‹ De la méthode d'observationChapitre 135 sur 195 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

vain se place de prime abord sur le véritable terrain. «Partons, dit-il, de ce principe que Ja propriété, comme tout ce qui est de l'homme, deviendra droit, droit bien démontré, si l'observation de la société révèle le besoin de cette institution, sa convenance, son utilité, sa nécessité,... car la méthode d'observation étant reconnue la seule bonne pour les sciences morales aussi bien que pour les sciences physiques , j'examine d'abord la nature humaine dans tous les pays, dans tous les temps, dans tous les états de civilisation, et partout je trouve la propriété comme un fait généi^al y universel y ne souffrant aucune exception^. » Jusqu'ici nous n'avons qu'à approuver, puisque nous rencontrons une aussi imposante adhésion aux vues fondamentales que cet écrit a pour objet de mettre en lumière; mais l'auteur ne s'écarte-t-il pas de la méthode qu'il a si bien établie au début, quand il trouve le fondement de cette sorte de droit, pour l'homme, dans une première propriété qui est lui-même, ses facoûtés et ses aptitudes, son corps et son âme, et dans une seconde, les produits de son travail? (Chap. iv et v.) Ne sommes-nous pas ainsi retombés dans ces thèses qui peuvent être longuement discutées sans qu'on soit plus avancé? le caractère essentiel du fait même de la propriété, est, comme on sait, qu'il y ait deux élé-

\, Delà Propriété, chap. ii et m.

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ments distincts, l'être qui possède et la chose possédée. Qu'est-ce donc ici que cette proposition de la propriété de soi-mêfrie pour l'homme ? Puis, dironsnous, n'est-ce pas une singulière propriété que celle de so?i âme pour celui qui nie qu'il y en ail une ? Et combien aussi est-il d'êtres humains qui, plongés dans l'esclavage, ne sont point, par conséquent, propriétaires de leur corps. Quant à la possession des fruits du travail, elle n'est point le fondement de la propriété, puisque la propriété existe bien évidemment dans la société en dehors du travail.

Revenons à l'expérience, et tenons-nous à cette solide base. Elle nous montre dans la propriété un fait primordial, essentiel, et tel qu'en définitive on ne saurait supposer la société existante sans qu'il s'y produise. La loi civile le régit comme tous les autres ; elle le saisit, elle le consacre en droit non absolu^ car elle le modifie et l'adapte aux conditions mêmes où se trouve la société. Que veut-on de plus ?

Citons à ce sujet les lignes suivantes , empruntées au livre si rempU de talent et d'esprit d'un magistrat distingué de la cour de Paris , M. Pinard : <( Il n'y a rien ici-bas d'absolu que la justice. Quant au droit de propriété, loin qu'il soit absolu, il n'y en a jamais eu un plus variable, plus subordonné. Il a été dans l'antiquité, dans]le monde moderne, ce que la société a

CilAriTRK XXil. !22^

permk qu'il fût. Encore aujourd'hui, il change suivant les objets auxquels il s'applique *. »

Pourquoi toujours, au surplus, vouloir philosopher à propos de tout , s'épuiser en recherches sur la nature des choses? Ne cessons de le redire, la nature des choses, bien souvent, c'est qu'elles sont et ne peuvent pas ne pas être. Le monde moral est, comme le monde physique, rempli de mystère; la saine raison Gt)nslate et n'explique pas. C'est ce que fait, au reste, la société, l'expérience la dirige. Gomment en serait-il autrement? Comment l'esprit de l'homme pourrait-il se soustraire à la toute-puissance de la réalité ? Les faits qui le pressent et l'entourent lui font comme un milieu social dans lequel il est obligé de se mouvoir. Il se fait ainsi, d'après de certaines règles transmises traditionnellement, un savoir tout d'obsei^vation sur lequel vit l'humanité. Il faut bien que cela soit ainsi, car attendrait-elle pour penser et agir que les doctes fussent d'accord ? Elle ignore , la plupart du temps , les débats et s'inquiète peu des solutions contradictoires auxquelles arrivent les contestants. Que de gens qui seraient profondément surpris s'ils apprenaient que la propriété est mise en question dans les écoles !

Laissons à Técart les disputes puériles et tenons la propriété pour ce qu'elle est au point de vue

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