Le Barreau an dix-neuviéme siècle, t. I
expérimental. Voyons bien qu'il sera toujours impossible d'en finir sur la question de principe. Ce mot droit en réalité implique une compétition dans son acception métaphysique. Ici en effet au droit de celui qui possède est virtuellement opposé le droit de celui qui ne possède pas ; mais il n'y a pas à contester le fait que les uns possèdent et les autres ne possèdent pas; qu'il en a toujours été ainsi et que dans les conditions sociales qui résultent de la nature même de
l'homme, il ne saurait en être autrement.
VI. — Et telle est aussi, selon nous, la véritable manière de combattre ces systèmes subversifs aux^* quels nous faisions allusion ci-dessus, et qui ont tant agité les esprits dans ces derniers temps. On les combat d'ordinaire comme anti-sociaux, parce qu'ils portent atteinte au droit de propriété; pauvre argumentation, certes, que celle qui consiste à invoquer contre ces attaques un droit qui est lui-môme objet de discussion. Aussi les systèmes n'en sont-ils que faiblement atteints, et nous les voyons, hélas! non-seulement se maintenir dans certaines régions de la société où ils flattent des passions et des convoitises facilement explicables, mais encore conserver quelque crédit sur des esprits éclairés. Nous croyons que si, invoquant le témoignée des faits, on établissait
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que ce n'est pas la propriété collective, la propriété de tous pour tous, que rhumanité a toujours entendue et voulue, mais la propriété privée, personnelle, qui laisse à chacun la libre disposition de ce qu'il possède ; si l'on montrait que quelques exceptions que présente l'histoire ne font, comme on dit, que confirmer la règle ; car s'ils étaient la vérité, comment ces faits seraient-ils restés exceptionnels? en réalité, d'où vient, s'il était dans la destinée des sociétés de se faire communistes, que cette petite république de Sparte ait été pendant quatre à cinq siècles communiste, sans que parmi tant d'autres répubUques qui vivaient autour d'elle, aucune ait jamais eu la pensée de l'imiter? Et comment, au contraire, ces institutions empruntées, paraît-il, à celles que Minos avait données à la Crète, ont-elles toujours inspiré une véritable répulsion (XLV)? Comment encore, l'avenir des États modernes étant de se ranger sous la bannière du socialisme, la société entière de l'Union américaine qui voit, dans son sein, ces agrégations de familles socialistes (frères moraves), paisibles et prospères, n'a-t-elle pas déjà suivi ce séduisant exemple ? Si, disons-nous, on s'attachait à faire voir que ces faits et d'autres encore ne peuvent être qu'accidentels , parce qu'ils sont en dehors de la véritable nature sociale ; que c'est là réellement une orga-
nisation chimérique en tant que générale, qui ne saurait jamais être adoptée que d'une manière partielle, et qu'il est absurde de croire guérir par un tel remède les soufTrances subies par certaines classes de la population dans l'ordre existant, peut-être les systèmes ainsi combattus, ébranlés dans la conscience de ceux qui y croient encore, s'effaceraient-ils par degrés et passeraient-ils fmalement au rang de ces curiosités historiques que présente lo tableau de la marche de la civilisation.
VII. — On sait que c'est surtout la transmission de la propriété par la voie de succession qui a été Tobjet des plus vives attaques. Plusieurs concèdent à chacun la libre possession de ce qu'il a acquis par son travail, mais l'hérédité est repoussée d'une manière absolue. Proudhon , adoptant en ceci une idée saint-simonienne, appelle l'hérédité une vivennon monstrueuse, et voici à cet égard sa curieuse argumentation \ Il y a un principe antérieur et supérieur à toute société; ce principe, c'est l'absolu, la morale, la justice; au nom du principe, vous ne pouvez vous empêcher d'admettre l'égalité entre les individus; c'est-à-dire l'égale répartition des biens et avantages sociaux, sauf l'inégalité qui pourra résulter de la différence du travail et de l'intelligence de chacun