, « Jus istud (naturale), disent les Institutes, non humani generis proprium est^ sed omnium animalium quœ in cœlo^ quœ in terra^ quœ in mari nascuntur. » Mais il ne faut voir là qu'une définition conçue dans la rigueur du principe et qui n'implique nullement l'existence de ce prétendu droit.
Note XTiIT, page 210.
Rossi se place au même point de vue quand il écrit ceci : Le droit préexiste à toutes choses, (Traité du droit pénal^ introduction.) L'aphorisme célèbre de Bossuet, tV n'y a pas de droit contre le droit, résume admirablement cette thèse mélaphysique,' mais à quoi peut mener ici l'absolu? Â une discussion sans terme sur ce qu'il faut entendre par le droit. Si nous sortons du cercle où nous enferme une vaine argumentation, si nous nous plaçons sur le terrain de la réalité, nous voyons au contraire que dans l'ordre social il n'est point de droit qui n'en rencontre un autre qui le balance, le contienne et le limite.
Note XTiTTI, page 218.
Le théologien, par exemple, pour prouver que la loi ne vient pas des hommes, mais de Dieu, argumentera de la sorte : Pour qu'il y ait loi, il faut qu'il y ait supérieur et inférieureor^ l'homme, égal de l'homme^ ne peut pas plus se faire la loi
âéi DE LA MÉTHODE D'OBSERYATIOIV.
à lui-même (car il lui est toujours loisible de se délier) que la recevoir d'autrui. Elle ne peut donc lui venir que de Dieu, seul supérieur, législateur et maître.
Note ZLIV, page 220.
Un égal sentiment d*horreur est produit par ces exécutions sanglantes qui ont lieu aux Etats-Unis d'après ce qu'on appelle la loi de Lynch; ces faits sont Tabandon d*un principe sacré de l'organisation sociale et comme un retour à la barbarie primitive.
Note XLV, page 229.
Il est curieux de voir quelle fut Tissue de cette mémorable tentative. Dans le cours des siècles qui suivirent la mort du législateur, il fallut, au dire de Plutarque, ramener violemment le peuple à cette organisation sociale, au fond si peu compatible avec la marche de la civilisation, et vers la fin on était arrivé à ce résultat singulier que toutes les terres, toutes les richesses étaient tombées aux mains des femmes. De là un état d'immoralité et de dégradation dont on ne saurait se fairel'idêe. Aussi rhistoire nous apprend-elle que ce fut par les Spartiates qui avaient anciennement sauvé la Grèce contre les Perses, qu'elle fut alors livrée aux Romains et perdit sa liberté.
Note XLVI, page 233.
« La nature, dit M» Duvergier à ce sujet, n'a pas fait les hommes égaux; que peut à cela la société? Au lieu d'exagérer les conséquences de l'inégalité naturelle, elle doit chercher à en atténuer les effets ; l'égalité n'est pas le point de départ de l'humanité ; mais elle est le but de la civilisation, but rjtî'élléflôîtsâtis (îesse poursuivre, quoiqu'elle né puisse jâmali»
NOTES. Mi
Tatteiodre. L'égalité devant la loi est une formule dont c'est là le véritable sens. » {Collection des loti, t. LVIII, p. 177.)
Note XLVn, page 242.
Dans une communication récemment faite à une feuille po-» litique [Constitutionnel du 22 mars 1865), un avocat du barreau de Paris, M. Chédieu, a rendu compte des travaux d^une commission formée à Londres sous la présidence du duc de Richmond, et où siègent nombre de personnes connues par leurs travaux relatifs à la peine de mort, la plupart dans le sens de Tabolition ; mais les partisans de cette opinion se divisent en ce que les uns veulent que la peine soit immédiatement abolie, tandis que les autres admettent de certains ménagements pour préparer cette abolition. « Mais, ajoute M. Ghédieu, toutes les opinions en Angleterre présentent ce caractère commun qu'elles écartent les théories abstraites ^tel^ les que celle de la légitimité de la peine de mort, pour se placer exclusivement dans le domaine de Texpérience et de Tutilité sociale? Aussi la question qui chez les Anglais résume toutes les autres est celle-ci : Quels sont les effets préventifs de la peine de mort? Son application a-t-elle pour résultat de diminuer ou d'augmenter le nombre des crimes? »
Note XliVm , page 244.
Invoquant de prétendus principes, et se refusant à une étude attentive des faits, le législateur a toujours été, en matière de duel, au delà ou en deçà de la vérité. Voici un homme qui, d'après les lois de la société, doit se battre en duel sous peine de déshonneur, et vous le condamnes au châtiment des assassins! Certainement, le préjugé auquel il a cédé est absurde, mais la législation pénale ne Test guère moins. Estelle judideuÉé d'autre part quaM, abandonnant là pénalité
barbare , pour réparation d'une offense qui veut du sang suivant le code du duel, elle vous offre la môme amende qui punirait quelque rixe de marché? On s'est placé en ces derniers temps sur un meilleur terrain en introduisant cette jurisprudence aujourd'hui consacrée qui considère surtout le dommage matériel résultant pour la famille de la perpétration du duel. A la suite de la révolution de 1848, dans un projet de loi sur le duel qui avait pour rapporteur M. Valette, le savant professeur de l'École de droit, le duel était réputé délit comme en Belgique, et les tribunaux sans jury avaient à apprécier les circonstances très-diverses qui l'accompagnent. On reviendra sans doute à ces idées pratiques.
