‹ De la méthode d'observationChapitre 69 sur 195 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

la morale est très-difficile à fixer (introd. p. xxv), puis il ajoute que l'État n'est pas précisément institué pour faire régner la vertu, mais qu'?/ ne peut se passer d'elle ; que la vertu est la fin de l'Etat comme de rindividii. A la bonne heure, mais qu'est-ce que la vertu de l'Etat ? On voit tout ce qu'il y aurait à dire à ce sujet, sans être probablement plus avancé. Car « il y a en politique^ dit l'auteur, certaines antinomies (le terme est de Kant), qu'il est dans la destinée de l'homme de discuter toujours sans pouvoir peut-être jamais les résoudre définiiivemoit » (t. I, p. 1 G5). Plus loin , discutant cette thèse que la morale doit s'accommoder aux circonstances, M. Janet reconnaît qu'on est là entre deux difficultés. « Si vous ramenez tout aux circonstances, vous donnez gain de cause au machiavélisme, si vous ne concédez rien au machiavélisme , vous faites ime politique abstraite et inapplicable. Les esprits droits et honnêtes peuvent s'y perdre. » Nous le reconnaissons parfaitement. Pour tout concilier, M. Janet admet qu'il y a, selon la formule vulgaire, circonstances et circonstances, et que la morale peut changer selon certaines circonstances, mais non selon toutes; telle est la conclusion de l'auteur. Essayons de sortir de cette impasse et d'arriver à un résultat, par la séparation défaits que distingue, en réalité, profondément leur nature propre.

Non certes, la politique n'est pas fondée sur ce qu'on est convenu d'appeler le machiavélisme ; elle n'a pas pour bases essentielles la violence et la fraude, car la vie publique aussi bien que la vie privée se règle primitivement sur la justice. <( La politique n'est pas seulement une science d'observation, mais encore une école de justice, » dit avec raison un écrivain distingué ^ Mais il y a ici une importante distinction à faire ; les principes de moralité qui résultent d§ l'observation des faits politiques pour la conduite des États ne sont pas les mêmes que ceux qui résultent de l'observation des faits sociaux pour la conduite des individus. La réflexion fait facilement comprendre qu'il doit en eiîet en être ainsi. La volonté individuelle a d'autres mobiles, et elle tend à d'autres fins que la volonté de l'être collectif qu'on appelle l'État. Les rapports de citoyen à citoyen ne sauraient être les mêmes que ceux du citoyen à l'État. Il appartient à l'individu d'agir conformément au libre arbitre ; mais le libre arbitre de l'Etat^ si l'on peut associer ces deux termes, est bien souvent, quelle que soit la forme du gouvernement, entravé, annulé, remplacé par une inflexible nécessité. En nombre de cas, la morale privée commandera de pardonner une offense, et la morale politique de la punira Les Athéniens avaient

\, M. Lanfrey, Essai sur la Rùvolution française , in-8°, p. 58.

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