‹ De la méthode dans les sciencesChapitre 10 sur 63 · L. BLARINGHEM · texte numérisé non relu

L. BLARINGHEM

régionales (Guettard, Plantes d'Étampes; Vaillant, Plantes des environs de Paris) et exotiques (Tournefort, Plantes du Levant ; Kempfer, Plantes du Japon), Linné ajouta la Flore de la Laponie en 1737, celle de la Suède en 1746, celle de Ceylan [Flora Zeylanica) en 1747; cette accumulation de documents n'étouffa point son génie ; le professeur de botanique à l'Université d'Upsal resta un « instituteur1 ».

Il y a deux hommes en Linné, le savant et l'éducateur. Le savant nous est presque inconnu; il est partisan de la variabilité limitée de l'espèce, il étudie les plantes hybrides, il fait publier l'histoire des Graminées agricoles et la transmutation des Froments ; il examine en professeur d'Université les travaux de ses élèves, discute les thèses qui lui sont soumises en homme instruit,

1. Je ne puis résister au désir de faire connaître l'état d'esprit de Linné, en citant quelques passages choisis de la Philosophie botanique :

% 18. — Les méthodistes s'appliquèrent particulièrement à perfectionner la disposition des végétaux et à en tirer la dénomination ; on les distingue en Philosophes (19), en Systématiciens (24), en Nomenclateurs (38).

§ 19. — Les Philosophes firent de la botanique une science en la déduisant de principes rationnels; tels sont les Orateurs (20), les Lristiques (21). les Physiologues (22), les Instituteurs (23).

§ 20. — Les Orateurs employèrent leur art à orner cette science. (Dignité de la botanique par Helvigius, Discours de Commelin, Emblèmes de Camerarius). #

§ 21. — Les Eristiques disputèrent publiquement dans des ouvrages de botanique (Discussions de Tournefort et de Colet, de Ray et de Rivin, de Linné et de Sigesbeck.)

§ 22. — Les physiologues révélèrent les lois de la végétation et le mystère des sexes dans les plantes (Lettre de Camerarius; Discours de Vaillant ; Mariage des plantes de Wahlbom, que nous (Linné) avons publié).

§ 23. — Les Instituteurs formèrent les règles et les principes {Jungius, Introduction à T 'étude des plantes; Nous, le présent ouvrage; Ludwig, Règne végétal et Aphorismes botaniques).

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BOTANIQUE

souple, parfois même très hardi. En 1 751, il accepte la responsabilité de l'explication, par une hybridation entre deux genres classés depuis dans des familles différentes, de la forme rare Veronica spuria, issue d'après lui de Veronica maritima fécondée par Verbena officinalis.

La même année, l'instituteur donne à ses disciples les premiers éléments delà Botanique; il enseigne et fait adopter par tous les naturalistes les principes suivants qui ont été tant discutés au siècle dernier :

« § 157. — Nous comptons autant d'espèces qu'il y a eu au commencement de formes diverses créées.

« § 310. — Le Botaniste ne se préoccupe pas des variétés les plus légères ;

« § 308. — Les formes sexuelles constituent à elles seules les variétés naturelles ; toutes les autres sont des monstres. »

Il complète cette œuvre par la publication du Gênera plantarum, qui fut imprimé cinq fois de son vivant, et du Species plant arum (1753); le traité définitif en quatre volumes, Systema naturce (1766), fournit la nomenclature de tous les êtres vivants encore en usage actuellement.

Avant Linné, il n'y avait pas de règles, ni de nomenclature; les auteurs désignaient les végétaux, comme les animaux et les minéraux, par leurs noms populaires traduits en latin et complétaient les diagnoses par des descriptions plus ou moins longues ; il n'y avait pas de priorité, ni même de contrôles des catalogues. Les savants adoptaient dans leur conversation et leur correspondance le langage de Tournefort ou . celui de Rivin, selon l'école à laquelle ils

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