CHAPITRE xy
et confusion, et ignore absolument où peut se rencontrer la vérité; il essaye, en procédant d'une manière nouvelle, de refaire l'édifice philosophique. Il fait table rase de tout système; le scepticisme n'est pour lui que la route par laquelle on arrivera au dogmatisme; il pose, pour la première fois, le principe qu'// ne sait rien, et faisant de lui-même l'objet de son observation, il invente la théorie de l'étude des faits de conscience, dont va bientôt s'emparer, pour la porter plus loin, l'école écossaise. Voilà l'œuvre de Descartes; mais, en réalité, lui a-t-il été donné de faire sortir définitivement la philosophie du chaos où il l'avait trouvée? Non; après lui comme avant, elle reste livrée à l'esprit de conjecture et revient successivement aux purs systèmes de l'antiquité. Gassendi remet en honneur \ épicuréisme ; Hobbes les principes des écoles pyrrhonienne et cyrénaique\ Reid essaie en vain, comme nous l'avons dit, de fonder sur les traces d'Aristote la philosophie de l'expérience; Spinosa renouvelle avec une grande puissance de dialectique le panthéisme de l'école d'Elée ; Mallebran che incline vers \t platonisme ; Berkeley va jusqu'aux dernières limites de Y idéalisme^ en révoquant en doute l'existence même des corps ; Locke présente un habile et complet commentaire de Yaristotélisme. L'anarchie règne plus que jamais dans l'empire philosophique.
L'accord ne s'établira pas davantage dans le siècle suivant, malgré l'essai de fusion tenté par Leibnitz, le savant presque universel. Bientôt triomphe par les travaux de Condillac, la philosophie qui émane de Locke, et qu'on a désignée par l'appellation de sertsualisme, et celle-ci donne naissance au grossier matérialisme, dont les d'Holbach, les Helvétius et l'école presque entière du dix-huitième siècle se font les interprètes. Hume entrant plus avant encore dans cette voie, s'attaque au rapport de cause à effet et ébranle les bases mêmes de la raison. Kant à la vérité entre en lice vers la fin du siècle contre la philosophie sceptique et matérialiste de l'époque, mais par sa haute analyse (XXIII), il ouvre une nouvelle carrière de divagations dans laquelle se précipitent Fichte, Schelling, Hegel et leurs disciples, dont les travaux remplissent jusqu'à nous, le dix-neuvième siècle (XXIV). Tous les anciens systèmes se trouvent de nouveau représentés dans cette galerie. La philosophie atomistique, l'idéalisme, le panthéisme, le matérialisme, ont leurs organes et la science avec une grande apparence de mouvement, est en définitive restée stationnaire. Vaines illusions des conceptions systématiques! Le fondateur de cette école entendait combattre et mettre à néant toutes ces philosophies, et ses efforts n'ont abouti qu'à les ramener toutes sur la scène !