Cf. Revue critique, 1894, I, p
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En analysant les différentes phases de cette découverte, qui suffirait à mettre Furtwaengler au premier rang des archéologues, on reconnaîtra qu'elle n'a été rendue possible que par l'application de la méthode des séries. La tête de Bologne prit de l'importance, aux yeux de Furtwaengler, parce que les proportions, les conventions dans le rendu de la forme1, l'expression même, lui assurent une place dans la série des tètes grecques du ve siècle et, en second lieu, dans la série des types d'Athéna. La statue mal restaurée de Dresde, dépouillée de ses restaurations, devint à son tour comme un anneau dans la longue chaîne des images de la déesse; Furtwaengler en rapporta l'original au milieu du ve siècle, parce qu'il l'inséra sans peine, d'après le style des draperies et les proportions, dans la série des œuvres certaines de ce temps-là. Assurément, la tête et le torse auraient pu appartenir à deux statues contemporaines, mais différentes ; la découverte finale est due à la chance, à la bonne étoile de l'archéologue; mais cette chance a été préparée de longue date et comme sollicitée par une suite d'opérations intellectuelles, inspirées de la méthode des séries.
Depuis la multiplication des musées de moulages et des photographies de grande dimension, bien d'autres reconstitutions de ce genre ont été tentées ; bien d'autres récompenseront sans doute les chercheurs, s'ils apportent à ce genre de tra-
i. Ces détails du rendu (toujours un peu conventionnel) de la forme ont fourni à Morelli, sénateur italien (mort en 1891), des critères très utiles pour l'attribution des peintures italiennes de la Renaissance. Furtwaengler fut un des premiers à les appliquer d'une manière conséquente à l'étude des sculptures antiques.
S. REINACH
vail, toujours un peu hasardeux, le sentiment du style qui ne s'enseigne pas, mais dont Brunn, Furtwaengler, Heuzey, Lechat, etc., ont donné de mémorables exemples. Il est assez probable que nous possédons, sous forme de copies tardives, de reliefs, de types monétaires, d'intailles* presque tout le trésor delà statuaire antique ; il s'agit de le reconstituer par la réunion des disjecta membra ; il s'agit aussi de comparer ces restitutions avec les textes très nombreux où les anciens ont décrit les œuvres d'art connues de leur temps, pour rendre à chaque artiste ou du moins à chaque école les originaux que l'étude des répliques et imitations laisse entrevoir. C'est ainsi que Friederichs a identifié avec certitude le Doryphore de Polyclète, que Helbig a reconnu son Diadumène, Collignon son Kyniskos, etc. *.
Comme toute bonne méthode, celle des séries a conduit à des abus. En présence d'un objet qu'il doit comprendre et classer, le premier devoir de l'archéologue est, comme nous l'avons dit, de l'affilier à des groupesd'objets semblables; mais ce travail qu'il fait pour lui, en vue de la restitution, de l'interprétation ou du classement chronologique de l'objet, ne doit pas être mis, dans tous ses détails, sous les yeux du public. L'archéologie a longtemps péché par cet excès, tout comme la philologie appliquée à l'édition des textes. Dans les Variorum du xvne siècle, le philologue triomphe par l'énumération de « passages parallèles » qu'il a eu sans doute raison
i. Michaelis a donné une liste sommaire de ces identifications dans son ouvrage Ein Jahrhundert ku?istarchœologischer Entdecliitn* gen, 2° éd., p. 501 et suiv.
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de recueillir, mais dont il devait faire grâce à ses lecteurs. Alors que cette manie de citer, qui enfle démesurément les livres, commençait, grâce à Godefroid Hermann, à passer de mode dans Vecdotique, elle florissait dans l'archéologie figurée ; il suffit d'ouvrir un des volumes du Compte rendu de la Commission impériale de Saint-Pétersbourg pour voir à quelles débauches d'érudition inutile s'est laissé aller un Stephani. L'excuse de ces archéologues, insatiables de confer, c'est que la science d'alors ne disposait pas de répertoires comparables à ce que sont les Thésaurus des Estienne pour la connaissance des langues classiques. Aujourd'hui, à défaut de Thésaurus, il existe, du moins pour l'antiquité, de grands dictionnaires — ceux de Saglio, Roscher, Pauly, etc. — qui non seulement dispensent les archéologues d'étaler leur matériaux, mais permettent de juger sévèrement ceux qui le font.
