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est bien clair qu'oc n'a fait que reculer la difficulté qui Bubftiite toujours.
Note XXXVn, page iM.
Nous lisons dans rintroduction du savant et intéressant ouvrage de M. Barthélémy Saint-Hilaire, intitulé : Bouddha et sa religion (4862, un vol. in-18], les lignes suivantes : « En publiant ce livre sur le Bouddhisme, je n'ai eu qu'une intention, c'est de rechercher par une comparaison frappante la grandeur et la vérité bienfaisante de nos croyances spiritualistes. Nourris dans le sein dune philosophie et d'une reli^ gion admirables^ nous cherchons peu à savoir ce qu'elles valent, et nous ignorons les immenses services qu'elles nous rendent. Nous en jouissons tout en étant trop souvent indifférents ou même ingrats envers elles. » L'auteur démontre dans cet ouvrage que cette prétendue réforme de l'antique religion du monde bindoustanien repose sur un matérialisme pur. C'est la croyance au néant. Voilà sans doute la doctrine des sages; mais dans la pratique religieuse se trouvent en réalité de nombreuses traces de la foi universelle des hommes; le même fait se manifeste en Chine.
Note XXXyill, page 200.
On voit de nos jours nombre d'esprits, même irréligieux, admettre toutefois des faits extra-naturels que la science repousse, attestant ainsi ce besoin de croire à Timmatériel qui parait inhérent à Texistence môme de Thomme. On sait à quel ordre de faits nous faisons ici allusion.
Note XXXIX, page 204.
Ne pourrait-pn pas dire que l'auteur, dont nous ne contestons au surplus ni le savoir ni le talent, s'est encore conformé
3d0 DE LA MÉTHODE D'OBSBRVATION.
au principe hégélien dans cet écrit récent qui a fait tant de bruit ( Vie de Jésus) y lorsque après avoir présenté le fondateur du christianisme comme un adroit charlatan s'emparant de la doctrine d'une secte connue et tirant parti des grâces de sa personne et de la supériorité de son esprit, il nous dit autre part :
« Jésus créa Tobjet et posa le point de départ de la foi future de l'humanité. » (P. 2.)
D a posé la pierre étemelle « fondement de la vraie religion. »
« Si la religion est la chose essentielle de Thumanité, par là il a mérité le rang divin qu'on lui a décerné. » [P. 90. )
€ Le christianisme pur se présente au bout de dix-huit siècles avec le caractère d'une religion universelle et étemelle.
La religion de Jésus est à quelques égards définitive. » (P. 444.)
Note XL , page 210.
La vue fondamentale qui préside à V Esprit des Lois s^êloignait tellement des idées reçues à l'époque où parut ce grand écrit, que ce fut plus la forme que le fond qui excita Tadoiiration. En réalité, Montesquieu ne fut pas du tout compris de son siècle, et il ne l'est qu'à demi du nôtre. Il avait évidemment dans la pensée un vaste corps de doctrines tiré^ comme dit heureusement M. Nisard (Hist, de la littérature française^ t. IV) de Fexpérience comparée des sociétés Aumaines; on ne peut pas dire qu'il l'ait entièrement réalisé. Son travail, qui a quelque incohérence, semblerait, selon la remarque ingénieuse de l'écrivain que nous venons de citer, en supposer un second qui en aurait été le complément, dans le genre du Contrat social de Rousseau, mais en offrant tout le contre-pied. M. Nisard ajoute : c S'il arrivait jamais que les principes de la science sociale se perdissent dans quelque ca-
tastrophe universelle, nos enfante pourraient les rapprendre dans ce livre immortel, « legs le plus précieux que le dixhuitième siècle ait fait à la France, le plus grand service que la France ait rendu à la société moderne, » (P. 366. )
Note XU, paffe 212.
