I0TB
au pouvoir militaire pour se procurer l'indispensable élément de conservation et de stabilité ; c'est d'ordinaire un général qui est président de la République; mais Tautorité présidentielle étant, la plupart du temps, mal établie, il en résulte que les révolutions se succèdent indéfiniment, faisant passer la république d'un général à un autre général et perpétuant ainsi le plus déplorable étatde choses.
Note IjV, page 286.
Quelques écrivains dans la presse, certains orateurs à la tribune ont, en ces derniers temps, trompés par l'apparence, voulu nier cette influence de l'aristocratie britannique et voir, dans la marche actuelle des affaires en ce pays, le triomphe de la démocratie; mais c'est une croyance paradoxale que démentent complètement les faits bien étudiés; il n'est pas douteux que la classe moyenne n'ait en Angleterre une grande autorité. Horace Walpole reconnaissait déjà dès l'autre siècle que presque tout se faisait par elle : mais la classe moyenne se rattache en très-grande partie , sous la dénomination de gentry, à l'aristocratie, qui s'y recrute et s'y renouvelle sans cesse avec ce bon sens qui ne lui a jamais fait défaut. En réalité, cette aristocratie possède, dans ces deux éléments, le territoire presque entier, elle le possède à titre héréditaire et transmissible par droit d'aînesse avec substitution, ce qui est le caractère essentiel de l'organisation aristocratique; tout se plie et se conforme à cette influence, jusqu'à l'industrie elle-même, comme l'a fort bien établi Léon Faucher dans ses belles Etudes sur r Angleterre. Après la grande réforme économique qui illustre à jamais le nom de Robert Peel, ce ministre adressant à ses électeurs deTamsworth une lettre restée célèbre , leur disait que, selon sa ferme persuasion, 6ette réforme contrî-
huerait à luaiutenirdans le pays la juste autorité dCtme noblesse héréditaire, et à diminuer le désir de changements démocratiques dans la constitution. M. Guizot, rappelant ces paroles dans une fort belle notice sur M. Peel , ajoute : « que l'aristocratie, qui n'est plus en Angleterre ni wigh ni tory, est une force médiatrice et modératrice très-considérable et très-respectée et qui jouit plus pleinement que jamais de son pouvoir et de ses droits constitutionnels.» Voilà la vérité.
Note IjVI, page 200.
Les faits étudiés avec calme et impartialité amèneront insensiblement les esprits à cette persuasion qu'une vaste et puissante démocratie requiert de toute nécessité, sous le régime unitaire^ un pouvoir fort, indépendant du pouvoir législatif et qui puisse lui résister à l'occasion, sans quoi l'Etat deviendra inévitablement un foyer de troubles et périra par l'anarchie. C'est là un principe dont l'adoption importe au plus haut degré à la stabilité des États fondés sur la démocratie et qui ne portent plus trace d'organisation afistocratique ; or, ce pouvoir, le simple sens indique que ce doit être la monarchie, non despotique sans doute, mais point parlementaire pourtant, où l'exécutif est tenu dans un état perpétuel de défaillance, et doit tôt ou tard succomber parmi les crises ministérielles qui tiennent à la nature môme du gouvernement parlementaire. Sur ces crises, écoutons M. Guizot qui en est pourtant l'apologiste décidé : « C'est , dit-il dans ses mémoires, contre le régime parlementaire un des griefs les plus accueillis; je ne m'en étonne pas; c'est un triste spectacle que celui des ébranlements, des tiraillements, des lacunes du pouvoir et de la lutte des ambitions légitimes ou illégitimes qui s'en disputent la possession. »
Remarquons au surplus que uotre école républicaine s'est dès longtemps prononcée en faveur de la thèse que nous exposons. Elle yeut un pouvoir fort et a toujours montré peu de goût pour le prétendu système d'équilibre qu'on a vainement cherché à affermir dans ce pays pendant trente-cinq années; pour elle, à la vérité, le pouvoir réside tout entier dans Y Assemblée j dont le président n'est que l'agent très-subordonné. Ce n'est pas le lieu de combattre cette déraisonnable théorie que nous n'envisageons ici que par un côté. Quant au sentiment populaire, ne révélait-il pas instinctivement, après 1848, la doctrine de l'avenir en matière de gouvernement, quand il se formulait par cette parole attribuée aux habitants des campagnes : A cette république, il faut un roi.
Note LVn, page 292.
D'après l'organisation communale qui existait en Angleterre depuis des siècles, « toute corporation municipale, liton dans un écrit très-recomihandable (Exposé de l'administration générale et locale du Royaume-Uni, par M. Bailly, inspecteur général des finances, t. Il), constituait une administration isolée, possédant ses tribunaux , ses magistrats , n'ayant d'autres limites à l'exercice de ses pouvoirs que celles très-étendues de sa charte ; maîtresse de la disposition des revenus et des biens patrimoniaux, de l'établissement des droits locaux ; autorisée même à imposer et à répartir des impôts directs sur les habitants; indépendante de tout pouvoir administratif supérieur, et n'ayant pour juge de ses écarts que la cour du banc du rot, dont le siège est à Londres. » Ajoutons que cette garantie est la plupart du temps complètement illusoire.
