CHAPITRE XV
Nihil est in intellec.tUs dira, selon la formule célèbre, Técole péripatéticienne à la suite tf Aristote, quod non fuerit in sensu ^ formule que le platonisme complétera ainsi : Nisi intellectus ipse (ces paroles sont de Leibnitz); ainsi s'établit un antagonisme qui ne saurait avoir* de terme.
Cependant alors, comme toujours, entre les doctrines adverses, sui^t le scepticisme qui les nie toutes, qui a pour principe qu'il n'est aucun point dans les objets de la connaissance humaine qui ne puisse être soutenu ou repoussé par un argument également concluant. Quelques philosophes poussent ce système jusque dans ses plus monstrueux excès. L'école cyrénaïque professe ouvertement qu'il n'y a ni bien ni mal, qu'aucune action n'est honteuse en soi, que toute abnégation personnelle dans les actes de la vie, est absurde.
Ce scepticisme éhonté donne lieu, d'après une tendance constante de l'esprit humain, au mysticisme. A ceux qui doutent ou nient succèdent infailliblement ceux qui affirment et croient ; de là la célèbre école d'Alexandrie à la fin du onzième siècle de notre ère. Alors se produisent des essais d! ecclectisme et de synchrétisme^ soit pour concilier les divers systèmes, soit pour les fondre avec la philosophie orientale. Rome qui n'a point de philosophie propre et s'est ac-
commodée de la philosophie grecque, s'attachera particulièrement au stoïcisme qui sera presque chrétien par sa morale, comme le néoplatonisme j un peu plus tard par le dogme. En ces temps, la philosophie se trouve comme absorbée parmi les travaux du grand apostolat évangélique; puis le flambeau des sciences s'éteint au sein des convulsions qui agitent et bouleversent le monde romain. Vers le neuvième siècle se manifeste un mouvement d'où nait cette philosophie scolastiquCf qui domine l'Europe jusqu'au seizième, et enfante un immense amas de volumes où s'égare ^e plus en plus la raison.
La grande époque de la renaissance est marquée en philosophie par des travaux qui ont pour objet une étude attentive des doctrines de Platon et d'Aristote, tant dénaturées dans les âges précédents; mais cette disposition à briser le joug de la scolastique, laisse les choses dans le même état. Enfin au commencement du dix-septième siècle, peu après Bacon, véritable créateur de la méthode scientifique, Descartes ouvre une ère nouvelle. Le principal mérite de ce beau génie, c'est d'avoir bien compris qu'on était dans le chaos. Il dépeint lui-même dans son célèbre discours de la méthode^ l'état d'esprit où il se trouvait après avoir étudié tous les systèmes anciens et modernes. Il ne voit autour de lui que doute