C'est bien ainsi, à la vérité, que l'entendait le droit romain, « Jus isiud (naturale), disent les Institutes, non humant generis proprium est^ sed omnium animalium quœ in cœlOf quœ in terra, quœ in mari nascuntur. » Mais il ne faut voir là qu'une définition conçue dans la rigueur du principe et qui n'implique nullement l'existence de ce prétendu droit.
Note XTiIT, page 216.
Rossi se place au même point de vue quand il écrit ceci : Le droit préexiste à toutes choses, [Traité du droit pénal ^ introduction.) L'aphorisme célèbre de Bossuet, il n^y a pas de droit contre le droit, résume admirablement cette thèse métaphysique, mais à quoi peut mener ici l'absolu ? A une dis- , cussion sans terme sur ce qu'il faut entendre par le droit. Si nous sortons du cercle où nous enferme une vaine argumentation, si nous nous plaçons sur le terrain de la réalité, nous voyons au contraire que dans l'ordre social il n'est point de droit qui n'en rencontre un autre qui le balance, le contienne et le limite.
Note •KTiTTT, page 218.
Le théologien, par exemple, pour prouver que la loi ne vient pas des hommes, mais de Dieu, argumentera de la sorte : Pour qu'il y ait loi, il faut qu'il y ait supérieur et inférieur; or, l'homme, égal de l'homme^ ne peut pas plus se faire la loi
36t DE LA MÉTHODE D*OBSBHTATION.
àk lai*méme (car il lui est toujours loisible de se délier) que la recevoir d'autrui. Elle ne peut doue lui venir que de Dieu, seul supérieur, législateur et maître.
Note ZlaXV, page 220.
Un égal sentiment d'horreur est produit par ces exécutions sanglantes qui ont lieu aux États-Unis d'après ce qu'on appelle la loi de Lynch; ces faits sont l'abandon d'un principe sacré de l'organisation sociale et xomme un retour à la barbarie primitive.
NoU XXiV, pafft 229.
Il est curieux de voir quelle fut l'issue de cette mémorable tentative. Dans le cours des siècles qui suivirent la mort du législateur, il fallut, au dire de Plutarque, ramener violemment le peuple à cette organisation sociale, au fond si peu compatible avec la marche de la civilisation, et vers la fin on était arrivé à ce résultat singulier que toutes les terres, toutes les richesses étaient tombées aux mains des femmes. De là un état d'immoralité et de dégradation dont on ne saurait se faire l'idée. Aussi l'histoire nous apprend-elle que ce fut par les Spartiates qui avaient anciennement sauvé la Grèce contre les Perses, qu'elle fut alors livrée aux Romains et perdit sa liberté*
Note XLVI, page 233.
« La nature, dit M. Duvergier à ce sujet, n'a pas fait les hommes égaux*, que peut à cela la société? Au lieu d'exagérer les conséquences de l'inégalité naturelle, elle doit chercher à en atténuer les effets ; l'égalité n'est pas le point de départ deThumanité ; maiselle est le butdela civilisation, but qu'elle doit sans cesse poursuivre, quoiqu'elle ne puisse jamais
ratteindre. L*égalitô devant la loi est une formule dont c'est là le véritable sens. » {Collection des lois, t. LYIII, p. 177.)
Note XLVn, page 242.
Dans uae communication récemment faite à une feuille po-*litique [Constitutionnel du 22 mars 1865), uu avocat du barreau de Paris, M. Chédieu, a rendu compte des travaux d^une commission formée à Londres sous la présidence du duc de Richmond, et où siègent nombre de personnes connues par leurs travaux relatifs à la peine de mort, la plupart dans le sens de l'abolition ; mais les partisans de cette opinion se di« visent en ce que les uns veulent que la peine soit immédiate* ment abolie, tandis que les autres admettent de certains ménagements pour préparer cette abolition. « Mais, ajoute M. Cbédieu, toutes les opinions en Angleterre présentent ce caractère commun qu'elles écartent les théories abstraitesy telles que celle de la légitimité de la peine de mort, pour se placer exclusivement dans le domaine de Texpérience et de l'utilité sociale? Aussi la question qui chez les Anglais résume toutes les autres est celle-ci : Quels sont les effets préventifs de la peine de mort? Son application a-t-elle pour résultat de diminuer ou d'augmenter le nombre des crimes? »
Noté XLVm, page 244.
