‹ De la méthode dans les sciencesChapitre 15 sur 63 · L. BLARINGUEM · texte numérisé non relu

L. BLARINGUEM

qualificatif de naturelles; telles sont, parmi les plantes supérieures, les Graminées, les Ombellifères, les Légumineuses, les Composées. En notant les caractères ou les organes appartenant à l'ensemble des espèces d'une de ces familles, puis les caractères moins fréquents, puis les caractères plus rares, on réussit à évaluer l'importance relative d'un caractère ou d'un organe par sa fréquence; en classant, dans les Familles naturelles, les caractères d'après leur importance relative, on constate que certains d'entre eux en entraînent d'autres de rang inférieur, si bien que l'énoncé d'un caractère bien choisi correspond à l'exposé de toute une série de particularités secondaires qui y sont liées. La règle de la Subordination des caractères repose donc sur la détermination, par des statistiques plus ou moins rigoureuses, de la fréquence relative des caractères et des corrélations.

Ainsi, la majeure partie des végétaux à fleurs donne des graines pourvues de deux cotylédons; d'autres, assez nombreux aussi, ont des graines pourvues d'un seul cotylédon ; la fréquence de ces deux caractères en fait des éléments de premier ordre pour la classification. Les feuilles des mêmes plantes sont le plus souvent étalées, à nervures divergentes, rayonnantes ou pennées et, presque toujours, cette forme de feuilles correspond à des embryons pourvus de deux cotylédons; par contre, les feuilles des monocotylédones sont allongées, à nervures parallèles ; enfin les plantes dicotylédones ont des fleurs construites sur le type 5, les monocotylédones, des fleurs du type 3. D'après A. de Jussieu, la subdivision en Dicotylédones et en Monocotylédones

BOTANIQUE

est naturelle, puisqu'elle traduit simultanément des différences nombreuses et parallèles entre organes divers ; de plus, le classement des caractères — deux cotylédons, fleurs du type 5, feuilles à nervures divergentes — ou — un seul cotylédon, fleurs du type 3, feuilles à nervures parallèles — correspond à leur fréquence relative, ce qui établit la subordination.

De 1789 à 1835, Antoine-Laurent de Jussieu ne cessa de perfectionner les Familles naturelles; il fut aidé par le Chevalier de Lamark, Ventenat, Desfontaines, Jaume Saint-Hilaire et les de Candolle. Les avantages de cette méthode de classement étaient si évidents que les zoologistes s'empressèrent de l'adaptera l'étude des animaux. Lamark, Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire entre autres ont été entraînés par l'importance du principe de la méthode naturelle, qui inaugura, de l'aveu même de Cuvier1, « dans les sciences de l'observation, une époque peut-être aussi importante que la Chimie de Lavoisier dans les sciences d'expériences ».

Dans le Système d'A. de Jussieu, la description des plantes, des espèces et des genres reste au second plan, la comparaison des organes homologues fournit les éléments de discussion et d'étude. De cette comparaison, naquit une science particulière , Y Org unogr aphte , que A. -P. de Candolle porta dès 1827 à un degré de

1. Cuvier. Rapport historique sur les progrès des Sciences naturelles de 1789 a 1808, Paris, 1810, p. 303.

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