VI INTRODUCTION
tout et explique pourquoi, dans un ordre scientifique, on se rapproche incessamment du but, pourquoi dans l'autre on s'en éloigne, ou tout au moins on reste stationnaire.
Il me faudrait remonter bien haut dans mes souvenirs pour fixer l'époque précise où ces considérations ont commencé de saisir ma pensée; depuis, elles n'ont pas cessé d'être pour moi un objet constant de méditation et, de plus en plus, j'ai été pénétré de la conviction qu'il appartient à notre siècle d'imprimer aux sciences morales et politiques ce caractère expérimental qui leur manque. Déjà, dans un autre écrit*, j'avais indiqué cette vue fondamentale, l'essai que je soumets aujourd'hui au public en est le complet développement -
Traçons-en nettement le cadre. J'expose d'abord les principes d'après lesquels on doit appliquer la méthode d'observation aux sciences morales et politiques pour les faire passer au rang de sciences positives ; j'établis que, rela-
ie. Traité de Statistique ou Théorie de l'étude des lois diaprés lesquelles se développent les faits sociaux; couronné par T Académie des science». Un vol. in-8<>, 1840.
INTBODUCTION. VU
tivement aux notions qui touchent à i'esprit aussi bien que pour celles qui se rapportent à la matière, il convient d'adopter un procédé uniforme qui consiste à étudier les faits, à les analyser , à les classer afin d'en tirer des principes certains et hors de discussion, parce qu'ils ne sont plus alors, en quelque sorte, que l'expression de la nature même des choses. Ce procédé, c'est la méthode baconienne qui n'admet les propositions générales sur lesquelles repose le raisonnement qu'après qu'elles ont été avérées par une patiente expérimentation. On a, par cette méthode, obtenu plein succès dans un ordre scientifique; pourquoi donc, en définitive, s'y prendrait-on différemment pour réussir dans l'autre? Sans doute ^ les faits ont ici souvent un caractère spécial qui parfois opposera des difficultés à l'observation ; mais je m'attache à montrer, dans le cours de cet écrit, comment on les surmonte, et j'ose espérer qu'après l'avoir lu on reconnaîtra que rien au foiid ne dérange essentiellement une concordance qui satisfait seule au premier abord la raison . ^ A l'appui des principes exposés, je m'attache