‹ De la méthode d'observationChapitre 63 sur 195 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

clair résultât de ces crises si funestes à la communauté. Cette grande duperie doit-elle être éternelle ? Ne saurait-on admettra qu'il puisse venir une époque où les masses plus éclairées seront moins accessibles à ces élans irréfléchis, que savent leur imprimer les habiles; une époque où il sera plus difficile de les entraîner à ces révolutions violentes qui rendent souvent impossibles les réformes seules profitables au bien pubhc? Quoil l'observation attentive desÊdts aurait conduit à l'évidence sous ce rapport, et à tout jamais cette évidence ne servirait à rien! Nous ne le pensons pas, et déjà même n'est-il pas un peuple qui semble en être arrivé là, et chez lequel une suite de circonstances notables, pendant près de deux siècles, témoigne d'une certaine sagesse nationale qui a vaincu l'esprit révolutionnaire au profit de la liberté modérée et du mouvement social? On voit bien que nous voulons parler de l'Angleterre.

Ainsi devra être appliquée la méthode aux faits de cet ordre.- Reconnaissons, au surplus, qu'il n'est pas toujours possible d'ôter absolument tout caractère conjectural à ce qui tient aux affaires humaines. Mais il en est ainsi de certaines sciences naturelles. La médecine est assurément fondée sur l'observation ; toutefois, les faits médicaux ont aussi leurs éléments variables qui diffèrent, pour ainsi dire, en chaque in-

90 DE LA MH:TU0DË D*OBSERVâTI()N.

dividu, et influent au plus haut degré sur le choix des moyens curatifs. Que fait le praticien habile? Il apporte dans l'étude de ces éléments variables, résultant du tempérament particulier des malades, les mêmes habitudes d'analyse et d'observation qui ont été appliquées aux camctères généraux des maladies ; il fait en quelque sorte de ces éléments, de nouvelles catégories de faits desquelles il tire des règles, et ainsi s'achève son expérience médicale. De même pour le politique ; s'agit-il de ces événements si compliqués qui changent de temps à autre la face des États, il y a des faits dominants, fondamentaux, qu'il peut parfaitement rapprocher ; mais même en ce qui concerne ces circonstances particulières qui semblent échapper à la méthode , l'habitude de s'en servir lui sera utile et l'amènera, avec le temps, à des appréciations justes et fécondes. Le point essentiel est de se placer dans ce courant d'idées, de rester bien persuadé qu e c'est par l'observation qu'on arrive au but; que c'est en procédant par le rapprochement des* données comparables, et point autrement, qu'on rencontre la vérité. Ainsi, peu à peu, on en viendra à adopter en tout cette manière de procéder et à n'en plus vouloir d'autre.

Page 1