CHAPITRE XX
un terme au doute philosophique dont s'accommodent certains esprits spéculatifs, mais qui est antipathique à la nature de notre entendement ; elle est son recours pour arriver à l'adhésion, à l'affirmation dont l'humanité a besoin et qui est son état normal. Rappelons à ce sujet ces belles paroles de M. Guizot dans un récent écrit* : «Pour moi, arrivé au terme d'une longue vie, pleine de travail, de réflexions et d'épreuves, d'épreuves dans la pensée comme dans l'action, je demeure convaincu que les dogmes chrétiens sont la légitime et efficace solution des problèmes religieux naturels que l'homme porte en lui-même et auxquels il ne saurait échapper. »
Disons donc, résumant les considérations ci-dessus, qu'une étude calme et attentive du sujet montre que comme encouragement à la pratique du bien, comme support contre l'influence du mal, comme recours suprême dans une misère irrémédiable, comme exphcation du secret de son existence, l'homme ne semble pas pouvoir remplacer une doctrme révélée. Nulle science n'y saurait suppléer, comme le reconnurent les saint-simoniens qui fondèrent leur prétendue religion sur cette observation, qu'ils considéraient comme constante et générale, qu'il en faut une à l'humanité. Voyons donc là enfin une de ces in-
1, MéditoMms sur Cessence de la religion chrétienne, in-^, 1864,
éludions puissantes qui doivent être mises en dehors de la discussion.
Comme on le voit, nous ne démontrons pas la révélation, nous disons que le monde s'y rattache. Entre les doctrines si diverses, entre les nombreux systèmes religieux qui reposent sur ce principe, que la conscience se décide. Nous nous arrêtons à cet égard devant le for intérieur. Mais de ce qu'il y a nécessairement lieu de choisir entre l'erreur et la vérité, plusieurs ont conclu qu'il ne fallait pas chercher celle-ci parmi ce confus pêle-mêle d'opinions contradictoires, et ont été amenés à nier le principe luimême contre le témoignage du genre humain.... Ce n'est pas la seule fois qu'on ait procédé de la sorte dans la recherche de la vérité.
Écoutons un contemporain relativement à ces doutes que la raison spéculative fait planer sur les vérités religieuses ; après avoir déclaré que la religion sera éternelle dans l* humanité y il invoquait par les paroles suivantes l'Être éternel : « père céleste, j'ignore ce que tu nous réserves; cette foi que tu ne nous permets pas d'effacer de nos cœurs est -elle une consolation que tu as ménagée pour nous rendre supportable notre destinée fragile? Est-ce là une bienfaisante illusion que ta pitié a savamment combinée ou bien un instinct profond, une lévélation qui suffit à ceux qui