CHAPITRE XXV
principe de la démocratie appliqué jusque dans ses plus extrêmes conséquences, comme s'il pouvait en être ainsi, comme s'il n'était pas conforme à la nature des choses que dans le mouvement social, un prin^ cipe dût se heurter à d'autres principes qui en modifient de toute nécessité l'action. On voit fort bien sur quoi se fonde cette foi au triomphe indéfini de la démocratie. On argue des faits qui se sont produite en Europe depuis i 789 touchant la lutte entre l'aristocratie jusque-là dominante el la démocratie qui aspire à renverser les classes privilégiées et a bien avancé l'œuvre. Soit, mais on ne songe pas le moins du monde que ces faits appartiennent à une situation politique nécessairement transitoire ; qu'ils cesseront d'être, quand aura cessé la lutte d'où ils sont sortis. Raisonnant comme s'ils devaient se perpétuer, ne s'expose-t-on pas à une conclusion erronée? Que si s'attachant à un autre ordre de considérations, on étudiait en elle-même cette force qui réside dans les couches sociales inférieures, on arriverait à discerner ce qui tient à l'état de lutte de ce qui est normal, et on concevrait des doutes sur la réalisation d une telle organisation politique. Singulier progrès après tout que l'état de choses qui livrerait dans la marche dé la société, l'influence et la direction à la portion qui a nécessairement le moins de lumières et d^expérience. Mais ^i
nous invoquons le témoignage de l'histoire^ un tel résultat est-il probable? N'enseigne*-t-elle pas en chaque page que la démocratie toujours impuissante à gouverner la société, ne. sait même pas se gouverner elle-même, et qu'en ses écarts, lorsqu'elle se refuse à accepter l'influence des classes de la population supérieures par l'instruction et la richesse, elle se trouve de toute rigueur obligée de livrer la direction sociale et politique au despotisme ?
IX. — Le gouvernement direct du peuple est une conception absurde qui a pu passer par quelques cerveaux spéculatifs; mais le peuple, lui, que dirige un bon sens qui manque souvent aux plus éclairés, n'admet ni ne réclame rien de tel. Il aspire si peu à exercer le pouvoir, que lorsqu'il s'en trouve accidentellement investi parmi les crises politiques, il se hâte bien vite de le remettre à des mains bourgeoises. Il sait parfaitement que pour diriger la société, il faut des juges, des administrateurs, des financiers, des ingénieurs, des savants de tout ordre, et que ce n'est pas dans ses rangs qu'on pourra recruter de tels hommes. Aux États-Unis, où certes la démocratie a pris son plein développement, on n'entendra pas dire qu'il faut que des ouvriers viennent siéger au Corps législatif. Ce sera parmi nous l'opinion de quelqu'un de ces rhé-