‹ De la méthode dans les sciencesChapitre 14 sur 63 · L. BLARUSGHEM · texte numérisé non relu

L. BLARUSGHEM

que le problème du mouvement de l'eau dans les tiges et les feuilles, puis dans les cellules elles-mêmes, a été ramené à l'étude plus générale des lois physiques de la capillarité et de l'osmose l.

Pendant une grande partie de la vie de Linné et après lui, les discussions botaniques eurent pour objet le perfectionnement des classes et des ordres, « ouvrages de la nature et de l'art », auxquels il était permis de toucher. Les 65 sections (nous disons actuellement familles), adoptées par Linné dans le Système sexuel des plantes (1738), reposaient sur des analogies de nombre, de proportions relatives et de situation des étamines dans la fleur ; en 1751, Linné lui-même lui apporta un perfectionnement en tenant compte des caractères de la fructification, et le nombre des sections fut élevé à 68; il indiquait ainsi le sens des progrès à réaliser pour aboutir à la découverte de la Méthode naturelle « le premier et le dernier but des botanistes »; ce fut l'œuvre des Jussieu.

Bernard de Jussieu n'a laissé comme travail personnel qu'un Catalogue, établi vers 1765, des plantes du Jardin botanique de Trianon qui venait d'être créé par Louis XV ; ce catalogue resta d'ailleurs inédit jusqu'en 1789, date à laquelle son neveu, Antoine-Laurent de Jussieu le publia en tête de son Gênera plant arum\ il

1 . Les lois de l'osmose ont été établies avec rigueur par un botaniste, M. Hugo de Vries, l'auteur de la théorie de la mutation des espèces.

BOTANIQUE

paraît que Bernard se refusait à en faire connaître le détail parce qu'il espérait pouvoir apporter de nouvelles améliorations à sa méthode. Ce souci de la perfectiou indique un tempérament bien différent de celui de Linné; mais, le fait important, sur lequel on n'a pas assez insisté et qui constitue, à mon avis, tout le mérite delà méthode naturelle, c'est que Bernard de Jussieu a observé, étudié et classé des plantes vivantes. Linné et ses contemporains travaillaient avec des matériaux desséchés, des plantes d'herbier, des gravures ou des descriptions très imparfaites ; Bernard de Jussieu faisait planter côte à côte ou séparer dans le Jardin de Trianon les genres et les espèces entre lesquels il reconnaissait des affinités ou des divergences notables ; des remaniements répétés transformèrent les sections de Linné, les bandes de Ray, en Familles naturelles. Aux subdivisions commodes mais grossières, qui correspondaient en fait aux diverses combinaisons possibles de nombre et de disposition des pièces florales, Jussieu substitua les affinités réelles, observées sur les fleurs et les ovaires frais; il mit en relief l'importance de l'insertion des étamines, de la structure des graines, de la forme et delà position des embryons; il distingua le premier les grands embranchements des Monocotylédones et des Dicotylédones.

La grande découverte de B. et A. de Jussieu, qui les place à certains points de vue au-dessus de Linné lui-même, est celle de la subordination des caractères : « les caractères doivent être pesés et non comptés ».

Il existe dans les êtres vivants quelques familles qui méritent, à cause de leur homogénéité, le

Page 1