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ARCHÉOLOGIE

fouille implique des tranchées, de noter minutieusement l'état du sous-sol aux différents étages du travail, de ne jamais démolir un mur, fût-il du moyen âge, sans en relever exactement les dimensions et le plan. Schliemann, quand il commença ses recherches à Troie, n'était qu'un « prospecteur » de trésors ; par bonheur, après avoir très mal travaillé, il s'attacha le bon architecte Doerpfeld et une partie du moins de ce qui restait de la Troie primitive put être sauvé pour la science. Grâce à la photographie, il est aujourd'hui facile à un archéologue de fixer pour toujours l'aspect de ses fouilles à un moment quelconque de leur progrès ; mais il faut blâmer l'habitude prise^ par certains auteurs d'étaler toutes ces images devant le public. Il y a bien des détails qu'un archéologue doit noter, consigner dans ses carnets, photographier dans ses albums et qui ne doivent pas augmenter inutilement le volume et le prix de ses relations. Lors de la publication des fouilles américaines à l'Heraeum d'Argos, Furtwaengler protesta avec raison contre ce luxe encombrant et stérile d'informations que personne ne demandait1.

Après le fouilleur sans conscience, le plus grand ennemi de l'archéologie est le faussaire. Découvrir et dénoncer les fraudes, en préserver les Musées, est un des devoirs essentiels de l'archéologue. Malheureusement, entre l'archéologue et le faussaire, la partie n'est pas égale, car l'ar-

i. Berliner Philolorrischc \V ochenchrift, 1906,11.791. £ 215 ^

S. REIN AC il

chéologue publie ses observations, motive ses verdicts, tandis que le faussaire, travaillant dans l'ombre, profite des révélations de l'archéologue sans jamais lui communiquer ses recettes. Ainsi, lorsque Olivier Rayet commença à signaler les fausses terres cuites grecques, il remarqua que les figurines apocryphes étaient remplies de terre comme les autres, mais que la terre des figurines authentiques contenait seule des radicelles. Peu de temps après, les terres cuites fausses venaient sur le marché pleines de radicelles; le critère, une fois divulgué, ne valait plus rien.

Longtemps on a pensé que la corrosion de la surface des marbres, la patine déposée sur les bronzes au cours des siècles, étaient des signes d'authenticité impossibles à contrefaire ; mais en plaçant les objets qu'ils fabriquent dans les conditions voulues, en usant de réactifs chimiques, les faussaires sont parvenus, surtout en Italie, à surmonter toutes les difficultés techniques de leur métier. D'autre part, l'expérience montre qu'un faussaire ne se hasarde guère à inventer, sauf pour fabriquer des objets tout à fait grossiers et barbares comme les poteries dites moabites au musée de Berlin; il copie et il compile. La première chose à faire, en présence d'un objet suspecté, est donc de chercher, dans le vaste trésor des objets connus, celui ou ceux dont un faussaire a pu s'inspirer. Les deux faux les plus célèbres de notre temps, la tiare de Saïtapharnès et le buste en cire dit de Léonard \ n'auraient pas trompé les musées qui les ont acquis si l'on en avait à temps découvert les sources. La décoration si habile de

i. Voir Revue archéol., 1903, II, p. 104 ; 1909, II, p. 416. & 216 ^

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la tiare se compose presque exclusivement de motifs empruntés à des gravures d'après l'antique du recueil de Weisser, généralement ignoré des archéologues à cause de sa médiocre valeur scientifique ; du motif le plus caractéristique, tiré de la colonne de Marc-Aurèle, l'original n'a été indiqué que par le faussaire lui-même, appelé à Paris pour y donner des explications. Le buste de Flore est copié sur un tableau de l'école de Léonard qu'on ignorait à Berlin quand on acquit le buste, parce qu'il était encore inédit et caché dans une collection particulière. L'archéologue ne doitdonc pas trop compter, dans sa lutte contre les faussaires, sur les critères extérieurs ou matériels, bien qu'il en existe d'assez concluants (comme les cabossages et les cassures portant sur les parties insignifiantes de l'objet, que le faussaire a toujours intérêt à ne pas gravement altérer). Il doit surtout posséder une vaste connaissance des monuments tant publiés qu'inédits. J'ajoute que la simple copie d'une monnaie, d'une pierre gravée, d'un marbre, etc. n'est guère dangereuse pour la science ; cela ne constitue qu'une réplique de plus, dont la valeur vénale importe peu. Ce qui est plus grave, c'est la copie modifiée par un détail, la contamination de motifs antiques constituant, par leur réunion, un document nouveau. En présence de pareilles fraudes, même quand on connaît les originaux imités par le faussaire, il faut souvent suspendre son jugement. Comme le disait un spirituel archéologue, il n'y a pas que deux classes d'objets, les authentiques et les faux : il y a les suspects et qui devront toujours le rester.

S. REINACU

L'initiateur du Corpus des inscriptions grecques, Auguste Bœckh, réclamait avec insistance la publication d'un Corpus des monuments figurés. Montfaucon s'y était essayé, mais prématurément et sans critique; tout en visant trop haut, il s'était contenté de trop peu. Le Corpus demandé par Bœckh n'était pas non plus réalisable de son temps. La science a reconnu, dans la seconde moitié du xixe siècle, qu'une pareille tâche n'est abordable qu'au prix de la division du travail. On a donc commencé des publications de séries, dont le Musée de Sculpture de Clarac avait donné l'exemple ; ainsi ont été réunis, en Allemagne, les miroirs gravés, les terres cuites (les types seulement), les reliefs funéraires attiques, les reliefs de sarcophages, les urnes étrusques, les bronzes de la Renaissance. En France, j'ai repris et continué l'œuvre de Clarac, publié des recueils de vases, de gravures, de bas-reliefs, de têtes antiques, de peintures ; l'Académie des Inscriptions de Paris a commencé un Corpus des mosaïques, celle de Berlin un Corpus des monnaies grecques ; d'Amérique nous est venu récemment un essai de Corpus des cylindres assyro-babyloniens. La multiplication des travaux de ce genre, jointe à la publication de catalogues illustrés, de séries locales (comme les Bas-reliefs de la Gaule d'Espérandieu), de recueils d'objets choisis publiés avec toute la perfection désirable (Brunn-Bruckmann, Hermann, Bissing, Furtwaengler-Reichhold) allégera singulièrement, dans l'avenir, la tâche des archéo-

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