CHAPITRE XIX
mortalité de Fâme. Vous étiez dans un milieu religieux, chrétien. Vous en êtes sorti ; pouvez-vous faire que vous n'ayez pas vécu dans le sein de votre mère, sucé le lait de votre nourrice ?
Il ne faut donc pas juger par quelques individus de ce que serait une société d'où les croyances, si cela était possible, auraient complètement disparu. La question a quelquefois été posée, mais elle ne se résout pas d'ordinaire par l'autorité des faits; c'est un sentiment haineux à l'égard des idées religieuses qui dicte ici l'opinion formulée par les adversaires des croyances ; l'observation calme de ce qui est les amènerait à une conclusion toute différente. Ils reconnaîtraient que la société moderne grandit et se développe dans un cercle impérieux d'idées et d'habitudes essentiellement religieuses. Le cours des choses s'accomplit dans ce cercle, et il faut se demander ce qu'il en serait de l'humanité si les croyances étaient bien et dûment abolies, si les riches et les puissants qui en font leur règle générale, môme quand ils ne les professent pas, n'avaient plus à s'y conformer.
N'est-ce pas chose digne de remarque que ce soit aux deux points extrêmes de la civilisation, quand elle commence et quand elle finit, en quelque sorte, qu'on ait lieu d'observer l'absence d'idées religieuses?
Ainsi tel voyageur en retrouvera à peine quelque trace parmi les peuplades tombées dans les derniers degrés de barbarie où l'humanité puisse s'abaisser, et elles cessent d'apparaître chez les sociétés vieillies et raffinées que présente le monde et où dominent les tendances sceptiques. Ne dirait-on pas que la civilisation remonte alors à son berceau ?
X. — Assurément nul sage esprit ne saurait s'ar-r rêter à la pensée d'une révolution qui renverserait en Europe et dans le monde les institutions chrétiennes, qui les remplacerait par nous ne savons quel établissement philosophique et philanthropique qui prendrait à sa charge tant de misères matérielles et morales qu'il faut adoucir, tant de plaies sociales qu'il faut soigner, si l'on ne peut les guérir. Le triste essai fait à cet égard dans notre pays, en i 793, par les misérables énergumènes de la commune de Paris, a laissé de longues traces dans les esprits, et, après soixantedix ans, les conséquences funestes s'en font encore ressentir parmi les masses populaires.
Le christianisme est, comme l'a admirablement montré Channing, l'éloquent apôtre de l'unitarisme américain, la seule institution qui puisse dominer toutes les portions de la race humaine, toutes les sociétés civiles et politiques qui se sont formées dans
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son sein, de les rallier et de les unir dans une commune tendance vers un avenir de paix et de liberté. Du caractère du Christ est émanée une vertu^ une influence bienfaisante qui a eu la force de tout renou^ vêler. Un sentiment ^humanité jusque-là inconnu s est secrètement répandu sur la terre ; une nouvelle puissance a déployé son action sur la société *.
On comprend difficilement dans le fait qu'en présence de Tunivers tel qu'il a été et qu'il est encore, il se rencontre des personnes qui nient l'action des idées religieuses sur l'existence morale de l'homme. Qu'on en ait souvent abusé et dans plus d'un sens, nous le reconnaissons; mais au travers des abus allons au fond des choses ; étudions les faits, et nous dirons avec un sage écrivain ^ : « C'est tomber dans une étrange absurdité que de ne pas reconnaître quelle influence doit exercer sur la morale de tout un peuple, la croyance qu'il existe un juge partout présent, qui voit nos actions, entend nos pensées, récompense les vertus les plus secrètes et punit les crimes les plus cachés. »
Laissons à l'écart les excès du fanatisme, de la superstition qui naissent des passions humaines et dont la religion, qui y est au fond bien étrangère, subit les