L. BLARINGIIEM
une erreur en admettant la formation de cellules dans le tube pollinique, erreur rectifiée par Unger (1844), partisan avec Schleiden de la multiplication cellulaire par la division successive des cellules dans les organes en voie de croissance.
On admettait encore que des cellules nouvelles pouvaient se former indépendamment et s'intercaler entre les cellules nées de la division ; Naegeli (1844-46) démontra bientôt que les cellules végétatives et reproductrices se forment toutes, et dans tous les cas, à l'intérieur de cellules préexistantes ; il fit ainsi triompher la théorie de Schleiden, débarrassée de ses erreurs : le contenu cellulaire est plus important que le contenant.
La forme des cellules, leur répartition en tissus est secondaire ; elle dépend strictement de leur situation dans l'organisme ; les cellules libres, celles qui naissent dans le sac embryonnaire, dans l'endosperme des graines, sontsphériques ou ellipsoïdales comme les Algues monocellulaires, les Levures, les spores des Cryptogames ; la forme des cellules organisées en tissus dépend, en partie, de la compression produite parles cellules voisines, en partie de l'orientation des plans de division qui donnent naissance à des cellules nouvelles dans les organes jeunes. Tels furent les principaux résultats de l'embryogénie anatomique, perfectionnée par Unger, Mohl, Naegeli, Braun et Hofmeister en Allemagne, et qui devint la partie la plus importante de l'enseignement de la botanique, tandis qu'on négligeait la morphologie et la systématique. La théorie anatomique (ou cellulaire) de l'organisation végétale, a arrêté l'essor de la morphologie fondée sur l'or-
BOTANIQUE
gane élémentaire, le phyton, défini par Gaudichaud. Les laborieuses et remarquables monographies de Payer, de M. Van Tieghem, relatives à l'embryogénie de la fleur et du pistil peuvent être regardées encore comme des études particulières des organes, mais l'anatomie cellulaire y tient la première place.
Guidés par l'idée que les modifications des cellules résultent de leur situation relative dans la croissance de l'embryon, Trécul, de Bary, Vesque et surtout M. Van Tieghem et ses élèves ont accumulé une quantité énorme d'observations qui font de l'anatomie végétale comparée une science mieux coordonnée peut-être que l'anatomie comparée des animaux créée par Cuvier. Il y manque, pour la rendre féconde, l'interprétation philosophique que Geoffroy Saint-Hilaire a si bien mis en relief en zoologie ; c'est par une combinaison heureuse des résultats de la morphologie générale, de l'anatomie comparée, éclairés par les idées de la métamorphose des organes et de l'évolution des types que, récemment, MM. Goebel.^1898) et Velenosky (1906- 19 10) ont renouvelé l'enseignement de TOrganographie.
Le perfectionnement du microscope a déterminé en outre de rapides progrès dans la connaissance des végétaux inférieurs, dont on ignorait tout, ou à peu près tout, au début du XIXe siècle; en 1827, A. de Candolle décrivait encore le prothalle des Fougères comme un cotylédon. Les botanistes qui édifièrent la théorie cellulaire des végétaux supérieurs contribuèrent aussi pour la
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plupart à mettre en lumière les véritables rapports des Cryptogames en y découvrant des organes sexuels plus ou moins comparables aux sacs embryonnaires et polliniques des Phanérogames.
En 1845, Thuret et M. Bornet décrivaient les organes sexuels des Fucus et démontraient par des expériences rigoureuses le rôle des anthérozoïdes dans la fécondation des ovules ; peu après, le comte Lecczyc Suminsky trouvait, sur les prothalles des Fougères, des anthéridies analogues à celles qu'Unger avait observées sur les Mousses et des archégones où se différenciaient les jeunes embryons de Fougères. Les études de Hofmeister (185 1 ) sur les Sélaginelles et les Pilulaires fournirent les documents nécessaires pour établir une comparaison entre les cycles évolutifs des Cryptogames supérieurs, des Gymnospermes et des Angiospermes. Elles apportaient en même temps des arguments sérieux en faveur de l'idée d'une parenté réelle entre tous les êtres vivants.
Thuret et M. Bornet pour les Algues, de Bary pour les Champignons, et d'autres dressèrent donc des catalogues dont les divisions reposent en grande partie sur les caractères des organes reproducteurs et sur les cycles évolutifs ; leurs efforts, ont été rapprochés de ceux de Linné dans l'édification de son Système sexuel. Mais ce n'est là qu'une apparence ; la classification des Thallophytes n'a rien de commun avec celle des Végétaux supérieurs, dont les espèces existaient avant Linné et qui furent seulement nommées par lui; la Systématique des Cryptogames inférieurs reposant sur la nature des fonctions de nutrition (l'absence ou la présence de chlorophylle
BOTANIQUE
sépare les Algues des Champignons) ou de reproduction, n'a aucune valeur phylogénétique, comme le montre bien l'étude des parasites animaux et végétaux ; à aucun titre, on ne peut la comparera la Systématique des Phanérogames. Cette divergence dans les principes de la classification des végétaux inférieurs et supérieurs entraîne de graves erreurs, augmentées encore par le fait qu'on donne souvent des noms analogues ou identiques à des organes différents dans les deux groupes, en ne tenant compte que des fonctions ; peu à peu, on a ainsi attribué la valeur d'homologies à des rapprochements superficiels.
Pour éviter en partie ces difficultés, M. J. Massart1 a récemment réuni les Champignons au groupe tout à fait inférieur des Rhizopodes, en accordant plus de valeur aux analogies protoplasmiques qu'aux caractères morphologiques et sexuels; les Algues sont au contraire rattachées aux Flagellés, organismes cellulaires pourvus-de leucites, de vacuoles contractiles et considérés comme la souche commune aux animaux et aux végétaux. Au point de vue morphologique, les Algues présentent des différenciations protoplasmiques en rapport avec leur forme générale, leur croissance, leurs affinités, tandis qu'on peut trouver dans le même groupe tous les degrés de complication sexuelle.
On est donc conduit à imaginer, et tôt ou tard les investigations botaniques seront dirigées dans ce sens, une Classification naturelle des Thallophytes reposant sur la présence, la fréquence et
i. Sommaire du Cours de botanique, Bruxelles, 1907.