L'activité d'un archéologue peut s'exercer de deux manières principales : dans le cabinet et sur un champ de fouilles. \J archéologie militante est une excellente préparation à l'autre. Lesmeil-
. leurs archéologues de notre temps ont été successivement des « fouilleurs » et des « exégètes » ; il est utile de savoir comment on découvre des
•objets et dans quel état ils reparaissent au jour avant d'appliquer la critique et X herméneutique à ceux qu'offrent les musées ou qu'apporte le commerce. Ce que je dis vaut presque exclusivement pour l'archéologie des époques antérieures à la fin du moyen âge, car, pour des motifs
S, REINACH
faciles à comprendre, on ne fouille guère les villas italiennes de la Renaissance, ni les sépultures françaises du xvme siècle. Toutefois, des explorations de ce genre, conduites sur les emplacements d'ateliers céramiques abandonnés depuis le xvie siècle, ont déjà donné de bons résultats.
Fouiller en terrassier n'est pas fouiller en archéologue. Fouiller en chercheur d'objets de vitrine n'est pas fouiller en archéologue. Les sites les plus intéressants du monde antique ont été dévastés plutôt qu'explorés par des chercheurs de trésors qui se croyaient à tort des archéologues. Le mal ainsi fait par des dilettantes ou des savants paresseux est d'autant plus grand qu'il est absolument irréparable. Il n'y a qu'une Troie, une Ostie, une Pompéi ; quand les ravageurs ont bouleversé un emplacement illustre, il faut renoncer pour toujours à en tirer tous les enseignements qu'il réservait à notre curiosité. Aussi, en divers pays, tout d'abord dans les pays Scandinaves, puis en Italie, en Grèce, en Turquie, dans l'Allemagne du Nord, les fouilles de spéculation ont été interdites par des lois et les fouilleurs sans compétence soumis au contrôle de délégués de l'Etat. Malheureusement, l'appât du gain, parfois aussi celui d'une sorte de sport, l'emporte sur la crainte d'une amende : le vandalisme des fouilles s'exerce un peu partout et des milliers d'objets arrivent sur le marché sans provenance précise, sans état civil, ce qui leur enlève, aux yeux de la science, une partie de leur valeur. En France, un grand nombre de cavernes de l'âge du renne, le plus grand nombre des cimetières romains et mérovingiens ont été et
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sont encore saccagés ainsi. Le seul remède à ce mal est de multiplier le plus possible les fouilles surveillées, conduites pour le compte de l'Etat ou de sociétés savantes, de manière à sauver non pas les objets — qu'une cupidité avertie empêche généralement de détruire — mais ce qu'on pourrait appeler les archives du sol.
Dans une fouille bien conduite, en effet, ce qui importe plus que les objets à découvrir, ce sont les informations que l'étude des couches (stratigraphie) ou celle des objets découverts par groupes peuvent fournir pour leur classement chronologique. C'est la fouille par couches des limons de la Somme, des cavernes de l'âge du renne, des palaffittes des lacs de Suisse, qui a permis d'établir les principes de la succession des époques industrielles, depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'âge du fer. C'est la fouille par couches des débris accumulés sur l'Acropole d'Athènes qui a révélé la chronologie des céramiques grecques de la belle époque et prouvé que la fabrication des vases à figures rouges, dont on plaçait les débuts vers Tan 480, remonte, en réalité, au dernier quart du vie siècle. Il est inutile d'accumuler les exemples; mais je dois donner ici une idée des méthodes qui ont conduit Oscar Montelius, par l'étude de produits de fouilles bien faites, à classer d'une manière qui paraît définitive les plus anciens objets en métal que nous possédions1.
1. O. Montelius, Die aelteren Kulturperioden im Orient und in & 211 €