Invoquant de prétendus principes, et se refusant à une étude attentive des faits, le législateur a toujours été, en matière de duel, au delà ou en deçà de la vérité. Voici unbomme qui, d'après les lois de la société, doit se battre en duel sous peine de déshonneur^ et vous le condamnez au châtiment des assassins! Certainement, le préjugé auquel il a cédé est absurde, mais la législation pénale ne Test guère moins. Estelle judicieuse d'autre part quand, abandonnant la pénalité
barbare , pour réparation d'une offense qui veut du sang suivant le code du duel, elle tous offre la môme amende qui punirait quelque rixe de marché? On s'est placé en ces derniers temps sur un meilleur terrain en introduisant cette jurisprudence aujourd'hui consacrée qui considère surtout le dommage matériel résultant pour la famille de la perpétration du duel. A la suite de la révolution de 1848, dans un projet de loi sur le duel qui avait pour rapporteur M. Valette, le savant professeur de l'École de droit, le duel était réputé délit comme en Belgique, et les tribunaux sans jury avaient à apprécier les circonstances très-diverses qui l'accompagnent. On reviendra sans doute à ces idées pratiques.
Nota XLIZ, page 254.
On reconnaît la puissance qu'ont conservée parmi nous les vaines abstractions sociales et politiques, en voyant un écrivain tel que M. Edmond About, dont les ouvrages sont si bien accueillis du public français, s'en faire bénévolement l'organe. Ainsi cet écrivain, dans son livre du Progrès^ où se lisent assurément d'excellentes choses heureusement exprimées, nous dira : n Les droits , sans exception , sont inhérents à l'homme et antérieurs à la constitution de la société. » (P. 260.) Mais, dirons-nous, de notre côté, n'est-ce pas là une thèse bien vieillie et bien arriérée pour un travail qui a la prétention de faire avancer le siècle et le pays?
Note L, page 256.
L'école théologique qui a fondé cette doctrine s'est principalement appuyée sur un texte de saint Paul : Non est enim potestas nisi a Deo; mais c'est le prendre dans un sens étroit et que contredisent d'autres textes, desquels il résulte que si la loi nouvelle ne se met pas en révolte contre les pouvoirs exis-
tants, elle est loin toutefois de les considérer comme une délégation de la Divinité ; du reste, c'est bien ainsi que Pa entendu Técole elle-même dans la pratique.
Note U, page 261.
M. Mignet dit [Notices et portraits ^ 1. 1) que ce futTalleyrand qui inventùy au congrès de Vienne, en 1814, cette théorie de la légitimité à laquelle il ne croyait certainement pas.
Écoutons M. Thiers à ce sujet : l'illustre historien nous dira [Bist. du Consulat et de V Empire y t. XIX) : que les gouvernements sortent de tous les hasards des révolutions, et qu'il est difficile de reconnaître à quels signes précis leur origine peut les rendre légitimes. Ils le deviennent av^c le temps^ lorsque la nation pour laquelle ils sont établis, trouvant leurs formes appropriées à ses mœurs comme à ses lumières et leur conduite conforme à ses intérêts, les maintient par un assentiment réfléchi et durable. C'est à l'œuvre et à l'œuvre seule qu'un gouvernement se juge et se légitime : hors de là tout est artificiel et pure argutie, n
Note Ln, page 265.
