CHAPITRE XXXI
cialiste se sont trouvées d'accord pour préconiser la gratuité du prêt; mais proscrire l'intérêt à un taux quelconque, c'est en définitive proscrire le prêt luimême, car sauf en de certains cas où l'on veut être bienfaisant, pourquoi prêterait-on, puisque ce serait perdre le prix qu on aurait de son capital en l'employant dans un placement, par exemple, dans une maison ou dans quelque établissement qui rapportera un loyer? Ne discutons pas les arguments par lesquels les adversaires de l'intérêt ont appuyé leur théorie; c'est ce qu'ont fait les jurisconsultes, opposant bien souvent l'argutie à l'argutie. Consultons l'expérience; en fait, la société n'a jamais eu égard aux règles qui ont interdit l'intérêt. Elle a toujours considéré que quand nous prêtons, par exemple, à quelqu'un une somme avec laquelle il achètera un cheval, il nous • devra un prix de location comme si nous lui avions loué le cheval directement, ce qui aurait pu se faire et ne soulève pas de difficulté.
L'intérêt admis, il faut le régler ; mais en fait encore la société, se plaçant dans la vérité économique, s'est toujours jouée des règles ayant pour objet de fixer une limite immuable à l'intérêt. Il s'agit en effet pour elle d'une marchandise soumise à la loi de l'offre et de la demande, et dont le loyer hausse ou baisse suivant les circonstances. Voilà ce qui a tou-
jours eu lieu en dépil de la loi limitative. C'est donc celle-ci qui est dans le faux et doit ici faire place au principe de liberté, laissant aux tribunaux à apprécier les abus auxquels peut donner lieu le prêt d'argent, et s'en remettant surtout pour les prévenir à Taction du crédit, à mesure qu'il pénétrera dans la région sociale où il est à peu près inconnu encore et où se trouvent particulièrement les victimes de l'usure.
XIII. — Ainsi devra-t-on procéder enfin à l'égard de la question du paupérisme qu'agitent avec anxiété les sociétés modernes. Entre les économistes, plusieurs ne s'en occupent que pour condamner absolument la bienfaisance publique ou privée, pour l'accuser d'agrandir encore la plaie qu'elle veut fermer. Mais la matière a-t-elle été assez complètement étudiée pour qu'il soit possible de poser ici encore une doctrine générale et absolue? Que l'instinct naturel qui nous porte à secourir nos semblables, à avoir pitié de celui qui souffre, s'égare parfois; qu'il contribue, en quelque cas, à alimenter la paresse, à suscitei* un coupable abandon de soi-même, il n'en faut assurément pas douter ; la charité qui est le complément de cet instinct a ses abus qu'on a pu constater et qui ont donné lieu à d'intéressants travaux. Mais de la part de ses adversaires, n'y a-t-il pas parfois une pré-