‹ De la méthode d'observationChapitre 15 sur 195 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

connaissance humaine, c'est l'étude et l'analyse des faits, c'est cette investigation sage et patiente qui nous livre insensiblement le monde. Il est vrai que l'illustre philosophe s'arrêta peu à celte vue; ce ne fut alors, pour ainsi dire, qu'une lueur passagère au sein des ténèbres ; s'il s'y fût attaché, il eût ajouté à sa gloire celle de Bacon (I), et peut-être le mouvement scientifique du seizième siècle eût-il été avancé de trois mille ans. Mais la méthode lui manquait, il ne la créa point; elle est une découverte moderne dans l'ordre physique, une découverte dont l'application reste à faire dans l'ordre moral, bien que le célèbre chancelier ait établi que ce n'est pas seulement aux sciences naturelles, mais aussi aux sciences logiques, éthiques et politiques * que la nouvelle méthode doit s'appliquer. Mais, préoccupé surtout de la recherche des phénomènes naturels , il ne s'est nullement inquiété de réaliser cette difficile application.

Après lui, comme il vient d'être dit, se manifestera de temps à autre la pensée de créer dans l'ordre moral la grande école de l'expérience; mais cette pensée, si elle donne lieu à des travaux partiels remarquables, parfois même à des œuvres de génie sur lesquelles nous aurons à revenir, n'exercera toutefois

(I) Voir les notes à la fin du volume.

\, Aphorismes, cxx-cxxviii.

aucune influence notable sur la marche générale de la science.

Ainsi, il est juste de reconnaître que l'école philosophique qu'on a appelée écossaise s'était, dès le dixseptième siècle, placée dans la bonne voie. Cette école dont le fondateur et le chef, Thomas Reid, doit avoir, par le célèbre écrit où il développe sa doctrine S une place éminente parmi les philosophes modernes, prend l'observation pour guide; elle veut qu'on s'attache « à découvrir par l'analyse des phénomènes les principes simples qui les produisent et les lois selon lesquelles les principes agissent *. » Elle pense qu'il faut procéder dans la science de l'esprit comme dans la science de la matière, et que si Ton en est venu à regarder parfois la philosophie comme une chimère, il le faut principalement attribuer à la méthode suivie depuis l'antiquité, méthode*à laquelle on n'a renoncé après Bacon que pour un ordre de recherches. Vainement, en effet, Descartes et Locke lui-même avaient admis en principe, à la suite d'Anstote, la méthode expérimentale. « Ni Descartes, ni Locke, ni aucun philosophe ne s'y sont franchement conformés dans la pratique. Après quelques données

{ . Inquiry into the human Mind on the 'princvple of commun sensé, London, 1663. ,

'Jl. JoutTroy, prél'uce des Œuvres de Reid:

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