Note XIjIX, page 254.
On reconnaît la puissance qu'ont conservée parmi nous les vaines abstractions sociales et politiques, en voyant un écrivain tel que M. Edmond About, dont les ouvrages sont si bien accueillis du public français, s'en faire bénévolement Torgane. Ainsi cet écrivain, dans son livre du Progrès^ où se lisent assurément d'excellentes choses heureusement exprimées, nous dira : « Les droits , sans exception , sont inhérents à l'homme et antérieurs à la constitution de la société, » (P. 260.) Mais, dirons-nous, de notre côté, n'est-ce pas là une thèse bien vieillie et bien arriérée pour un travail qui a la prétention de faire avancer le siècle et le pays?
Note Ij , page 266.
L'école théologique qui a fondé cette doctrine s'est principalement appuyée sur un texte de saint Paul : Non est enim potestas nisi a Deo; mais c'est le prendre dans un sens étroit et que contredisent d'autres textes, desquels il résulte que si la loi nouvelle ne se met pas en révolte contre les pouvoirs exis-
tants, elle est loin toutefois de les considérer comme une délégation de la Divinité; du reste, c^est bien ainsi que l'a entendu l'école elle-même dans la pratique.
Note U, page 261.
M. Mignet dit (Notices et portraits, 1. 1) que ce futTalleyrand qui inventa^ au congrès de Vienne, en 1814, cette théorie de la légitimité à laquelle il ne croyait certainement pas.
Écoutons M. Thiers à ce sujet : l'illustre historien nous dira [ffist. du Consulat et, de r Empire ^ t. XIX) : que les gouvernements sortent de tous les hasards des révolutions, et qu'il est difficile de reconnaître à quels signes précis leur ori^ ginepeut les rendre légitimes. Ils le deviennent ai;ec le temps^ lorsque la nation pour laquelle ils sont établis, trouvant leurs formes appropriées à ses mœurs comme à ses lumières et leur conduite conforme à ses intérêts, les maintient par un assentiment réfléchi et durable. C'est à l'œuvre et à l'œuvre seule qu'un gouvernement se juge et se légitime : hors de là tout est artificiel et pure argutie, n
Note Ln, page 266.
Ainsi doivent se passer les choses dans toute démocratie bien entendue; il est tout naturel que la bourgeoisie en France se recrute dans le peuple, comme en Angleterre l'aristocratie se recrute dans la bourgeoisie. En fait, nous avons sans cesse sous les yeuit des exemples de personnes arrivées par leur mérite aux fonctions législatives et administratives, qui ont débuté dans la vie par être simples ouvriers. De tels faits, qui supposent une aptitude exceptionnelle unie à un esprit de conduite qui ne s'est jamais démenti, excitent, dans notre pays, comme au sein de l'Union américaine, une
sympathie générale ; mais on voit bien qu'ils n'ont rien de commun avec cette immixtion insensée et brutale dans la législature, prêchée et partiellement réalisée en 1848, de travailleurs qui, en dehors du vote que la loi leur confère, doivent évidemment rester étrangers à la vie politique.
Note Lm, page 273.
Après avoir retracé les misères des temps extrêmes de la révolution, Royer-Collard disait (session de 1830) : « C'est, messieurs, que la démocratie dans le gouvernement est incapable de prudence; c'est qu'elle est de sa nature violente, guerrière, baaqueroutière; avant donc de faire un pas décisif vers elle , dites un long adieu à la liberté, à Tordre, à la paix, au crédit, à la prospérité ! »
Note LUT, page 276.
L'embarras que nous signalons se décèle toujours dans l'élaboration des actes constitutifs. Ainsi l'article 50 de la Constitution de 1 848 porte que le Président de la République dispose de la force armée sans pouvoir la commander en personne. Ne voilà-t-il pas une belle précaution et une puissante garantie?
Rien de plus curieux sous ce rapport que l'étude comparative des constitutions républicaines ; on y voit à chaque article se produire implicitement les graves difficultés que nous avons soulevées; on sent irrésistiblement qu'il faut que le pouvoir exécutif soit armé de force pour maintenir l'État cpntre les passions subversives ; mais, d'autre part, cette force ne deviendra-t-elle pas Técueil où ira échouer la liberté? Ainsi, dans la plupart des républiques sorties du sein de l'ancienne Amérique espagnole, on recourt presque constamment