L. BLAHINGHEM
phores ou de pangènes qui sont les unités héréditaires.
Durant la vie végétative, toutes les cellules d'un individu renferment le même nombre de chromosomes équivalents et tous les bourgeons, tous les fragments qui dérivent de la croissance d'un œuf, doivent posséder des tendances identiques. Cette conséquence est vérifiée par l'emploi des boutures, des greffes, des fragments de racines, de tiges, et même de feuilles, qui permettent de multiplier les parties d'une plante unique sur des espaces considérables et durant des siècles sans altération sensible des caractères. Une variation monstrueuse du Muscari à toupet, cultivée dans les jardins depuis plus de deux siècles, se propage sans changements, des dessins le prouvent, par la seule fragmentation de ses bulbes ; le nombre des fragments fournis par le monstre initial, qui ne donne jamais de fleurs, doit se compter par milliards.
La réduction chromatique qui accompagne la préparation des éléments sexuels et la fusion ultérieure de ces éléments sexuels introduisent dans l'équilibre cellulaire des changements assez considérables pour que les plantes issues de la fusion des cellules sexuées d'une même fleur (autogamie) présentent une variabilité de caractères beaucoup plus grande que celle des divers bourgeons de la même plante mère. La lignée pure, provenant d'autofécondations successives, constitue cependant un groupe homogène, regardé en principe comme définissant l'espèce : « Nous prétendons, a dit Linné, que, dans l'origine des choses, il fut créé uniquement deux sexes de toutes les espèces d'êtres vivants. » Le croisées 190 ^
BOTANIQUE
ment, c'est-à-dire la réunion illégitime de cellules sexuées appartenant à des lignées différentes, entraîne, au contraire, des troubles profonds dans l'équilibre cellulaire et détermine peut-être dans l'œuf qui en résulte des perturbations héréditaires, c'est-à-dire des changements d'espèces.
Les auteurs qui ont traité avec le plus d'ampleur le problème de l'hybridation, Charles Naudin (1863) et Gregor Mendel (1866), ont cependant été conduits indépendamment, par leurs études des hybrides végétaux, à admettre le retour complet des descendants d'unions illégitimes à Tune ou à l'autre forme initiale ; on peut avoir momentanément un mélange des qualités et des caractères des parents, mais les essences spécifiques tendent toujours à se séparer. En voici un exemple frappant :
On connaît depuis longtemps, et on trouve parfois en abondance dans les marais, une petite plante Carnivore, le Rossolis intermédiaire (Drosera intermedia) considéré comme l'hybride fertile du Rossolis à feuilles rondes [D. rotundifolia) et du Rossolis à feuilles longues (Z). Iongifolia) ; les noyaux des cellules végétatives de ces deux dernières espèces renferment 40 et 20 chromosomes, ceux de l'hybride 30 chromosomes. On pouvait imaginer que cette dernière forme se comporterait comme une véritable espèce et donnerait des cellules sexuelles à 15 chromosomes ; Rosenberg (1905) vient de prouver qu'il n'en est rien ; il a découvert dans les anthères de l'hybride des cellules à 10 et des cellules à 20 chromosomes ; la rénovation cellulaire qui se traduit par la réduction chromatique détermine la