Ainsi doivent se passer les choses dans toute démocratie bien entendue; il est tout naturel que la bourgeoisie en France se recrute dans le peuple, comme en Angleterre l'aristocratie se recrute dans la bourgeoisie. En fait, nous avons sans cesse sous les yeux des exemples de personnes arrivées par leur mérite aux fonctions législatives et administratives, qui ont débuté dans la vie par être simples ouvriers. De tels faits, qui supposent une aptitude exceptionnelle unie à un esprit de conduite qui ne s'est jamais démenti, excitent, dans notre pays, comme au sein de l'Union américaine, une
sympathie générale ; mais on voit bien qu'ils n'ont rien de commun avec cette immixtion Insensée et brutale dans la lé<gislature, préchée et partiellement réalisée en 1848, de travailleurs qui, en dehors du vote que la loi leur confère, doivent évidemment rester étrangers à la vie politique.
Note LUI, page 273.
Après avoir retracé les misères des temps extrêmes de la révolution, Royer-CoUard disait (session de 4830) : « C'est, messieurs, que la démocratie dans le gouvernement est incapable de prudence; c'est qu'elle est de sa nature violente, guerrière, banqueroutîère; avant donc de faire un pas décisif vers elle , dites un long adieu à la liberté, à l'ordre, à la paix, au crédit, à la prospérité! n
Note urv, page 276.
L'embarras que nous signalons se décèle toujours dans l'élaboration des actes constitutifs. Ainsi l'article 50 de la Constitution de 4848 porte que le Président de la République dispose de la force armée sans pouvoir la commander en personne. Ne voilà-t-il pas une belle précaution et une puissante garantie?
Rien de plus curieux sous ce rapport que l'étude comparative des ' constitutions républicaines : on y voit à chaque article se produire implicitement les graves difficultés que nouB avons soulevées; on sent irrésistiblement qu'il faut que le pouvoir exécutif soit armé de force pour maintenir TËtat contre les passions subversives ; maia, d'autre part, cette force ne deviendra-t-elle pas l'écueil où ira échouer la liberté? Ainsi) dans la plupart des républiques sorties du sein de Tancienne Amérique espagnole, on recourt presque constamment
au pouvoir militaire pour se procurer rindispensable élément de conservation et de stabilité ; c'est d'ordinaire un général qui est président de la République; mais l'autorité présidentielle étant, la plupart du temps, mal établie, il en résulte que les révolutions se succèdent indéfiniment, faisant passer la république d'un général à un autre général et perpétuant ainsi le plus déplorable état de choses.
Note LV, page 2W.
Quelques écrivains dans la presse, certains orateurs à la tribune ont, en ces derniers temps, trompés par l'apparence, voulu nier cette influence de l'aristocratie britannique et voir, dans la marche actuelle des affaires en ce pays, le triomphe de la démocratie; mais c'est une croyance paradoxale que démentent complètement les faits bien étudiés; il n'est pas douteux que la classe moyenne n'ait en Angleterre une grande autorité. Horace Walpole reconnaissait déjà dès Tautre siècle que presque tout se faisait par elle : mais la classe moyenne se rattache en trè^-grande partie , sous la dénomination de gentry^ à l'aristocratie, qui s'y recrute et s'y renouvelle sans cesse avec ce bon sens qui ne lui a jamais fait défaut. En réalité, cette aristocratie possède, dans ces deux éléments, le territoire presque entier, elle le possède à titre héréditaire et transmissièk par droit d'aînesse avec substitution^ ce qui est le caractère essentiel de l'organisation aristocratique; tout se plie et se conforme à cette influence^ jusqu'à l'industrie elle-même, comme l'a fort bien établi Léon Faucher dans ses belles Études sur r Angleterre. Après la grande réforme économique qui illustre à jamais le nom de Robert Peel, ce ministre adressant à ses électeurs de Tamsworth une lettre restée célèbre , leur disait que, selon sa ferme persuasion, cette réforme contri-
buerait à maintenir dans le pays la juste autorité dCvne noblesse héréditaire, et à diminuer le désir de changements démocratiques dans la constitution. M. Guizot, rappelant ces paroles dans une fort belle notice sur M. Peel , ajoute : « que l'aristocratie, qui n'est plus en Angleterre ni wigh ni tory, est une force médiatrice et modératrice très-considérable et très-respectée et qui jouit plus pleir^ement gue jamais de son pouvoir et de ses droits constitutionnels. » Voilà la vérité.
