‹ De la méthode dans les sciencesChapitre 11 sur 63 · L. BLARINGHEM · texte numérisé non relu

L. BLARINGHEM

appartenaient. Linné eut la bonne fortune de simplifier et de préciser ce langage en adoptant, en proposant, puis en imposant à tous les naturalistes la nomenclature binaire. Les espèces vivantes y sont désignées par deux noms latins; le premier correspond au genre, groupe assez bien défini dans le système de Tournefort; le second, ou nom d'espèce, remplace les diagnoses, condensées déjà à l'énoncé bref des caractères les plus remarquables. Les naturalistes continueront à employer le langage et la nomenclature de Linné ; depuis un siècle, il essaient de se débarrasser, sans toujours y réussir, des notions fausses, entraînées et accumulées par un long usage de principes arbitraires dans le groupement systématique des êtres.

Grâce à son absolutisme, Linné a contribué plus que tout autre à perfectionner la Classification des végétaux, qui constituait à elle seule toute la Botanique. Ray avait déjà rangé les plantes par bandes d'après l'aspect des fleurs et des fruits ; Tournefort définit et nomma les groupes de second ordre, les genres, renfermant les plantes qui se ressemblaient par les organes végétatifs et même par les qualités ; il insista bien sur le côté artificiel de la répartition des formes végétales en 698 genres et ses élèves ne manquèrent pas de modifier cette répartition. Cinquante ans plus tard, en 1759, Linné décrivit 1. 174 genres provenant en partie de découvertes récentes, mais surtout de changements introduits dans les genres de Tournefort. Il réussit alors à faire observer par ses contemporains le respect de deux règles données dans la Philosophie botanique, ce qui fait de lui le fondateur de la

BOTANIQUE

Botanique systématique . Voici ces deux règles :

« § 159. La révélation, les découvertes, l'observation confirment que tous les genres et espèces sont naturels. Tous les genres sont naturels et créés ainsi dès l'origine des choses ; il ne faut ni les diviser, ni les réunir au gré de sa volonté ou en faveur de son système.

« § 162. L'espèce et le genre sont toujours l'ouvrage de la nature ; la variété le plus souvent est celui de l'art ; la classe et Tordre sont l'ouvrage de la nature et de l'art. »

L'enseignement de Linné fut stérilisant ; s'il n'avait eu pour résultat un langage précis et une nomenclature commode, il aurait été. néfaste aux sciences de la nature, les ravalant au degré de catalogues plus ou moins corrects, dont la principale qualité, la clarté, était acquise aux dépens delà suppression des détails et de l'exactitude; il a pourtant permis le recensement presque complet des formes ayant vécu ou vivant à la surface du globe.

Le langage de Linné paraît devoir persister indépendamment des idées et des théories; il est devenu indispensable bien que son caractère artificiel et dogmatique ne fasse de doute pourpersonne ; ne se rattachant plus à aucune notion générale, ce langage est moins que tout autre sujet à disparaître dans la lente évolution des idées *.

1: Au Congrès international des botanistes tenu à Vienne en 1905, on adopta, pour régler la nomenclature, le Species plant arum de Linné (1753) comme point de départ de toutes les dénominations concernant les Végétaux supérieurs (Plantes à fleurs et Fougères) : au Congrès de Bruxelles, en 19 10, il fut admis que ce même ouvrage devait encore être utilisé pour la spécification de

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