CHAPITRE XIX
sanction de la morale, qui en manque en beaucoup de cas. Rendons-nous compte de ce qui se passe journellement sous nos yeux. En Tétat habituel, le devoir se déduira sans effort au foyer domestique de ces règles primitives, conditionnelles à notre nature, sur lesquelles reposent, comme nous l'avons dit, la h^ mille et la société. Alors on semble pratiquer le devoir par amour pour le devoir; la vertu tourne en une douce habitude, le bien s'accomplit comme de soimême ; la vie s'écoule pareille à l'onde dont rien ne trouble le cours paisible. On dirait que la conscience de celui qui l'entend et la pratique ainsi s'éclaire de la conscience divine; sa fin est admirable comme a été sa vie; c'est le soir iFun beau jour, a dit le poète. Mais il est donné à peu de carrières humaines de se poursuivre dans ce calme continu. Viennent les passions, ces mortelles ennemies de la morale, et l'heureux équilibre se trouve aussitôt rompu. Contre les tempêtes de l'âme il faudra de toute rigueur une force exceptionnelle, assez puissante^ pour dominer l'ouragan déchaîné. 11 est bien évident que le pur sentiment du devoir n'est plus de force pour lutter avec succès. Sera-ce quelque système, avec ses distinctions subtiles et ses définitions bizarres (XXXV), qui saura amener ce difficile résultat? La société tout entière, depuis les premiers temps jusqu'à nous, répond uni-
formément qu'il n'est que l'influence religieuse qui le puisse produire. Ce n'est pas trop de Dieu, en effet, ce n'est pas même assez, dans nombre de cas, pour arrêter l'essor impétueux des passions. Les principes de la foi philosophique constituent ici la foi morale. Les croyances, les rites Tiennent s'y joindre comme un puissant étai de la moralité chancelante, dans sa lutte avec l'impulsion fatale. Gela est de tous les siècles et de tous les pays , et jamais, selon toute apparence, on ne pourra trouver pour comprimer la volonté dans l'accomplissement de tel acte violent et désordonné, un argument qui ait la valeur de ces simples mots : Dieu le défend.
Il y a là, en vérité, une maxime fondamentale de l'éducation du genre humain. Partout et toujours on a rattaché à l'idée religieuse l'idée du devoir. On établit sans difficulté chez l'enfant, tant cela est conforme à notre nature, l'enchaînement de ces deux idées ; on l'oppose à ce secret penchant au mal qui se manifeste parfois dès Jes premiers pas que nous faisons dans la vie. Il sera pour l'adulte, dans la suite de sa carrière, l'égide qui l'aidera à surmonter les mauvaises tendances et à se maintenir dans la voie du bien.
Nous ne disons donc pas que la" morale a pour base essentielle la religion, qu'on ne peut distinguer