CHAPITRE XI
elle-même, et alors nous le considérerons surtout dans ses applications diverses, selon les temps et les lieux. Telle, par exemple, la question de la puissance paternelle, à laquelle nous avons ci-de§sus fait allusion. Elle s'offre dans le monde entier à l'examen. Vous voulez n'y voir qu'un principe qui s'impose à la raison et sert de base à vos arguments ; à nos yeux ce sera d'abord un grand fait que nous étudierons-dans ses curieuses modifications, du droit romain, qui confère au père le droit de mettre à mort ou de vendre comme esclave son enfant, jusqu'au Code Napoléon, qui lui refuse la faculté de l'exhéréder entièrement ; ce n'est qu'après cette étude qu'il a pris pour nous valeur de principe. Nous constaterons au travers dés législations diverses, les conséquences qu'amènent sur la famille et sur la société ces différentes manières de l'entendre et de l'appliquer. On pressent l'intérêt de telles recherches et à quels résultats positifs elle doivent faire arriver. Nous les demanderions en vain à de subtiles et ingénieuses dissertations sur le principe considéré abstractivement.
Plus souvent ce sera un usage, une maxime, une opinion, accrédités généralement parmi certaines classes de la population, et dont il faudra avérer la réalité; il n'y aura point d'autre manière d'opérer en de tels cas, car celle que nous avons indiquée peut
96 DE LA MÉTHODE D^OBSERYATIOrC.
seule mener au but, c'est-à-dire éclairer pleinement la question douteuse. Prenons pour exemple quelques points de la théorie du gouvernement représentatif sans cesse débattus, et au sujet desquels on se prononce successivement pour ou contre, sans que le juge impartial puisse avoir un avis définitif: Le corps électif doit-il être renouvelé en masse ou partiellement ; ses membres doivent-ils recevoir une indem • nité, ou bien vaut-il mieux que leurs fonctions soient gratuites ; doit-on le scinder en deux assemblées, ou le composer d une grande assemblée unique? Que n'at-on pas dit et que ne peut-on pas dire encore sur ces questions, car la matière n'est assurément pas épuisée? Si l'on examine les motifs que chacun croit avoir ici de se prononcer dans un sens ou dans un autre, on verra qu'ils tiennent tous à une certaine vue abstraite qu'on a dans l'esprit, à une certaine théorie vers laquelle on tend spécialement. Mais n'est-il pas évident qu'on ne saurait aboutir à rien ainsi, et qu'il n'y aura moyen d'en finir qu'avec l'aide de l'expérience ? On constatera les résultats, et la solution sera obtenue. Que si les faits qu'on peut recueillir ne sont pas encore assez nombreux pour être concluants, il faut savoir attendre; il faut imiter le naturaliste, le physicien, qui ne se hâtent plus de fonder une théorie avant que les lacunes que présente l'observation soient