CHAPITRE I
une publication périodique, en 1 860 S M. E. Laboulaye nous disait que « depuis que la méthode d'observation a renouvelé les sciences physiques, il s'est fait une révolution du même ordre dans les études qui ont l'homme pour objet. Que se proposent aujourd'hui la philosophie de l'histoire, l'économie politique, la statistique, sinon de rechercher les lois naturelles et morales qui gouvernent les sociétés? » Après avoir établi que dècoxmrir ces lois est l'œuvre de la science moderne, l'auteur ajoute : « Mais, par malheur, la science est nouvelle et mal établie ; rassembler les faits est une œuvre pénible et sans éclat; il est
plus aisé d'imaginer des systèmes, d'ériger un élément particulier en principe universel et de rendre raison de tout par un mot. De là ces brillantes théories qui poussent et tombent en une saison. Influence de la race ou du climat, loi de décadence, de retour, d'opposition, de progrès. Rien de plus ingénieux que les idées de Vico, de Herder, de Hegel; mais il est trop évident que, malgré des parties solides, ces constructions ambitieuses ne reposent sur rien... Si l'on veut écrire une philosophie de l'histoire qui puisse avancer la science, il faut changer de méthode et rêvenir à l'observation. » On ne peut mieux dire assurément; mais au verso même M. Laboulaye, portant
i. Revue nationale, {*" livraison.
son regard sur l'histoire entière de l'humanité, s'attache à montrer que toujours une idée grande et fondamentale fut prédominante dans l'existence des diverses nations. <c Ouvrez l'histoire, dit-il, il n'est pas un grand peuple qui n'ait été le porteur et le représentant d'une idée; la Grèce n'est-elle pas la patrie des arts et de la philosophie; Rome, le modèle des gouvernements et de la politique; Israël, l'expression du monothéisme le plus pur? Aujourd'hui qu'est-ce qui représente pour nous la science, n'est-ce pas l'Allemagne? l'unité, n'est-ce pas la France? la liberté politique, n'est-ce pas l'Angleterre?... » Nous en demandons pardon à l'auteur, mais c'est ici un véritable système de philosophie de l'histoire analogue à ceux qu'il combat comme de brillantes chimères. Sans doute, c'est une vue ingénieuse qui en fait le fond; mais elle n'a pas plus de rigueur scientifique, cela est clair, que d'autres qui ont servi de point d'appui aux écrivains célèbres nommés par M. Laboulaye, et nous pourrons dire que lui aussi, dans ces assertions g&ié* raies, exclusives, a encouru le reproche d'avoir érigé un élément particulier en principe universel et voulu rendre raison de tout par -un seul mot (II ) .
Remarquons au sur^dus que la société n'est à cet égard que l'écho des lettres ; on y entend sans cesse répéter effectivement que c'est maintenant l'étude