Note LVI, page 200.
Les faits étudiés avec calme et impartialité amèneront insensiblement les esprits à cette persuasion qu'une vaste et puissante démocratie requiert de toute nécessité, sous le régime unitaire^ un pouvoir fort, indépendant du pouvoir législatif et qui puisse lui résistera l'occasion, sans quoi l'État deviendra inévitablement un foyer de troubles et périra par l'anarchie. C'est là un principe dont Tadoption importe au plus haut degré à la stabilité des Etats fondés sur la démocratie et qui ne portent plus trace d'organisation aristocratique ; or, ce pouvoir, le simple sens indique que ce doit être la monarchie, non despotique sans doute, mais point parlementaire pourtant, où l'exécutif est tenu dans un état perpétuel de défaillance, et doit tôt ou tard succomber parmi les crises ministérielles qui tiennent à la nature même du gouvernement parlementaire. Sur ces crises, écoutons M. Guizot qui en est pourtant l'apologiste décidé : «C'est, dit-il dans ses mémoires, contre le régime parlementaire un des griefs les plus accueillis; je ne m'en étonne pas ; c'est un triste spectacle que celui des ébranlements, des tiraillements, des lacunes du pouvoir et de la lutte des ambitions légitimes ou illégitimes qui s'en disputent la possession. »
Remarquons au surplus que uotre école républicaine s'est dés longtemps prononcée en faveur de la thèse que nous exposons. Elle veut un pouvoir fort et a toujours montré peu de goût pour le prétendu système d'équilibre qu'on a vainement cherché à affermir dans ce pays pendant trente-cinq années; pour elle, à la vérité, le pouvoir réside tout entier dans Y Assemblée, dont le président n'est que l'agent très-subordonné. Ce n'est pas le lieu de combattre cette déraisonnable théorie que nous n'envisageons ici que par un côté. Quant au sentiment populaire, ne révélait-il pas instinctivement, après 1848, la doctrine de l'avenir en matière de gouvernement, quand il se formulait par cette parole attribuée aux habitants des campagnes : A cette république, il faut un roi.
Note LVn, page 209-
D*après l'organisation communale qui existait en Angleterre depuis des siècles, « toute corporation municipale, liton dans un écrit très-recommandable (Exposé de l'administration générale et locale du Royaume-Uni, par M. Bailly, inspecteur général des finances, t. Il), constituait une administration isolée, possédant ses tribunaux, ses magistrats, n'ayant d'autres limites à l'exercice de ses pouvoirs que celles très-étendues de sa charte; maîtresse de la disposition des revenus et des biens patrimoniaux, de l'établissement des droits locaux^ autorisée même à imposer et à répartir des impôts directs sur les habitants; indépendante de tout pouvoir administratif supérieur, et n'ayant pour juge de ses écarts que la cour du banc du roi^ dont le siège est à Londres. » Ajoutons que cette garantie est la plupart du temps complètement illusoire.
Cette organisation, qui comportait dans la pratique de monstrueux abus, a été réformée par un bill de 1835, qui a aboli les vieilles chartes , maintenant toutefois les anciennes bases d'un ordre administratif avec lequel celui que la révo* lution a consacré en France n^a aucune sorte de rapports, et d'où le 9elf govemment ne pourra jamais sortir , nous le craignons, dans une suffisante mesure.
Nota LVin, page 203.
