‹ De la méthode dans les sciencesChapitre 32 sur 63 · S. REIN AC II · texte numérisé non relu

S. REIN AC II

Soit une trouvaille d'objets d'usage ou de parure faite dans un milieu homogène, par exemple une tombe, une cachette de fondeur, une couche bien déterminée d'une station lacustre. Ces objets ne sont pas tous nécessairement contemporains ; mais si on les rencontre une, deux, trois, n fois ensemble, il deviendra non seulement vraisemblable, mais certain qu'ils appartiennent à la même époque. Les objets beaucoup plus anciens ou beaucoup plus récents, recueillis dans une même trouvaille, seront éliminés par l'application même de la méthode.

Soit donc une statistique de trouvailles comprenant des objets de types divers, ABC, BCD, CDE. Si le nombre des trouvailles sur lequel on raisonne est élevé (et il est toujours grand quand c'est un Montelius qui opère), on pourra conclure avec certitude que les types ABC sont contemporains, que D est plus ancien ou plus récent que ABC, que E est plus ancien ou plus récent que ABCD, que D appartient à une période contiguë à celle de ABC, que E est séparé de ABC par toute une période. On formera ainsi des tableaux comprenant n types, dont quelques-uns seront manifestement contemporains, tandis que les autres seront plus ou moins éloignés de ce groupe initial, suivant que leurs éléments se seront rencontrés plus ou moins rarement avec ceux du groupe initial ou les groupes qui ont des éléments communs avec celui-ci.

Pour résoudre la question qui se pose maintenant : Avant ou après ? — une autre considéra-

Europa. Die Méthode, Stockholm et Berlin, 1903. Je reproduis ici une partie de l'article que j'ai consacré à cet ouvrage capital dans la Revue critique, 1904, II, p. 462-3.

ARCHEOLOGIE

tion doit entrer en jeu : c'est celle de l'évolution des types [typologie). L'histoire de l'industrie moderne, telle qu'elle a été constituée, par exemple, au Musée Pitt-Rivers d'Oxford, prouve de la manière la plus évidente que les types évoluent, que leur histoire est celle du passage du simple au complexe et aussi de l'organique au schématique. Elle prouve que si deux types — d'agrafes, par exemple — diffèrent par ce caractère qu'un élément est organique dans l'un et décoratif dans l'autre, c'est le type à élément décoratif qui est le plus récent. L'industrie, comme la nature, connaît des organes atrophiés. Ainsi, par la seule étude des objets répondant aux mêmes besoins pratiques dans la série ABCDE, etc., on peut résoudre avec certitude la question d'antériorité ; les groupes d'images afférentes se classent naturellement suivant une chronologie relative.

Pour passer de la chronologie relative à la chronologie absolue, on dispose aujourd'hui des relations et des résultats des fouilles faites à Mycènes, à Athènes, en Crète, qui permettent d'établir des synchronismes entre certains types grecs protohistoriques et des objets égyptiens approximativement datés qu'on a recueillis dans les mêmes milieux.

Une fois que Ton possède ainsi des synchronismes reliant des objets protohistoriques, d'une part à des produits de la XVIIP dynastie, d'autre part à des produits de la XIIe, etc., on peut se faire une idée approchée de la rapidité de l'évolution qui, dans les pays sans histoire écrite, a présidé aux transformations des objets usuels. C'est le seul point sur lequel puissent subsister

S. REINACH

de notables différences d'appréciation ; mais il est à remarquer que plusieurs dates, avancées hypothétiquement il y a vingt ans par Montelius, se sont trouvées confirmées par des découvertes ultérieures.

L'évolution des types ne se poursuit pas de la même manière dans les milieux différents, comme Montelius l'a très bien montré par l'étude des fibules italiennes comparées aux fibules grecques. Il faut tenir compte des influences de voisinage, des relations commerciales, de la rareté ou de la fréquence des matières premières servant à la fabrication ou à la décoration. Mais quand on suit l'évolution locale d'un type, à l'aide d'un nombre suffisant d'exemplaires, on constate toujours qu'elle est logique, lente et progressive : non facit saltus. Le « déterminisme industriel » n'est pas une des moins intéressantes conclusions qui se dégagent des belles recherches de Montelius.

Ces recherches, à vrai dire, sont une application savante du principe des séries, qui domine toute.s les études archéologiques. Mais les séries sur lesquelles opère Montelius ne sont pas de celles qu'on constitue en parcourant les vitrines d'un musée ; elles lui ont été fournies toutes faites par des- fouilles régulières, dont les produits ont été conservés en groupes, au lieu d'être dispersés par unités. On conçoit dès lors l'obligation scientifique, pour celui qui conduit une fouille, de noter exactement tout ce. qu'il trouve et les conditions dans lesquelles il trouve ; cela exige sans doute beaucoup d'attention, beaucoup d'écritures, mais ce sont là des devoirs impérieux.

Il n'est pas moins nécessaire, puisque toute

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