‹ De la méthode d'observationChapitre 107 sur 195 · CHAPITRE XTIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XTIII

béré après en avoir posé les avantages, réglé les conditions, vaines conceptions où s'est égarée la raison à la suite de Hobbes, de Locke et de Rousseau (XXXIV)! î/e Contrai social de ces philosophes est imaginaire. L'être humain en formant la société obéit à sa nature, et ne saurait faire autrement. On voit ainsi encore le peu de fondement de cette donnée admise par un si grand nombre d'écrivains d'un état antérieur à la condition sociale. Sans doute, l'homme comme simple être organisé et dépourvu d'intelligence, formerait encore la société, de même que plusieurs autres espèces vivantes ; mais cette société n'a que faire ici ; c'est au zoologiste , non au moraliste à l'étudier, à fixer les limites jusqu'où l'étend l'instinct primitif de ia créature. Mais la supposition d'une situation intermédiaire entre la société naturelle et la société intelliffente, est purement gratuite. La thèse est du reste abandonnée, et il a Mu tout le talent de Jean- Jacques Rousseau pour lui rendre quelque vie dans l'autre siècle. Le principe est désormais acquis à la science, et il serait aujourd'hui aussi ridicule de nier la société que de nier la circulation du sang ou le mouvement de la terre sur le plan de l'écliptique. Toutefois, comme on verra phis loin, si la thèse est elle-même abandonnée, on dispute encore sur quelques-unes de ses conséquences implicites.

L'observation montre donc que la société se forme partout, et aussi qu'elle se forme d'après une certaine règle, qui a en tout temps et en tout pays une grande conformité. Voyez si la famille, son premier élément, ne présente pas constamment une constitution à quelques égards identique! Que la société naturelle existât seule, par exemple, les relations sexuelles s'établiraient, cela est évident, comme chez les animaux, qui ne rencontrent aucune entrave à la satisfaction de l'instinct de propagation. Au contraire, le principe induit des faits, c'est que ces relations n'ont pas lieu entre les enfants et leurs auteurs sans une dérogation, nous ne disons pas aux lois de la nature, puisque la nature brute et inintelligente les admettrait, mais aux prescriptions .de cette loi primitive et fondamentale, sur laquelle reposent la famille et la société, et dont les principes ressortent successivement de l'observation. Cette loi fondamentale et primitive prend le nom de morale.

m. — La société existe nécessairement, mais elle n'existe pas nécessairement d'une manière uniforme. Une foule de circonstances font varier ses conditions d'existence» La société qui se forme sur les monts diffère de celle qui s'organise dans les plaines, au sein des forêts ou sur les rivages de la mer. Des distinctions

Page 1