Il ne faut pourtant pas croire qu'il n'y ait pas eu de fréquentes protestations contre cette œuvre de destruction. Ainsi Duport, dont le nom rappelle une participation importante aux plus remarquables travaux législatifs de l'Assemblée, lui disait prophétiquement à la tribune : « C'est ainsi que s'accomplit chaque jour la désorganisation de l'État. Pour empêcher cette désorganisation d'arriver à son terme, il faut se h&ter, non de restreindre l'égalité et la liberté, mais de les envelopper dans un gouvernement juste et solide. Si on ne le peut pas, la Constitution périra et l'Empire sera déchiré par les factions; puis, après de longs et pénibles essais, saiton à qui l'Empire appartiendra? au despotisme, à qui toutes les âmes épuisées, fatiguées viendront demander un asile. »
Note IjDL, p. 20a
Nous disions dans un autre écrit ^ au sujet de la centralisation qui est depuis un demi-siècle l'objet d'incessants débats dans notre pays : « En vérité, il nous semble qu'un
1. ^cvm Contemporaine t L'œuvre sociale de 1789 et V œuvre poli" tigue de 1814, de 1830, féTrIer 1862.
NOTBS. 37i
examen attentif des faits simplifierait beaucoup la discussion et peut-être y mettrait fin. Comment la centralisation administrative ne serait-elle pas sortie de Fabolition de cet ancien ordre administratif où l'action du pouvoir était disséminée et restreinte? Cet ordre succombant, il fallait qu'il fût remplacé, et pouvait-il l'être autrement qu'au profit du pouvoir central? De nos jours, qu'on y réfléchisse, la difficulté subsiste. On parle de décentralisation, soit. Ajoutez çà et là aux attributions des conseils municipaux ; changez le mode de nomination du maire et des adjoints ; faites disparaître tout ce qu'a d'excessif cette organisation; mais ce sont là des détails qui ne touchent pas au fond des choses. Ce fond, peut-on le changer? Il ne s'agit de rien moins, voyons-le bien, que de recréer tout un système d'idées qui n'existe plus dans les masses, de refaire ce vieil esprit de corporation où gît, comme en Angleterre et aux Etats-Unis, la vitalité communale, de restaurer ces petites républiques dans la monarchie^ comme les appelle Royer-Collard. Un tel résultat, en supposant qu'il fût possible, serait-il désirable? cela est fort douteux, car enfin cette grande unité française a bien aussi ses avantages, et voilà pourquoi les hommes qui méditent profondément notre nouvelle organisation sociale hésitent à porter la main sur l'œuvre de l'Assemblée constituante et de Napoléon ; cette organisation est en quelque sorte inhérente à l'ordre fondé par la Révolution. Les efforts successifs tentés contre elle sont restés absolument impuissants, on l'a bien vu en 1848. Il semblait qu'on était alors en mesure de trancher la question; on l'essaya et l'embarras fut grand. Il s'agissait de savoir ce qu'on devait garder, ce qu'on devait abandonner de cette centralisation à laquelle on avait si souvent dit anathème. On discuta beaucoup, et finalement on ne fit rien. Depuis, quelques tentatives ont eu lieu dans ce but, mais il ne nous semble pas, à
parier franchement, qu'elles aient eu jusqu'ici une grande efficacité, o
Nota XiX, page 205.
Cette époque est parfois dépassée. Ainsi en France, d'après la loi politique actuelle, on est électeur à yingt et un ans, bien que la pleine majorité civile, celle où Ton forme librement la famille par le mariage, n'existe qu'à vingt-cinq ans.
Note XiXI, pago 207.
Il y a lieu de consulter, relativement aux nombreuses questions que suscite Félection, une remarquable étude publiée sous ce titre : De la représentation nationale en France (in-18, 1863), par M. J. Guadet, que recommandent à l'attention du lecteur divers travaux historiques et politiques importants.