Cette organisation, qui comportait dans la pratique de monstrueux abus, a été réformée par un bill de 1835, qui a aboli les yieilles chartes , maintenant toutefois les anciennes bases d'un ordre administratif avec lequel celui que la réYOlution a consacré en France n'a aucune sorte de rapports, et d'où le self govemment ne pourra jamais sortir, nous le craignons, dans une sufBsante mesure.
Note IiVni, page 293.
Il ne faut pourtant pas croire quMl n'y ait pas eu de fréquentes protestations contre cette œuvre de destruction. Ainsi Duport, dont le nom rappelle une participation importante aux plus remarquables travaux législatifs de l'Assemblée, lui disait prophétiquement à la tribune : « C'est ainsi que. s'accomplit chaque jour la désorganisation de l'État. Pour empêcher cette désorganisation d'arriver à son terme, il faut se hâter, non de restreindre l'égalité et la liberté, mais de les envelopper dans un gouvernement juste et solide. Si on ne le peut pas, la Constitution périra et l'Empire sera déchiré par les factions ; puis, après de longs et pénibles essais, saiton à qui l'Empire appartiendra? au despotisme, à qui toutes les ftmes épuisées, fatiguées viendront demander un asile. »
Note UZ, p. 203i
Nous disions dans un autre écrit ^, au sujet de la centrali* sation qui est depuis un demi-siècle l'objet d'incessants débats dans notre pays : a En vérité, il nous semble qu'un
1. llevm Contemporaine^ L'œuvre sociale de 1789 et V œuvre poU' tigue de 1814, de 1830, février 1862.
NÛTBS. 371
examen atteiitif des faits simplifierait beaticonp la discussion et peut-être y mettrait fin. Comment la centralisation administrative ne serait-elle pas sortie de Tabolition de cet ancien ordre administratif où Faction du pouvoir était disséminée et restreinte? Cet ordre succombant, il fallait qu'il fût remplacé, et pouvait-il Pétre autrement qu'au profit du pouvoir central? De nos jours, qu'on y réfléchisse, la difliculté subsiste. On parle de décentralisation, soit. Ajoutez çà et là aux attributions des conseils municipaux ; changez le mode de nomination du maire et des adjoints ; faites disparaître tout ce qu^a d'excessif cette organisation ; mais ce sont là des détails qui ne touchent pas au fond des choses. Ce fond, peut-on le changer? Il ne s^agit de rien moins, voyons-le bien, que de recréer tout un système dMdées qui n'existe plus dans les masses, de refaire ce vieil esprit de corporation où glt, comme en Angleterre et aux Etats-Unis, la vitalité communale, de restaurer ces petites républiques dans la monarchie^ comme les appelle Royer-CoUard. Un tel résultat, en supposant qu*il fût possible, serait-il désirable? cela est fort douteux, car enfin cette grande unité française a bien aussi ses avantages, et voilà pourquoi les hommes qui méditent profondément notre nouvelle organisation sociale hésitent à porter la main sur rœuvre de l'Assemblée constituante et de Napoléon ; cette organisation est en quelque sorte inhérente à l'ordre fondé par la Révolution. Les efforts successifs tentés contre elle sont restés absolument impuissants, on Ta bien vu en 1848. Il semblait qu'on était alors en mesure de trancher la question; on l'essaya et rembarras fut grand. Il s'agissait de savoir ce qu'on devait garder, ce qu'on devait abandonner de cette centralisation à laquelle on avait si souvent dit anathème. On discuta beaucoup, et finalement on ne fit rien. Depuis, quelques tentatives ont eu lieu dans ce but, mais il ne nous semble pas, à
parler franchement, qu'elles aient eu jusqu'ici une grande efficacité.
Noie IiZ, page 295.
Cette époque est parfois dépassée. Ainsi en France, d'après la loi politique actuelle, on est électeur à vingt et un ans, bien que la pleine majorité civile, celle où l'on forme librement la famille par le mariage, n'existe qu'à vingt-cinq ans.
Noie LZI, page 297.
n y a lieu de consulter, relativement aux nombreuses questions que suscite l'élection, une remarquable étude publiée sous ce titre : De la représentation nationale en France (in-48, 1863), par M. J. Guadet, que recommandent à l'attention du lecteur divers travaux historiques et politiques importants.
Un fait remarquable et qui prend beaucoup de gravité sous le régime du suffrage universel, c'est la disposition que manifestent dans tous les rangs de la société un grand nombre de [citoyens, calmes et sans passion, à la suite des agitations civiles, à s'effacer insensiblement, à se retirer de la vie politique. Ce fait d'abstention de la part de ceux qu'on aurait le plus d'intérêt à voir coopérer aux opérations électorales, appartient à tous les temps ; chaque jour se produisent sous nos yeux des témoignages d'une semblable indifférence et d'un éloignement à participer aux actes politiques que rien ne peut vaincre, n faut se souvenir à cet égard que lorsqu'au 4 août 4 792, le trône constitutionnel de Louis XYI eut été renversé, bien qu'un décret spécial (34 août 4792) eftt appelé à voter dans les assemblées primaires tous les individus âgés de vingt et un ans, pour former la Convention nationale,