RELATIVES AUX SENTIMENTS
Nous avons jusqu'à présent décrit plus qu'expliqué, et nous n'avons abordé qu'incidemment les théories. Il en est diverses possibles, toutes insuffisantes, toutes utiles selon les cas. Nous rappelons qu'une théorie est une coordination de lois de détail ; qu'il en est de vérifîables directement ; que d'autres, qui supposent des causes inaccessibles, sont cependant utiles à la prévision ; que d'autres enfin peuvent passer pour des traductions satisfaisantes, nécessaires même, mais inutiles à la prévision. Mais, quelle que soit la nature, des théories psychologiques relatives aux sentiments, il n'en est pas une qui soit absolument préférable aux autres. Les théories sont ici des modes d'explication vérifiables ou simplement utilisables, dans des limites restreintes.
On peut considérer les sentiments :
1° Comme des faits spéciaux (conception du vulgaire et^ aussi, jusqu'à un certain point, des psychologues anglais ou écossais, de Bain, par exemple, qui les décrivent, les classent comme tels) ;
2° Gomme des faits organiques (M. Ribot, l'école psychophysiologique) ;
S*" Comme des faits intellectuels (Spinoza, Herbart). Cette théorie a reçu le nom de théorie intellectualiste.
Que Ton considère les sentiments de l'une ou l'autre de ces
trois manières, on peut leur appliquer ou prétendre leur a.i>i>liquer :
'l** Les procédés des sciences mécaniques ou physico-méca- Ytriqt^es, c'est-à-dire les traiter comme des forces mesurables et. efn relations mécaniques. Exemples: les psycho-physiciens, W^undt, Lehmann, etc.
!â<* Les procédés des sciences physico-ckimiques, des sciences q[ vii recherchent les relations de succession ou de coexistence, étrangères à toute idée de finalité. Exemples : M. Ribot et les E^tày Biologistes, pour les sentiments considérés comme faits oirganiques ; les psychologues anglais associationnistes pour les sentiments, considérés comme faits psychiques.
lL.es méthodes physico-mécanique et physico-chimique, difficiles à distinguer, — car où les mesures précises sont î XXI possibles, ce qui est le cas le plus fréquent, il faut bien se . coia tenter des relations plus lâches de causalité ou de coexiste li ce, — peuvent être réunies sous le nom de méthode phy-
3^ La méthode des sciences biologiques, en tant que celles- ^i admettent le principe de finalité interne. Exemples : les '^Q.étaphysiciens, tels que Schopenhauer, qui admettent le I^ï^încipe de la tendance à être, Spencer dans sa théorie du I^laîsir organique, MM. Fouillée, Paulhan, etc. La théorie qui ^t>ï>lique cette méthode supposant dans l'individu une ten- ^^^ixce à être, une volonté d'être, on peut l'appeler théorie ^^^^ontariste.
4r*^ La méthode des sciences naturelles et de classification : les
^^tt.liments doivent être d'abord, quelle que soit la théorie
^^Cfcptée, classés en tant que tels et comme faits psycholo-
^^^iies. A cette classification peut se joindre V histoire des
^^^^timents ; procédé d'étude regardé par la plupart des psy-
^*^c>logues physiologistes comme éminemment scientifique,
^^^isqui représenterait en réalité, comme nous le verrons, le
^^Vis bas degré de la science, — si, comme ils le veulent, la
ï^^ychologie devait se calquer sur les sciences dites positives.
\ Chacun des trois groupes que nous avons d'abord distin-
108 MÉTHODE DANS LA PSYCHOLOfilE DES SENTIMENTS
gués peut être traité de ces trois ou de ces quatre manières ; quatre si l'on considère comme une méthode spéciale la classification préalable nécessaire à toute recherche, et Thistoire des sentiments qu'on peut y joindre. On peut exprimer ces deux points de vue dans les deux tableaux suivants :
Nature des sentiments. ' j^^^g intellectuels.
Les sentiments peuvent être } organiques,
traités comme des ^ spéciaux.
... .- t Sciences naturelles ou de classification Lots des sentiments, i '
Les sentiments peuvent iHre physico-mécaniques. traités par la méthode des f physico-chimiques.
biologiques.
Les sentiments, quelle qu'en soit la nature^ pouvant être considérés dans leurs lois suivant les points de vue ci-dessus, on peut tracer le tableau général que l'on trouvera page i09 et qui résume et complète les deux précédents ^
Ce tableau a besoin de quelques éclaircissements.
On pensera sans doute que les physiologistes qui essaient de traiter les sentiments comme des faits organiques par la méthode physico-mécanique sont plus nombreux que nous ne disons : on ferait volontiers entrer Dumont dans cette catégorie, car il a prétendu étudier les sentiments comme des forces physiques ; Marshall de même, qui rattache la théorie du plaisir et de la peine à une théorie de l'énergie nutritive. Nous plaçons l'un et l'autre cependant parmi ceux qui ont tenté l'application d'une méthode plus lâche, plus approximative: la méthode psycho-physiologique, application de la méthode physico-chimique aux sentiments considérés comme faits organiques ; nous les rapprochons de M. Ribot. Herbart passe de même pour avoir été un des premiers promoteurs de la théorie psychologique mécaniste, et, comme
(1) Nous ne renvoyons en note qu'aux ouvrages qui nous paraissent pouvoir nïître pas d'usage absolument courant, ou pour lesquels il y aura lieu de donner un renseignement spécial tel que celui d'une nouvelle édition. D'ailleurs nous ne prétendons pas donner ici une bibliographie complète de la question, mais seulement des exemples pour, fixer les idéfts.
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