‹ De la méthode d'observationChapitre 146 sur 195 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

mence la lutte entre les deux éléments. Cette lutte date de loin ; elle a, après tout, ses plus secrètes racines dans le cœur même de l'homme où s'agitent sans cesse deux sentiments contraires, la soumission à l'autorité que conseille la raison, et l'impatience du joug qu'elle impose. Telle est la double cause de ces grandes perturbations des États auxquelles on donne le nom de révolutions. L'étude des faits montre clairement l'une et l'autre.

Convenons bien , au ' surplus , que la meilleure digue que puisse rencontrer le pouvoir en ses excès est dans les mœurs. De là une action qui l'avertit qu'il ne pourrait aller plus loin. Tous les éléments de pondération que peut imaginer la science politique sont peu de choses auprès de cette force en apparence inerte. Elle ne fait que le bien, tandis que les contrepoids jettent quelquefois dans la marche du gouvernement une complication fâcheuse et qui rend le bien impossible. C'est certainement une chimère que de vouloir fonder des institutions libres sur des mœurs qui ne seraient pas libérales.

Comme on vient de le voir, c'est secondairement que naît la liberté. Eût-elle été nécessaire en effet, si toujours le pouvoir fût resté sage et modéré, conforme à son oïîgine?On nel'eût point inventée. Il n'est jamais venu à l'idée de gens vivant paisibles sous, un ré-

gime paternel et tutélaire de réclamer des garanties libérales. On reconnaît ainsi la chimère du système qpii (ait de la liberté le fondement même de la société politique. Non certes ! un examen attentif nous mon^ tre qu'elle est une protestation de la société contre la pratique abusive du pouvoir, mais elle n'en est pas le fondement, la condition essentielle. Sans la liberté, la société subsiste, mal si l'on veut, mais elle subsiste; elle ne saurait subsister sans l'autorité.

Au berceau de la société, ce sont toujours des Êdts d'autorité, non de liberté, qui se présentent à l'attention. C'est un chef, un Thésée ou un Romulus, con« quérant politique et législateur, inspiré de Dieu ou de son génie, qui organise le pouvoir, appelé à régir la nation à peine ébauchée encore. Elle ne commence

d'être qu'alors, et c'est ce qui a fait dire avec raison à M. de Bonald : « Les publicistes veulent que le pouvoir ait reçu la loi du peuple, et il n'existe pas même dépeuple avant un pouvoir *. »

La liberté est ainsi de sa nature et par son origine une action qui se pose en face du pouvoir, qui le circonvient et l'entrave. Quelle erreur donc de chercher dans cette action, salutaire assurément quand elle est modérée, un système d'organisation! Elle tend, au contraire, à désorganiser et désorganise sou-

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