Un fait remarquable et qui prend beaucoup de gravité sous le régime du suffrage universel, c'est la disposition que manifestent dans tous les rangs de la société un grand nombre de [citoyens, calmes et sans passion, à la suite des agitations civiles, à s'efiacer insensiblement, à se retirer de la vie politique. Ce fait d'abstention de la part de ceux qu'on aurait le plus d'intérêt à voir coopérer aux opérations électorales, appartient à tous les temps ; chaque jour se produisent sous nos yeux des témoignages d'une semblable indifTérence et d'un éloignement à participer aux actes politiques que rien ne peut vaincre. Il faut se souvenir à cet égard que lorsqu'au 4 août 4 792, le trône constitutionnel de Louis XYI eut été renversé, bien qu'un décret spécial (21 août 4792] eût appelé à voter dans les assemblées primaires tous les individus âgés de vingt et un ans, pour former la Convention nationale,
ce furent à Paris moins de vingt-cinq mille citoyens qui concoururent aux opérations électorales, et envoyèrent à rassemblée cette députation fameuse dont les votes exercèrent une si puissante influence sur les événements de Tépoque.
Note ZaXn, page 300.
Rien assurément de mieux démontré par Thistoire des révolutions que la ruine de TÉtat a souvent été amenée par les excès de la liberté ; toutefois; cette tbèse est combattue par les partisans de théories libérales absolues. Suivant eux, ce ne sont pas ces excès, mais bien les mesures par lesquelles on a eââayé de les comprimer qui ont tout perdu. Il fallait les laisser s^àccomplir sans obstacle; à la fin, la bonne liberté en aurait eu raison et tout se serait bien terminé. On dit de telles choses à la tribune et on les écrit dans les journaux. D'après ces idées, les gouvernements périssent, en définitive, parce qu'ils se défendent contre Tesprit de faction et de renversement qui les menace. Voilà le sophisme. Dans la pratique, on verra constamment le pouvoir, quel qu'il soit, résister à ces funestes entraînements, précurseurs des révolutions. Cette résistance se manifeste par la légalité et par les armes. Elle n'est pas toujours heureuse, à la vérité; mais de ce qu'elle est quelquefois vaincue, il serait absurde de conclure qu'elle ne doit pas être tentée. Seulement il faut y recourir à propos et en bien saisir le moment précis; c^estlà sans nul doute le principal attribut du génie gouvernemental.
Note UEnx, page 304.
C'est dans ce sens que Droz disait {Économie politique , ou prineipeSy etc. } : « En lisant certains économistes, on croirait que les produits ne sont pas faits pour les hommes, mais que les hommes sont faits pour les produits. »
Mole LXIV, page 306.
Une des plus curieuses définitions de la richesse est celle de Sismondi (Cours dCiconom, polit, ^ 1. 1, p. 60). L'auteur, si éminent comme historien, nous dit que la richesse c'est le fruit du travail dans finstant qui suit la production et qui précède la consommation. Dans l'instant, quelle définition ! Ainsi, l'objet de la science c'est cette chose éphémère qui ne naît que pour être détruite 1 L'auteur ajoute que la chose qui ne peut pas se garder j s'accumuler pour une consommation ultérieure n'est peint richesse^ bien que le travail y ait contribué. Faisant application de ce principe, vous vous demandez, par exemple, si les pommes de votre jardin sont une richesse. Il faut distinguer : celles que vous pouvez conserver pour les consommer plus tard, oui ; mais point celles qui figurent sur votre table au fur et à mesure qu'elles se détachent de la branche qui les soutient !
Note IjXV, page 314.
Telle est notamnent la base de ce mémorable traité de commerce de 1860 entre la France et l'Angleterre, qui a ouvert pour la première contrée une nouvelle ère économique, grande œuvre qui rappelle les noms illustres de Gobden et de Michel Chevalier dont les efforts ont tant concouru à en amener l'accomplissement.
Note LXVl, page 310.
Nous rencontrons ici le fameux (frotï au travail^ cette conception absurde qui n'a pu avoir quelque crédit que dànâ an pays où règne en général une grande iguoraneë des saines doctrines économiques. Ce droit a en effôt pour corrélatif