‹ De la méthode dans les sciencesChapitre 39 sur 63 · L. MARCII · texte numérisé non relu

L. MARCII

registres et les enquêtes de Charlemagne ou de Guillaume le Conquérant, les recensements exécutés par les Arabes, par les rois de France, par les républiques italiennes, avaient pour objet essentiel de faire connaître à l'autorité publique les capacités militaires, les revenus et ce que nous appelons aujourd'hui « la matière imposable ». Aussi les dénombrements ne portaient-ils que sur les familles assujetties à payer l'impôt ou sur les individus aptes à porter les armes : à Rome, le Cens n'atteignait que les citoyens ; en France les dénombrements laissaient de côté les privilégiés et les indigents. Quant aux chroniqueurs et voyageurs, les détails numériques assez vagues qu'ils rapportent ne peuvent être regardés encore comme des descriptions statistiques.

C'est pourtant dans les relations descriptives des agents de l'Etat, des voyageurs et des commerçants dont le nombre s'accrut après la découverte de nouveaux continents, — et aussi dans le mouvement d'idées qui a suivi l'invention de l'imprimerie, — que Ton doit reconnaître l'origine d'une nouvelle manière de considérer les faits dont s'enrichissaient la chronique et la géographie.

Des Etats très commerçants comme la Hollande et les Républiques italiennes avaient intérêt à connaître les ressources et les besoins des autres contrées. Les publications devinrent nombreuses qui décrivaient l'organisation des principaux Etats, introduisant à ce propos dans la langue et dans les écrits les mots : status, statist, d'où devait sortir le mot : statistique.

La Renaissance, et le goût pour l'observation dont elle a marqué l'éveil, accentua cette tendance

STATISTIQUE

descriptive; de son foyer est sorti ce que nous appellerions aujourd'hui la statistique sociale. Celle-ci a pu s'élaborer d'autant plus aisément que de grands États se sont constitués, fusionnant les langues, facilitant les communications, fortifiant le pouvoir politique. Il est à remarquer que, dans les périodes de décadence, on n'est point enclin aux comparaisons ; l'orgueil humain s*e plaît mieux à mettre en relief la grandeur, la richesse de la Société que sa faiblesse ou ses misères : Philippe II, Louis XIV, les deux Frédéric, Napoléon Ier ont ordonné des statistiques, — dont ils ont quelquefois abusé. Aux préoccupations administratives s'ajoute alors le désir d'enregistrer des preuves de progrès.

En France, les rapports des intendants des provinces ne contiennent plus seulement des états de collectes d'impôts ou des évaluations utiles aux levées militaires; ce sont des mémoires où se trouve décrite la vie des populations, où se groupent de nombreux résultats numériques dont s'enrichiront plus tard les annuaires départementaux.

En Allemagne, les nouvelles connaissances deviennent, dès le xvne siècle, matière d'enseignement. Conring, puis Schmeitzell, Achenwall et leurs successeurs groupent dans le domaine de la statistique sociale les « caractères remarquables de rÉtat » , — caractères généralement décrits plutôt qu'exprimés par des nombres — , et des vues générales résultant de la comparaison des constitutions ou des intérêts différents des peuples.

Une troisième conception du rôle de la statistique doit être rattachée surtout au progrès des

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