CHAPITRE X\III
de races et de progrès intellectuel en diversifient également l'aspect. Et de même aussi la règle morale qui la régit présente des modifications, non dans ce qu'elle a de fondamental, mais dans ce qui est accidentel. Elle s'élabore graduellement et en conformité des faits qui s'accomplissent; voilà ce qui explique ce caractère d'immutabilité sur certains points et de constantes variations sur d'autres, qui apparait au regard quand on se retrace le tableau des mœurs et des usages des nations. Mais il est évident que l'accord subsiste pour le fond. On voit, par exemple, que parmi les ^ctes qui résultent des rapports sociaux, quelques-uns sont partout et toujours l'objet d'une unanime réprobation, tandis que d'autres sont constamment, loués et admirés. Il n'y a pas besoin de convention entre les hommes à cet égard. Cette appréciation est , d'instinct pour la société. Un acte de dévouement patriotique ou filial excite aujourd'hui en nous le même sentiment qu'il excitait chez les anciens, et nous avons comme eux aversion d'une action lâche et perfide. Rien de changé en ceci. Pourtant, il n'a pas manqué de sophistes pour combattre aussi cette notion manifestement conditionnelle à notre être moral, pour essayer de détruire toute distinction entre le vice et la vertu. Mais l'humanité ne s'est pas laissé prendre à cet abus du raisonnement,
170 DE LA MÉTHODE d'OBSERYATION,
«t même en voyant le vice si souvent triomphant dans le monde, elle n'a point eu Tidée de se faire une morale nouvelle, d'appeler certain jour bien ce qu'elle avait appelé mal jusque-là, de voir le droit dans Tinjustice, le mérite dans les méfaits qui résultent du libre jeu des passions humaines.
La société est en réalité fondée sur un certain rsqpport qui en est le lien mystérieux, qui rapproche les êtres organisés, comme les affinités secrètes qui amènent l'agrégation entre les éléments inorganiques. €e n'est point ici une vaine entité. L'observation fait découvrir ce rapport qu'on appelle tour à tour le bien, le vrai, le juste, le beau même, car au fond tous ces termes, au point de vue où nous nous plaçons, peuvent être ramenés à un seul et même objet/
La distinction du bien et du mal est donc aussi vieille que le monde; la société a pour base le bien; le mal c'est l'accident. Jamais les hommes ne se sont dit : nous nous réunissons pour être injustes les uns envers les autres^ pour nous tromper réciproquement, pour ne nous porter aucune aide à l'occasion et tâcher au contraire de nous nuire quand il se pourra, La société même dans l'état bari[)are n'est pas fondée sûr de tels principes, les sauvages qui massacrent et dépouillent les naufragés, observent entre eux les règles conformes au bien. L'association d^ scélérats die-