L. BLARINGI1EM
pothèse du transformisme, Darwin a contribué autant que Linné à donner une impulsion nouvelle à l'étude des êtres vivants.
Petit-fils du savant Érasme, fils d'un médecin habile, Charles Darwin disposa très jeune d'une belle fortune et put faire à ses frais une expédition scientifique autour du monde ; il ne professa jamais, et n'eut même pas d'élève, mais il observa, réfléchit, travailla pendant trente années avant de publier son livre sur Y Origine des espèces (1859). Naturaliste amateur, il fut successivement géographe, géologue, zoologiste, puis botaniste, et ses meilleurs travaux concernent les plantes; il organisa, dans sa maison particulière à Down, un petit laboratoire où il travailla seul, lisant peu le français et mal l'allemand ; c'est dans cette retraite qu'il a mis au point sa conception du transformisme, adoptée aujourd'hui par tout le monde. Il y a un contraste entre les vies de Linné et de Darwin ; mais l'opposition est encore plus forte lorsqu'on compare leurs doctrines, adoptées cependant par tous les naturalistes, la première par nécessité, et la seconde, à cause de sa beauté.
Linné a divisé le règne des êtres organisés en éléments irréductibles les uns aux autres et les a répartis en un système commode ; il a imposé à tous là notion de discontinuité dans les productions de la nature, où les minéraux, les végétaux et les animaux sont trois degrés d'une hiérarchie établie dès l'origine des choses. Darwin, au contraire, nous fit concevoir une parenté idéale entre tous les êtres vivants : les organismes évoluent, les espèces actuelles dérivent de celles qui ont vécu antérieurement; ses disciples, revenant aux
BOTANIQUE
« folies » de Lamarck, affirment l'identité des lois qui régissent le monde des pierres, des plantes et des bêtes.
Nous avons vu comment la notion de l'indépendance des caractères transforme les problèmes de la biologie en problèmes de chimie. Le principe de la descendance, d'une origine commune à tous les êtres vivants, introduit par Darwin en biologie, est l'équivalent de la notion d'unité, de continuité, qui domine toute la physique moderne.
La discontinuité des formes, d'après Darwin, n'est qu'une apparence ; entre deux organismes quelconques, on peut trouver la série des intermédiaires. Ces intermédiaires sont plus ou moins rares, il est vrai ; mais leur nombre importe peu, car ils ont été éliminés et le sont encore par la concurrence vitale qui conserve seulement les formes les mieux douées. La chaleur, le vent, la pluie qui détruisent les roches, rasent les montagnes et comblent les mers peuvent isoler les groupes d'individus adaptés : ce sont les espèces actuelles. La continuité explique l'identité des caractères de la sexualité, de la constitution cellulaire, des phénomènes de croissance et de mort dans les deux règnes. Il existe même une infinité d'êtres qu'on ne sait où classer ; ils sont formés par une ou quelques cellules, se meuvent comme les animaux, mais s'enkystent périodiquement dans une carapace de cellulose, comme les végétaux.
La doctrine darwinienne eut pour résultat de fournir des cadres nouveaux à l'activité des botanistes. La répartition géographique des végétaux n'était qu'un catalogue où figurait chaque espèce,