CHAPITRE XXTIl
XVI. — Pour se rendre bien compte au surplus de la constitution anglaise, il faut observer attentivement les faits qui témoignent de la situation réelle du pays où s*est accomplie cette heureuse entreprise. Qu'est-ce que l'Angleterre? Un pays où domine, quoi qu'on en dise, une aristocratie, qui avec une sagesse exemplaire a su abolir elle-même, au travers des siècles, toutes les conséquences abusives et oppressives du régime féodal d'où elle est sortie, pour ne garder quune haute et profonde influence politique (LV).
. Tel est le pivot sur lequel roule toute la constitution politique de l'Angleterre. C'est le fondement de sa grandeur et le gage de sa durée. Les entraînements démocratiques, on le voit bien, y rencontrent une entrave et les barrières pourront n'y pas tourner en barricades^ comme il est si souvent arrivé chez nous. La couronne y aura la plupart du temps les bras croisés; elle recevra son ministère de la majorité parlementaire ; elle régnera et ne gouvernera pas, suivant l'axiome célèbre, qui n'est bien souvent dans la pratique, il faut le dire, qu'une vaine et trompeuse antithèse; les communes pourront prendre une importance croissante par l'extension du droit électoral, et l'action gouvernementale sera en grande partie dans l'assemblée qui en est issue et en reçoit son titre même ; mais prenons-y bien garde, cette action démo-
cratique rentre en définitive dans celle qu'exerce l'aristocratie qui embrasse le pays tout entier, comme en un vaste réseau; elle s'y subordonne; la démocratie subit ainsi la force qui donne l'impulsion au pays, teUe que ces satellites qui suivent dans l'espace les mouvements généraux de leurs planètes respectives.
XVII. — Quelques autres États de l'Europe présentent une situation qui a beaucoup d'analogie avec celle de l'Angleterre, c'est-à-dire que l'aristocratie y subsiste encore. Rien, par conséquent, n'empêche qu'elles puissent avoir une organisation politique analogue.
En est-il de [même pour ceux qui sont dans une position toute différente, chez' lesquels, comme en France, par exemple, l'aristocratie a été réduite en poussière de telle sorte que rien n'en porte plus la trace que quelques titres sans aucune valeur poUtique; chez lesquels tous les citoyens sont devenus politiquement égaux et qui forment une vaste et puissante démocratie? Il est permis d'en douter assurément. N'est-on pas porté, si l'on examine attentivement la question, à penser qu'il doit être bien difficile dès lors d'y contenir l'essor d'instincts, de passions qui ont, ainsi qu'il a été dit plus haut, quel-